SPLENDEURS ET MISERES DES
COURTISANES
Les éditions modernes de Splendeurs
et Misères des Courtisanes présentent ce texte comme un ensemble suivi
et homogène, et c'est certainement un des plus saisissants tours de force de
Balzac que d'être parvenu à faire, d'un roman rédigé sur neuf ans (1838-1847),
publié sous toutes les formes de support disponibles à l'époque (feuilletons,
volume séparé, oeuvres complètes), et soumis à tant de réécriture, de
corrections et de rectifications, l'assise centrale cohérente du monde
fictionnel de La Comédie humaine. Son histoire commence
avec l'achèvement du Père Goriot. Quelques jours, à peine,
avant d'écrire la dernière phrase de son chef-d'oeuvre, Balzac note, sur son
manuscrit un titre : La Torpille. En 1838, il publie,
effectivement, un début de fiction ainsi intitulé, mais le projet est aussitôt
interrompu. Il n'est repris qu'en 1843, l'histoire de la rédaction devenant
alors inséparable de celle de la publication, alternant écriture pour
feuilleton et reprises en volumes avec modifications d'importance variable.
La fresque, une
fois achevée, comprend quatre parties assez distinctes, qui pourraient très
bien avoir été publiées comme quatre romans. La variété des thèmes traités, la
multiplicité des personnages, leurs liens multiples entre les différentes parties
de l’histoire, la fin de Lucien de Rubempré, la présence de Rastignac, le rôle
majeur qu’y joue Nucingen, la mention de Corentin et Peyrade, ainsi
qu’évidemment le point culminant avec l’apparition récurrente de Vautrin, font
de « Splendeurs et misères… » une sorte de mini Comédie Humaine
dans La Comédie Humaine. Les quatre parties distinctes sont Comment
aiment les filles, A combien l’amour revient aux vieillards, Où
mènent les mauvais chemins, La dernière incarnation de Vautrin.
Avec Illusions perdues,
dont il est un peu le pendant parisien et satanique, l'ensemble romanesque
intitulé Splendeurs et misères des courtisanes jouit d'un
prestige particulier au sein de La Comédie humaine.
Par son intrigue même, Splendeurs et misères des courtisanes est un carrefour où se
croisent tous les héros, tous les destins et tous les styles balzaciens. Roman
des filles, Splendeurs et Misères des Courtisanes est
surtout le roman des voleurs. Lesquels ne parlent pas comme tout le monde.
Avant le Victor Hugo des Misérables, Balzac a développé
ici toute une poétique de l'argot crapuleux, dont les entrelacs métaphoriques
et les ellipses saisissantes font entendre un idiome coloré dont
l'inintelligibilité n'est pas un des moindres facteurs de fascination. Si
Balzac a parfois cédé à la facilité de traduire littéralement l'énoncé
argotique en une parenthèse additive.
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