samedi 15 octobre 2016

31EME REUNION - BREF RESUME DE NOS DEBATS PAR GERARD


Avant d’entrer dans le  vif du sujet, précisons que plusieurs d’entre nous ne sont pas véritablement « entrés » dans Orlando : certains sont allés jusqu’au bout du livre, tandis que d’autres ont abandonné après quelques dizaines de pages. Les raisons invoquées sont diverses, elles ont trait au style narratif de Virginia Woolf, au contenu même du livre ou encore aux conditions de lecture. Il est vrai que l’environnement dans lequel on se trouve, la période de vie qui est la nôtre ou encore la disponibilité d’esprit du moment peuvent jouer un grand rôle dans le fait d’entrer ou non en symbiose avec un texte et/ou un écrivain.
Ceux qui ne sont pas entrés dans le roman, n’ont contesté ni le talent de Virginia Woolf, ni l’aspect novateur de son écriture, ils ont pour la plupart remis à plus tard une nouvelle lecture d’Orlando.

Une grande partie de notre groupe a réellement apprécié Orlando. Mais dans l’adhésion à l’œuvre on a pu constater plusieurs niveaux : il y a d’abord les inconditionnels de Virginia qui ont vu dans Orlando une invention narrative sur un mode léger, teinté d’humour, de complicité avec le lecteur et surtout de passion pour Vita d’une part, et pour la littérature d’autre part. il y a ceux qui ont aimé le livre, mais qui lui ont préféré Mrs. Dalloway, œuvre plus accomplie, plus travaillée dans laquelle Virginia Woolf donne la pleine mesure de son talent. Il y a enfin ceux qui ont été séduits par certains aspect de l’œuvre, notamment par les descriptions de paysages, d’atmosphères ou d’instants fugaces, mais qui ont aussi émis des critiques sur telle ou telle partie du roman, la fin notamment, ainsi que sur certaines longueurs.
Des premiers échanges ont eu pour thème différents épisodes de la vie de Virginia Woolf, chacun a pu apporter sa pierre à l’édifice.

S’agissant maintenant d’ »Orlando », plusieurs thèmes ont retenu notre attention et animé nos échanges :
-          Bien sûr le thème de la bissexualité et du transformisme. Ce thème a déjà été traité en littérature, mais nous avons quand même relevé l’audace dont a fait preuve Virginia en en 1927/1928 en mettant sous les projecteurs, dans le livre sa relation passionnée avec Vita Sackville West, une femme très attirante qui brillait de mille feux et qui elle-même écrivait.

-          Aussi  l’importance du temps et de sa perception. Le temps qui est une facette de ce qui périt avant de se renouveler. Plusieurs d’entre nous ont relevé dans le livre les différentes phases de sommeil d’Orlando souvent annoncé par des tintements de cloches

-          Le jeu des couleurs et le caractère impressionniste du roman, nous avons tous été séduits par la scène du dégel de Londres, scène admirable qui donne une idée du talent pictural de l’auteure

-          L’engagement pour le féminisme : à de multiples repris dans le livre est évoqué le positionnement des femmes dans la société, particulièrement à l’époque victorienne.

-          La folie, les symptômes bipolaires, l’irruption permanente de l’imaginaire dans le réel, les dépressions souvent liées à la mort d’êtres chers, sœur, mère, frère, père… et en définitive le suicide. Nous avons d’ailleurs cité dans nos débats le très beau film « The Hours » de Stephen Daldry, sorti en 2002, qui met en scène trois femmes vivant à des époques différentes, dont Virginia sombrant dans la folie, et qui gravitent autour de Mrs Dalloway et dont « The Hours » était le titre d’origine. Dans ce film la scène du suicide est particulièrement émouvante. La prestation des trois actrices est remarquable.

-          Nous avons aussi évoqué le style et la technique narrative de Virginia Woolf à travers Orlando, mais aussi à travers ses autres œuvres. Dans Orlando, nous avons relevé le caractère épique du roman dans les premiers chapitres et aussi le positionnement du narrateur-biographe qui entame des apartés avec le lecteur et le basculement dans les dernières pages du livre vers un monologue intérieur d’Orlando qui s’accompagne de la disparition du narrateur. Ce jeu du monologue intérieur qui apparaît souvent comme la « marque de fabrique » de Virginia a séduit plusieurs d’entre nous.

-          Parlant des grands écrivains nous avons établi des ponts entre Virginia Woolf :

o   et Henry James (dont un livre au moins a été publié par Virginia et son mari) qui a fait récemment l’objet d’une de nos réunions avec « Le motif dans le tapis » (1896),

o   et James Joyce dont le livre le plus célèbre « Ulysse » (1918), relate les pérégrinations de Leopold Bloom et Stephen Dedalus, à travers la ville de Dublin lors d'une journée ordinaire entre 8h du matin et 3h de la nuit suivante ; cet auteur totalement novateur recours à un procédé narratif qu’on a coutume d’appeler  le courant de conscience, technique qui consiste à décrire le point de vue du personnage en projetant au premier plan les pensées qui viennent à l’esprit de ce dernier, sans  suite logique. Virginia Woolf a vertement critiqué « Ulysses », dans son Journal, « un dévidoir d’indécences », « grossier », « le livre d’un manœuvre autodidacte » (16 août 1922) et elle a refusé de le publier chez Hogarth Press la maison d’édition dont elle était propriétaire avec son mari.

o   et Marcel Proust, dont l’écriture présente de nombreux points communs avec celle de Virginia Woolf, en particulier sur les problèmes de la durée romanesque et le souci d'une forme d'art qui puisse "redessiner", recréer le monde discontinu de la vie. » (in blog  http://republique-des-lettres.fr/virginia-woolf-0000.php)


Nul doute que bien d’autres thèmes ont été abordés lors de cette soirée, malheureusement les notes manuscrites me font défaut, si vous avez des ajouts à effectuer n’hésitez pas à me contacter.

2 commentaires:

Pergame a dit…

J'avoue faire partie des lecteurs qui sont passés complètement à côté du livre. Je lui ai pourtant trouvé des passages magnifiques : la Tamise prise dans les glaces bien sûr, le rendez-vous manqué avec cette sulfureuse russe, Sacha (est-ce bien le bon prénom ?), le parcours dans le château avec ce dédale de pièces, etc. Mais j'ai perdu de l'intérêt après la transformation et l'errance chez les gitans puis le retour à Londres. Il me semble que Virginia Woolf a du se régaler à écrire cette petite "folie" ; j'emploie ce mot à dessein en pensant au terme architectural désignant un petit édifice plutôt fantaisiste annexé à un grand domaine. Fantaisiste n'égale pas insignifiant : une "folie" peut-être propice à la méditation, à la rêverie ; il s'agit d'un lieu particulier, intime, poétique, de liberté.

XXX a dit…

Merci pour ton commentaire et tes précisions Claude.
La deuxième partie du livre n'a pas l'élan de la première et le changement de style de VW notamment dans le dernier chapitre explique peut-être un certaine lassitude chez les lecteurs.
Je suis d'accord avec toi c'est un roman foisonnant, pétillant, plein d'imprévus et avec par moments des visions extraordinaires de paysages, de couleurs, de correspondances, de personnages extravagants...
L'intérêt de ce genre de livre est qu'on peut y revenir plusieurs fois dans une vie sans éprouver nécessairement une sensation de "déjà lu".
Je crois que c'était notre conclusion, lorsque nous avons évoqué Gracq, Proust et Lobo Antunes...
Pour ce dernier notamment, je referai plusieurs tentatives car je sais que c'est un "grand" de la littérature.