« JOSEPH » de Marie Hélène Lafon
- Buchet Chastel, août 2014, 144 pages
Recommandé par
Michel, Jean Bernard et Gérard
Roman qui évoque la
vie d’un simple ouvrier agricole. Une écriture sobre, retenue, précise, pour
traduire les rares événements d’une vie de rien, en suggérer la vacuité,
exprimer la richesse, aussi, de moments en apparence insignifiants.
Elle parle avec
humanité et pudeur de ceux qui sont réputés taiseux. Ses mots, pesés, disent
avec finesse l’épaisseur des silences, la richesse des évocations d’un tissu
social minuscule autant que dense, les signes discrets d’un monde en bascule.
M.BAC
Joseph est ouvrier agricole, dans une ferme du Cantal. Il a bientôt soixante ans. Il connaît les fermes de son pays, et leurs histoires. Il est doux, silencieux. Il a aimé Sylvie, un été, il avait trente ans. Elle n'était pas d'ici et avait beaucoup souffert, avec et par les hommes. Elle pensait se consoler avec lui, mais Joseph a payé pour tous. Sylvie est partie au milieu de l'hiver avec un autre. Joseph s'est alors mis à boire, comme on tombe dans un trou.
Joseph a un frère, marié, plus beau et entreprenant, qui est allé faire sa vie ailleurs et qui, à la mort du père, a emmené la mère vivre dans sa maison. Joseph reste seul et finira seul. Il est un témoin, un voyeur de la vie des autres.
(note éditeur)
Joseph a un frère, marié, plus beau et entreprenant, qui est allé faire sa vie ailleurs et qui, à la mort du père, a emmené la mère vivre dans sa maison. Joseph reste seul et finira seul. Il est un témoin, un voyeur de la vie des autres.
(note éditeur)
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Luz Arce, « l’Enfer », Elsa Osario, « Luz
ou le temps sauvage »
Philippe Broussard « La disparue de
San Juan » parlent d’un autre
monde, celui de l’Amérique latine
livrée à la sauvagerie des militaires se revendiquant des valeurs chrétiennes du
monde occidental pour leur croisade anticommuniste.
Le terme sauvagerie est d’ailleurs inadéquat, puisque
aucune bête
sauvage n’a
fait subir à
des hommes, femmes et enfants, la cruauté des
traitements infligés par ces tortionnaires. Pas seulement
dans l’abjection
des tortures physiques mais aussi dans le raffinement qui consiste à laisser indéfiniment
enfler l’angoisse
des familles de « disparus » qui n’ont
officiellement jamais été arrêtés, jamais
incarcérés et dont les
proches ont si désespérément cherché trace de vie
ou de mort …
« L ’ENFER » – LUZ ARCE
– août 2015 –
Edit. Les Petits Matins, 352 pages
Luz Arce écrit sa propre histoire, celle d’une jeune dirigeante de gauche
chilienne kidnappée, torturée jusqu’à donner des
noms puis collaborer avec la Dina, la Gestapo locale.
Elle décrit aussi sa
vie d’après, rongée par le
remords et la quête d’une rédemption ; ce sera au
prix d’une
seconde trahison, où elle témoignera
contre les tortionnaires et leurs maîtres, où elle
dialoguera, aussi, avec des familles de victimes, de ses victimes…
C’est la
rencontre avec un prêtre dominicain qui lui permettra d’effectuer un
long et douloureux cheminement de retour à la vie.
Avec des mots simples elle donne à appréhender le bien
et le mal et la porosité de leur frontière. M. BAC
"Membre de la garde
rapprochée de Salvador Allende, Luz Arce rejoint la résistance après le coup
d’État de Pinochet. En 1974, elle est arrêtée par la police politique (la
Dina), violée et sauvagement torturée pendant plusieurs mois. Brisée moralement
et consciente de la menace qui pèse sur sa famille, la jeune femme livre à la
police quelques-uns de ses camarades, qui sont tour à tour arrêtés ou tués.
Piégée dans la spirale de la collaboration et menacée de mort par ses anciens
amis, Luz Arce devient fonctionnaire des services de renseignements militaires.
