« Richie » de Raphaëlle Bacqué
· Broché:
288 pages
·
Editeur : Grasset (15 avril 2015)
·
Collection : Documents Français
Extrait
Le matin même de son départ à New York, trois jours
avant sa mort, Richard Descoings envoya un message, comme une prémonition
ironique, à ses collaborateurs : «Si l'on s'écrase, la messe aura lieu à
Saint-Sulpice : Mozart à tue-tête, Plug n'Play au premier rang. Pas d'argent
pour le cancer, tout pour les fleurs.»
La cérémonie grandiose que fut son enterrement ne respecta qu'à moitié ses directives. Les funérailles eurent bien lieu, le 11 avril 2012, à l'église Saint-Sulpice, au cœur de Paris, mais l'association Plug n'Play des «gays, lesbiennes, bis, trans, queer de Sciences Po» fut discrètement renvoyée sur les bords de la nef. A sa place, au premier rang, de l'autre côté des bancs réservés à la famille et aux amis accablés par le chagrin, s'installa le plus complet assortiment de la nomenklatura française.
Une demi-douzaine de ministres, les plus grands banquiers et des hauts fonctionnaires en pagaille. Le président Nicolas Sarkozy, retenu à l'étranger, avait téléphoné personnellement à la veuve le matin même. La moitié de l'équipe de campagne de François Hollande, en pleine bataille présidentielle, s'était déplacée. Un aréopage de costumes noirs encadrait le maire de Paris Bertrand Delanoë et les représentations étrangères avaient envoyé leurs ambassadeurs. Même l'Américain Barack Obama avait présenté, depuis la Maison-Blanche, ses condoléances.
Sur la place, une impressionnante procession de professeurs et d'étudiants en larmes, tenant une fleur blanche, patienta près d'une heure devant les barrières de métal érigées par la police avant de les franchir au compte-gouttes. L'église, malgré ses quelque trois mille places, était trop petite et des centaines de jeunes gens suivirent dehors la cérémonie, retransmise par des haut-parleurs. Des deux côtés du portail, on avait installé deux grandes photos du patron de Sciences Po, les mains levées comme pour une prière.
Je ne crois pas avoir vu en d'autres occasions, en France, une telle foule sentimentale. J'avais moi-même été une ancienne élève de Sciences Po avant l'arrivée de Descoings. J'y venais encore, de temps à autre, suffisamment pour constater l'énorme transformation qu'il y avait opérée. Je n'avais pas mesuré, cependant, la multitude des relations du directeur ni son charisme de rock star. Je l'avais rencontré une fois en tête à tête et j'avais été un peu désarçonnée par la courtoisie appliquée avec laquelle il exposait ses projets révolutionnaires et son regard un peu flottant, comme s'il avait bu. Une fois, surtout, j'avais entendu du hall un amphi hurlant ce diminutif que les étudiants lui donnaient : «Ri-chie ! Ri-chie !» Mais je trouvais vaguement ridicule de se laisser aduler comme un Jim Morrison tout en dirigeant l'école du pouvoir. Toutes les époques ont leurs rois secrets. J'étais passée à côté de celui-ci.
Ce fut pourtant une sorte d'étrangeté de voir arriver ce cercueil au milieu des calices d'or et des cierges, entourés des étudiants catholiques de l'école venus servir la dernière messe de leur directeur. Quelques jours auparavant, le patron de la SNCF Guillaume Pepy et Nadia Marik, la femme de Descoings, avaient annoncé sa mort ensemble, sur les faire-part publiés dans la presse. Même le père Matthieu Rougé ne parut pas s'en formaliser. Le prêtre et confesseur des députés de la paroisse Sainte-Clotilde, à deux pas de l'Assemblée nationale, avait été appelé à la rescousse pour cette étonnante célébration. Comme les amis qui se succédèrent en un dernier hommage, il débuta son sermon en saluant pareillement l'épouse et l'ancien compagnon : «Chère Nadia, cher Guillaume»...
La cérémonie grandiose que fut son enterrement ne respecta qu'à moitié ses directives. Les funérailles eurent bien lieu, le 11 avril 2012, à l'église Saint-Sulpice, au cœur de Paris, mais l'association Plug n'Play des «gays, lesbiennes, bis, trans, queer de Sciences Po» fut discrètement renvoyée sur les bords de la nef. A sa place, au premier rang, de l'autre côté des bancs réservés à la famille et aux amis accablés par le chagrin, s'installa le plus complet assortiment de la nomenklatura française.
