dimanche 28 septembre 2014

23EME REUNION - COUPS DE COEUR DE CHANTAL


ET QUE LE VASTE MONDE POURSUIVE SA COURSE FOLLE – Colum McCANN, trad. Jean-Luc PININGRE

10/18 Etranger, 2010, 475 pages
 
 

7 août 1974. Sur une corde tendue entre les Twin Towers s'élance un funambule. Un événement extraordinaire dans la vie de personnes ordinaires. Corrigan, un prêtre irlandais, cherche Dieu au milieu des prostituées, des vieux, des miséreux du Bronx ; dans un luxueux appartement de Park Avenue, des mères de soldats disparus au Vietnam se réunissent pour partager leur douleur et découvrent qu'il y a entre elles des barrières que la mort même ne peut surmonter ; dans une prison new-yorkaise, Tillie, une prostituée épuisée, crie son désespoir de n'avoir su protéger sa fille et ses petits-enfants... Une ronde de personnages dont les voix s'entremêlent pour restituer toute l'effervescence d'une époque. Porté par la grâce de l'écriture de Colum McCann, un roman vibrant, poignant, l'histoire d'un monde qui n'en finit pas de se relever. (note éditeur)

 

LE SECRET DU MAITRE DE THE - KENICHI YAMAMOTO, trad.Yoko Kawada-Sim et Silvain Chupin 

Mercure de France – 2012, 384 pages
 

 
Vers minuit, une forte pluie commença à battre les tuiles de la
toiture. Etendu dans sa chambre, Rikyû sentait son sang
bouillir de colère. La rage lui tenaillait les tempes. Son coeur
tapait dans sa poitrine... L'averse s'intensifia tout à coup, puis
un éclair fulgura, faisant jaunir le papier de la cloison, et le
tonnerre gronda aussitôt. "Le ciel a entendu ma fureur", pensa-
t-il... Le visage simiesque d'Hideyoshi envahit une nouvelle
fois son esprit. Aucun motif sérieux ne justifiait l'ordre de se
suicider que celui-ci venait de lui faire parvenir... Le 28 février
1591, le shogun Toyotomi Hideyoshi ordonna effectivement à
Sen no Rikyû, le plus grand maître de la cérémonie du thé de
l'époque, de se suicider — ce qu'il fit. Mais pourquoi? Cette
histoire bien réelle reste, après plus de quatre siècles, une
grande énigme, qui a inspiré de nombreux écrivains et
cinéastes japonais mais n'a jamais été résolue. On prétend, au
Japon, que l'art très codifié de ce cérémonial autour du thé
recèle un sortilège qui peut rendre fou le coeur des hommes.
Dans ce roman, au fil des heures précédant l'aube fatale,
Kenichi Yamamoto va nous faire découvrir comment son
héros aura constamment cherché à atteindre l'extrême limite
de la beauté, même si ce devait être au péril de sa vie. (note éditeur)


 


 L’AUTRE COTE DES DOCKS – Ivy POCHODA

-       Edit. Liana Levi, 2013, 352 pages



Red Hook. Une langue de terre tout au sud de Brooklyn, là où l'East River se jette dans la baie. L'horizon y est délimité et l'avenir aussi. Blancs ou noirs, habitants du front de mer résidentiel ou des cités, les jeunes du quartier passent leurs soirées d'été dehors à écouter du rap, boire des sodas alcoolisés et à rêver d'aller voir de l'autre côté, à Manhattan. L'aventure est là, tout près, dans cette ligne de gratte-ciels. Une nuit de canicule, June et Val, deux adolescentes inséparables, décident de mettre leur canot pneumatique à l'eau pour rejoindre une petite plage à une demi-heure de là. Sans imaginer que cette expédition va changer leur destin et celui du quartier. Car le lieu bouillonne de lourds contentieux, de rancunes et de dangers inattendus. (note éditeur)

 

AUX FRONTIERES DE L’EUROPE – PAOLO RUMIZ, trad. Béatrice VIENNE

Folio - avril 2012, 352
 
 


Le train pour Odessa file à cent cinquante à l'heure dans la lumière verte du soir, enjambe des fleuves cuivrés, descend vers la mer Noire à travers l'immense plan incliné de l'Ukraine. Le compartiment tremble si fort qu'on le croirait possédé du démon : sur ma tablette tout s'est renversé et sur la couchette du haut un bonhomme de cent cinquante kilos ronfle, agité de tels soubresauts que je crains de le voir dégringoler à son tour. En attendant, j'ai déjà reçu sur le râble son sac à dos, une pluie de menue monnaie et une bouteille d'eau minérale. Au moment du départ, il m'a demandé : «Tu es d'où ?» J'ai répondu «Italien» et il s'est écrié avec un rire incrédule : «Mais qu'est-ce que tu viens fiche ici ?» J'ai expliqué en soupirant : «Votre pays est merveilleux», mais il avait déjà allongé sur le flanc sa carcasse de plantigrade, sombrant, comme un patient anesthésié, dans une léthargie instantanée, au plus profond d'une nuit de tous les sens.
Premières étoiles. Elles ont déjà cette couleur jaune feu qu'on voit en Provence et en Turquie, si lumineuses qu'elles forment des auréoles sur la vitre de notre fenêtre ; on dirait les flambeaux célestes d'un Van Gogh halluciné. Le géant ukrainien ronfle, mais moi, je n'arrive pas à dormir dans cette course folle au bord du déraillement. La carte m'indique des bourgs dont je n'ai jamais entendu parler, Zmerinka, Kolima, Kotovsk. Mais non, Zmerinka, il me semble que je connais, Primo Levi - l'auteur de Si c'est un homme - y est passé à bord du long convoi qui l'a emporté en Biélorussie, puis jusque chez lui à travers les Balkans, après sa libération d'Auschwitz. La locomotive accélère encore, voici maintenant deux heures qu'elle circule en ligne droite - c'est comme ça à l'est, des Carpates à l'Oural, ni courbes ni tunnels. On dirait qu'elle cherche à compenser les zigzags déments du voyage ininterrompu le plus long de mon existence : trente-trois jours jusqu'à maintenant, de l'océan Glacial  Arctique à la Méditerranée, véritable slalom géant serpentant aux confins orientaux de l'Union européenne.


Odessa ! Cette ville m'appelle après six mille kilomètres de terre ferme, avec son nom impérieux de chanteuse d'opéra. C'est l'embarcadère idéal, la tête de ligne du ferry qui m'emportera jusqu'à Constantinople, elle-même tête de ligne du train qui me ramènera à Trieste le long des Balkans, suivant à contresens le trajet de l'Orient-Express. Je ne suis pas le seul voyageur éveillé dans le compartiment. Dans l'autre couchette du haut est installé un homme d'affaires de Kiev qui n'arrête pas de jacasser, le portable vissé à l'oreille, mais tout ce qu'il dit est couvert par le vacarme des roues, les coups de boutoir, les bruits sourds, les secousses à la limite de l'accident. Dans l'obscurité, le mécanicien cherche la mer, hypnotisé, semble-t-il, par sa boussole coincée au sud-est, et il se purge de toute la claustrophobie de cette lande interminable et sans escale qu'est l'Autre Europe. La nuit d'été grouille de trains au long cours, comme autant de vers luisants lancés vers le sud ; ils en ont pour des soixante ou soixante-dix heures de voyage, ces convois surpeuplés en provenance de Mourmansk, Omsk, Ekaterinbourg, Bakou.
(note éditeur)

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