Lors du retour à la démocratie, ses nombreuses dépositions auprès de tribunaux
et devant la commission Vérité et Réconciliation permettent l’arrestation de
plusieurs tortionnaires. À la suite de cela, Luz Arce doit fuir en Autriche
afin d’échapper aux menaces des militaires déchus. Bien plus qu’une
autobiographie, L’Enfer permet de comprendre les mécanismes qui ont poussé une
jeune femme à l’engagement politique puis à la résistance contre Pinochet, et
enfin à la collaboration. Luz Arce y retrace l’ensemble de son parcours, depuis
son enfance jusqu’au moment où elle prend la décision de publier ce livre, qui
paraît en 1993 au Chili. Outre son parcours personnel, elle analyse le contexte
politique de son pays et s’interroge sur la condition de femme dans un Chili
très patriarcal." (note éditeur)
LUZ
OU LE TEMPS SAUVAGE - ELSA ROSARIO
– février 2010 – Points Grands Romans, 472
pages
Elsa Osario,
contemporaine du coup d’état argentin de 1976, propose un roman sur la quête
d’identité d’une jeune femme qui a vécu dans son éducation des indices
troublants dans le lien qui l’unit à ses parents. Au terme d’une quête aux
multiples rebondissements, elle découvre qu’elle a été le bébé arraché à une
prisonnière et confiée à une famille de militaires. Pas n’importe quelle
famille…
Même sur un tel
sujet, les personnages ne sont pas univoques, et, si la construction du roman
peut surprendre dans un premier temps, le lecteur est très vite happé par le
cheminement de cette quête. La langue, sobre, dit l’emprise de l’angoisse et de
la terreur, comme la splendeur de l ‘élan amoureux et le goût de la vie.
Philippe Broussard
s’était intéressé comme journaliste au cas de Marie-Anne Erize , jeune
franco-argentine disparue en 1976. Après un premier article, il a poursuivi
pendant 10 ans la recherche de ce que fut une vie brève et exceptionnelle et
des circonstances dans lesquelles elle a été brisée.
Il parvient à
retrouver la piste du tortionnaire en chef, reconverti en avocat et protégé par
un réseau de catholiques ultra et de militaires fiers de leurs performances …
ces épisodes ne sont pas les moins bouleversants d’un livre qui en est
riche ! M. BAC
LA DISPARUE DE SAN JUAN - PHILIPPE BROUSSARD
10/18 - novembre 2012, 444 pages
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« PAS
PLEURER » – LYDIE SALVAYRE
– Août 2014, Seuil, La collection Cadre Rouge
Deux voix
entrelacées. Celle, révoltée, de Bernanos, témoin direct de la guerre civile
espagnole, qui dénonce la terreur exercée par les Nationaux avec la bénédiction
de l’Église contre « les mauvais pauvres ».Celle, roborative, de Montse, mère
de la narratrice et « mauvaise pauvre », qui a tout gommé de sa mémoire, hormis
les jours enchantés de l’insurrection libertaire par laquelle s’ouvrit la
guerre de 36 dans certaines régions d’Espagne, des jours qui comptèrent parmi
les plus intenses de sa vie. Deux paroles, deux visions qui résonnent
étrangement avec notre présent et qui font apparaître l’art romanesque de Lydie
Salvayre dans toute sa force, entre violence et légèreté, entre brutalité et
finesse, porté par une prose tantôt impeccable, tantôt joyeusement malmenée. Lydie
Salvayre a obtenu le prix Hermès du Premier roman pour La Déclaration, le prix
Novembre (aujourd’hui Prix Décembre) pour La Compagnie des Spectres et le prix
François Billetdoux pour BW. Ses livres sont traduits dans une vingtaine de
langues. Certains ont fait l’objet d’adaptations théâtrales. (note éditeur)
« Pas
pleurer » conjugue,
dans l’Espagne
de 1936, la découverte
de la vie par une jeune paysanne de 15 ans qui rejoint les anarchistes à Barcelone, et
la colère
de Bernanos devant les meurtres de masse commis par les franquistes avec la bénédiction de la
hiérarchie
catholique.
L’indignation
devant le crime et la trahison des valeurs chrétiennes, l’arrachement
aux pesanteurs de la misère paysanne pour savourer la liberté et la joie
des esprits et des corps, sont traduits par une langue brillante et inventive
et souvent très
drôle. Tels les
dialogues avec sa mère dans un savoureux sabir franco
espagnol ou le portrait brillamment troussé d’une vieille
fille tourmentée
par ses refoulements et franquiste en diable. M. BAC




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