Le figuier de Ramiro Pinilla (Auteur), Nicole Réda Euvremer (Traduction)
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Broché: 284 pages
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Editeur : Le Temps des Cerises (22
janvier 2016)
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Collection : Romans des libertés
La construction en 1966 d’un nouveau lycée à Getxo, au Pays basque, fait ressurgir l’histoire de Rogelio Ceron, cet homme solitaire arrimé à un terrain isolé et au seul figuier qui y pousse depuis la fin de la guerre civile. Rogelio Ceron est un ancien phalangiste, de ceux qui, à la nuit tombée, allaient de maison en maison débusquer les « rouges » pour les fusiller sans autre forme de procès. Au cours d’une de ces « expéditions » punitives, Ceron est marqué par le regard de haine que lui jette un enfant, Gabino, à qui il vient d’enlever son père et son frère. Le phalangiste se persuade aussitôt que cet enfant finira par le tuer. Le lendemain, Ceron s’aperçoit que les deux corps ont été enterrés sous un monticule de terre où a été plantée une pousse de figuier. Il se transforme alors, rompt avec les phalangistes, pour se consacrer à la mission tacitement ordonnée par l’enfant, de veiller le figuier. Il est persuadé que l’enfant et lui sont liés par le destin.
Pourtant, pendant trois décennies, Rogelio et Gabino n’échangent pas un mot. Le silence est un personnage de plus dans cette tragédie. À l’image du silence des familles des victimes de la guerre civile qui ont enduré quarante ans d’un exil intérieur, sans pourvoir exprimer leur douleur.
Rogelio et Gabino représentent les deux Espagne, mais au fil des années, ils sortent peu à peu du cadre initial de chacun de leurs camps. Le figuier incarne l’oubli impossible, le souvenir vivant et silencieux. Le figuier pousse et ses racines se nourrissent des morts de la guerre.
"Touriste" de Julien Blanc-Gras
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Poche: 264 pages
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Editeur : Le Livre de Poche (8 mai 2013)
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Collection : Littérature & Documents
Julien Blanc-Gras appartient à
cette race de passeurs décomplexés qui comptent bien traverser Canaan et toute
la planète, sans piétiner quarante ans le désert. Cultivé, facétieux et
drôlissime, il est doté du regard pénétrant et décalé de celui qui sait
apprécier sans être dupe. Bernadette Atlan, Le Nouvel Observateur.
Extrait
Préambule, où l'on
découvre l'origine des pathologies géographiques du narrateur
On compte sept milliards d'habitants à la surface de la planète et ils vivent tous quelque part. Ils peuplent des continents, des pays et des villes, que bon nombre d'entre eux ne sont pas en mesure de pointer sur un planisphère, faute de planisphère.
Je représente un sept milliardième de l'humanité et je ne sais pas toujours où j'habite. Si je suis une quantité négligeable, la question de ma place dans le monde a néanmoins son importance. J'ai grandi sous un climat tempéré où l'accès à une nourriture protéinée est suffisamment aisé pour laisser du temps aux occupations secondaires que sont les loisirs ou les incertitudes existentielles. Les habitants de l'Occident disposent d'une certaine amplitude dans le choix de leurs penchants intellectuels et de l'orientation de leur destin. On peut se dédier à la physique nucléaire, au football ou à l'engagement politique sans obstacles majeurs. Aussi loin que je me souvienne, c'est la géographie qui a retenu mes faveurs. Pendant des années, je me suis couché avec un globe terrestre. Je conçois que cela puisse paraître étrange, les enfants ont d'ordinaire plutôt tendance à s'endormir avec des nounours. En guise de doudou, j'avais adopté un ballon gonflable et translucide sur lequel était imprimée une carte du monde. Un gadget fabuleux déniché dans un magasin de gadgets stupides. Je me glissais dans mon lit en serrant la planète, la joue contre la Corée, la Norvège chaudement lovée contre ma poitrine et Los Angeles au bout des doigts. Je me réveillais avec la Terre comme horizon initial.
Le premier livre que j'ai ouvert était un atlas. L'apprentissage de la lecture m'a permis de déchiffrer «Kamtchatka» et «Saskatchewan» avant de savoir épeler «fourchette». Pour mon cerveau en formation, l'association des lettres, des lignes et des couleurs formulait une représentation cohérente du monde. Le caractère magique des cartes m'offrait mon premier choc esthétique. Aujourd'hui encore, je reste persuadé que la projection de Mercator, en dépit de ses imperfections, dévoile une grâce supérieure à la Joconde.
Revue de presseOn compte sept milliards d'habitants à la surface de la planète et ils vivent tous quelque part. Ils peuplent des continents, des pays et des villes, que bon nombre d'entre eux ne sont pas en mesure de pointer sur un planisphère, faute de planisphère.
Je représente un sept milliardième de l'humanité et je ne sais pas toujours où j'habite. Si je suis une quantité négligeable, la question de ma place dans le monde a néanmoins son importance. J'ai grandi sous un climat tempéré où l'accès à une nourriture protéinée est suffisamment aisé pour laisser du temps aux occupations secondaires que sont les loisirs ou les incertitudes existentielles. Les habitants de l'Occident disposent d'une certaine amplitude dans le choix de leurs penchants intellectuels et de l'orientation de leur destin. On peut se dédier à la physique nucléaire, au football ou à l'engagement politique sans obstacles majeurs. Aussi loin que je me souvienne, c'est la géographie qui a retenu mes faveurs. Pendant des années, je me suis couché avec un globe terrestre. Je conçois que cela puisse paraître étrange, les enfants ont d'ordinaire plutôt tendance à s'endormir avec des nounours. En guise de doudou, j'avais adopté un ballon gonflable et translucide sur lequel était imprimée une carte du monde. Un gadget fabuleux déniché dans un magasin de gadgets stupides. Je me glissais dans mon lit en serrant la planète, la joue contre la Corée, la Norvège chaudement lovée contre ma poitrine et Los Angeles au bout des doigts. Je me réveillais avec la Terre comme horizon initial.
Le premier livre que j'ai ouvert était un atlas. L'apprentissage de la lecture m'a permis de déchiffrer «Kamtchatka» et «Saskatchewan» avant de savoir épeler «fourchette». Pour mon cerveau en formation, l'association des lettres, des lignes et des couleurs formulait une représentation cohérente du monde. Le caractère magique des cartes m'offrait mon premier choc esthétique. Aujourd'hui encore, je reste persuadé que la projection de Mercator, en dépit de ses imperfections, dévoile une grâce supérieure à la Joconde.
On rit à chaque
page. Pourtant il y a, dans ce bijou de livre, bien plus que cela. A quoi cela
tient-il ? A la justesse salutaire du regard qu'implique l'angle choisi ? Le
tourisme est toujours ce qu'on cache, pourtant il fait partie du monde
globalisé tel qu'il est. A la subtilité, bien plus politique qu'il y paraît, de
certains de ses récits ? Lisez celui qu'il rapporte d'une traversée en Israël
et en Cisjordanie, il vous en apprendra plus que bien des reportages. A la
progression habile, enfin, qui se dévoile de chapitre en chapitre ? Le livre
part comme une farce. On savoure cette succession de désopilantes cartes
postales comme on picore des cacahuètes en sirotant un mojito face au lagon.
Par surprise, quelque part dans les villages perdus du sud de Madagascar, on se
retrouve bientôt à dévorer un épisode magnifique, tragique et beau. N'en disons
pas plus, il faut le lire. (François Reynaert - Le Nouvel Observateur du 30
juin 2011 )


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