ILLUSIONS PERDUES
La formule de Balzac pour qualifier Illusions perdues : « l'œuvre capitale dans l'œuvre »
dit assez son importance en même temps qu'elle suggère quelque chose de plus.
Roman sur le fonctionnement de la machine littérature, roman où se retrouvent
les principaux personnages réapparaissant du monde balzacien, il est aussi, par
sa composition tripartite, par son prolongement dans Splendeurs
et Misères des Courtisanes, une image réduite de La
Comédie humaine, son « miroir concentrique ».
Illusions perdues a été publié en
trois parties : Les Deux poètes ( titre initial illusions
perdues) 1837, Un grand homme de province à
Paris 1839 et les souffrances de l’inventeur (Ève
et David)1843 . Dédié à Victor
Hugo, ce texte fait partie du vaste ensemble des Études de mœurs de La Comédie humaine et, plus précisément,
des Scènes de la vie de province..
Inspiré à Balzac par son expérience dans
l'imprimerie (mais aussi la presse et l’édition), Illusions perdues
raconte l’échec de Lucien de Rubempré, jeune provincial épris de
gloire littéraire. En contrepoint au parcours malheureux de ce « grand homme de province », alternativement
héros et antihéros plein de faiblesses, l'histoire évoque les
modèles de vertu que sont la famille de Lucien et le « Cénacle », cercle intellectuel de
« vrais grands hommes ». Les « illusions perdues » sont
celles de Lucien face au monde littéraire et à sa propre destinée, mais aussi
celles de sa famille envers les capacités et les qualités humaines du jeune
homme.
C’est un des plus longs romans de La Comédie humaine d’Honoré de Balzac. Pour beaucoup, dont Marcel
Proust, ce livre est aussi le meilleur de Balzac. Balzac en a
écrit la première partie entre juillet et novembre 1836, écrivant à marche
forcée pour échapper à une mise en demeure de son éditeur.
Résumé
Les Deux poètes
C’est la partie
la plus courte. Elle se déroule à Angoulême.
David Séchard, fils d’un imprimeur, est lié par une amitié profonde à Lucien
Chardon, jeune homme beau et lettré. Le père de David (type de l’avare qui
souffre de devoir abandonner son activité à son fils) revend à son fils son
imprimerie à des conditions très défavorables. David, qui a peu de goût pour
les affaires, est proche de la ruine. Cependant, il parvient à subsister grâce
au dévouement et à l’amour de sa femme, Ève, qui est la sœur de Lucien. Il
recherche en secret un procédé permettant de produire du papier à faible
coût à partir de fibres végétales. Lucien, lui, est épris d'une femme de la
noblesse, madame de Bargeton, qui voit en lui un poète de
talent, tandis qu'il il voit en elle sa Laure
et, à l’imitation de Pétrarque, écrit un recueil de sonnets en son honneur. Elle
s’éprend de lui et l’introduit dans la bonne société d'Angoulême. Cet amour
entre un radieux jeune homme et une femme mariée plus âgée suscite des
commérages. Pour y échapper, les amoureux vont s'installer à Paris, où Lucien
espère faire éditer un roman qu'il est en train d'écrire.
Un
grand homme de province à Paris
C’est la plus
longue des trois parties. Lucien, arrivé à Paris, se découvre bien
misérablement vêtu et logé en comparaison des élégants parisiens. Son amour
pour madame de Bargeton souffre aussi de la comparaison avec des femmes de
l'aristocratie. Pauvre et peu au fait des mœurs de la capitale, il se couvre de
ridicule en faisant, à l'Opéra, ses premiers pas dans le monde, et perd l'appui
de madame de Bargeton. Ses tentatives pour faire publier ses livres se soldent
par des échecs. Il fait alors la connaissance de Daniel
d'Arthez, un écrivain de génie qui l’introduit au Cénacle, cercle de jeunes
hommes de tendances politiques et d’occupations diverses qui partagent dans une
amitié parfaite une vie ascétique au service de l’art ou de la science. Lucien
fréquente le Cénacle pendant un temps. Mais, trop impatient pour réussir par la
voie ardue du seul travail littéraire, il cède à la tentation du journalisme,
un univers corrompu dans lequel il connaît rapidement le succès grâce à des
articles répondant aux goûts du jour. Il les signe Lucien de Rubempré, prenant le nom de
jeune fille de sa mère. Il s’éprend d’une jeune actrice qui l'adore, Coralie, et mène une vie de luxe en s'endettant.
Son ambition le pousse d’un journal libéral à un journal royaliste. Cette
absence totale de principes est très mal perçue par ses anciens amis du
Cénacle, qui l’attaquent violemment, tandis que ses nouveaux collègues ne le
soutiennent guère. Sa ruine est consommée lorsque Coralie tombe malade. Il assiste impuissant à son
agonie et se résout finalement à retourner à Angoulême pour solliciter l’aide
de David, à qui il avait déjà auparavant demandé plusieurs aides financières,
qui lui avaient été versées à chaque fois.
Les Souffrances de l’inventeur (d’abord publié sous le titre Ève et David)
David, au bout
de nombreuses expériences, est parvenu à mettre au point un nouveau procédé de
fabrication du papier sur lequel il travaillait depuis longtemps ; mais
ses concurrents, les frères Cointet, réussissent à s'emparer du procédé avec la
complicité d’un de ses employés. Par des manœuvres frauduleuses, ils
réussissent à le mettre en faillite grâce à un effet financier que Lucien avait
tiré sur le compte de David en imitant sa signature alors qu'il avait besoin
d'argent à Paris. Incapable de payer cette dette, dont le montant a été
multiplié par les frais d'avocat, David est mis en prison. Lorsqu’il apprend
cette nouvelle lors de son retour dans sa famille, Lucien est accablé de
remords devant cette ruine dont il est en grande partie responsable. Ne voyant
pas d'avenir devant lui, il décide de se suicider. Alors qu’il cherchait un
endroit convenable pour se noyer, un mystérieux abbé espagnol qui passait par
là, Carlos Herrera, le convainc de renoncer à ce
projet en lui offrant argent, vie de luxe et possibilité de vengeance, à
condition qu’il lui obéisse aveuglément. Lucien accepte ce pacte. Il envoie
alors à David la somme nécessaire pour sortir de prison et part pour Paris avec
l’étrange prêtre. David parvient alors à un accord avec les Cointet, qui
exploitent son invention. David et Ève, qui ont hérité une petite fortune du vieux
Séchard, se retirent à la campagne, dans le petit village de Marsac, pour y vivre simplement, mais aisément.
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