"Le tort du soldat" d'Erri De Luca,
traduction de Danièle Valin, 2014, 96 pages; Editeur : Gallimard NRF; Collection
Du monde entier.
Titre
étrange, peu vendeur et qui ne rend pas bien compte de la spécificité du roman.
Une construction
littéraire intéressante.
Un
vieux criminel de guerre et sa fille dînent dans une auberge au milieu des
Dolomites et se retrouvent à la table voisine de celle du narrateur, qui travaille
sur une de ses traductions du yiddish.
En
deux récits juxtaposés, comme les deux tables de ce restaurant de montagne,
Erri De Luca évoque son amour pour la langue et la littérature yiddish, puis,
par la voix de la femme, l’existence d’un homme sans remords, qui considère que
son seul tort est d’avoir perdu la guerre…
Le tort du soldat est un livre aussi bref que percutant qui nous offre
un angle inédit pour réfléchir à la mémoire si complexe des grandes tragédies
du XXe siècle.
Extrait
:
« L’histoire
a été un casier judiciaire, une suite de crimes. […] Je n’ai pas voulu remonter plus loin
que ma naissance. Je ne me sens aucune affinité avec des enfants de criminels
de guerre. Chacun s’est arrangé selon la rouille qu’il a trouvée dans son sang. »
Un second coup de cœur, plus modéré peut-être mais avec un titre
très séducteur :
"Ecrire pour
quelqu'un" de Jean Michel Delacomptée, janvier 2014, 170 pages;
Editeur : Gallimard; Collection l'Un et l'Autre
« L’inexprimable bonheur de
l’enfance, celle-ci sublimée peut-être, avec l’immense bonté qu’eurent mes
parents pour moi, c’est ce bonheur trop lourd à surmonter dans le souvenir
laissé qui, par les trouées du temps pour peu que je m’y plonge, me sert de
patrie. L'apaisement des sanglots rend l’ancienne douceur. Elle allège le
sentiment d’exil éprouvé, comme en pension autrefois, quoique d’un poids
beaucoup moins grave, et par intermittence. Elle renaît pour quelques instants,
cette douceur dont on sanglote, épanchant son baume sur une journée entière
avant de s’évanouir avec le sommeil. C’est un fantôme qui revient, mais un
fantôme bienveillant, sans linceul, tout sourire. Néanmoins, le sommeil ouvre
des brèches. Dans "En marge des nuits", J.-B. Pontalis, chez qui
perçait une inquiétude aiguë à l’égard de l’éphémère, note que "le rêve est mémoire, résurrection, par
bribes, du passé il nie l'effacement, l’irréversibilité du temps, conjure l’oubli
des morts". Les sanglots sont comme les rêves, une permanence de la
mémoire, conjurant l’oubli des morts. On apprend cela quand on grandit.»
Jean-Michel Delacomptée.


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