Une demi-douzaine de ministres, les plus grands banquiers et des hauts fonctionnaires en pagaille. Le président Nicolas Sarkozy, retenu à l'étranger, avait téléphoné personnellement à la veuve le matin même. La moitié de l'équipe de campagne de François Hollande, en pleine bataille présidentielle, s'était déplacée. Un aréopage de costumes noirs encadrait le maire de Paris Bertrand Delanoë et les représentations étrangères avaient envoyé leurs ambassadeurs. Même l'Américain Barack Obama avait présenté, depuis la Maison-Blanche, ses condoléances.
Sur la place, une impressionnante procession de professeurs et d'étudiants en larmes, tenant une fleur blanche, patienta près d'une heure devant les barrières de métal érigées par la police avant de les franchir au compte-gouttes. L'église, malgré ses quelque trois mille places, était trop petite et des centaines de jeunes gens suivirent dehors la cérémonie, retransmise par des haut-parleurs. Des deux côtés du portail, on avait installé deux grandes photos du patron de Sciences Po, les mains levées comme pour une prière.
Je ne crois pas avoir vu en d'autres occasions, en France, une telle foule sentimentale. J'avais moi-même été une ancienne élève de Sciences Po avant l'arrivée de Descoings. J'y venais encore, de temps à autre, suffisamment pour constater l'énorme transformation qu'il y avait opérée. Je n'avais pas mesuré, cependant, la multitude des relations du directeur ni son charisme de rock star. Je l'avais rencontré une fois en tête à tête et j'avais été un peu désarçonnée par la courtoisie appliquée avec laquelle il exposait ses projets révolutionnaires et son regard un peu flottant, comme s'il avait bu. Une fois, surtout, j'avais entendu du hall un amphi hurlant ce diminutif que les étudiants lui donnaient : «Ri-chie ! Ri-chie !» Mais je trouvais vaguement ridicule de se laisser aduler comme un Jim Morrison tout en dirigeant l'école du pouvoir. Toutes les époques ont leurs rois secrets. J'étais passée à côté de celui-ci.
Ce fut pourtant une sorte d'étrangeté de voir arriver ce cercueil au milieu des calices d'or et des cierges, entourés des étudiants catholiques de l'école venus servir la dernière messe de leur directeur. Quelques jours auparavant, le patron de la SNCF Guillaume Pepy et Nadia Marik, la femme de Descoings, avaient annoncé sa mort ensemble, sur les faire-part publiés dans la presse. Même le père Matthieu Rougé ne parut pas s'en formaliser. Le prêtre et confesseur des députés de la paroisse Sainte-Clotilde, à deux pas de l'Assemblée nationale, avait été appelé à la rescousse pour cette étonnante célébration. Comme les amis qui se succédèrent en un dernier hommage, il débuta son sermon en saluant pareillement l'épouse et l'ancien compagnon : «Chère Nadia, cher Guillaume»...
Revue de presse
Son portrait est aussi celui d'une modernité. Beaucoup
d'argent, beaucoup d'image. La journaliste le rend à lui-même dans un roman
vrai sur les marches du pouvoir. Elle restitue la complexité d'un "prince
des grandes confusions", en se faufilant dans les différents cercles de sa
vie. Richard Descoings (1958-2012) reste emblématique de son époque aussi par
sa course à la jeunesse. Il est mort à l'âge de 53 ans dans une chambre d'hôtel
à New York, dans des conditions mystérieuses, avant que le grand âge ne le
fixe...
La journaliste raconte, à travers Richard Descoings, un air du temps : la victoire de François Mitterrand en 1981 ; la création d'Aides (association de lutte contre le sida), où il milite jusqu'en 1986 ; la bataille pour une filière d'accès à Sciences-Po pour les élèves issus des ZEP (zones d'éducation prioritaire) en 2001 ; les cours de Dominique Strauss-Kahn à l'IEP, dès la rentrée 2000, dans l'espoir qu'il devienne président. Richie est aussi une radioscopie du pouvoir gay en France...
L'ancienne étudiante de Sciences-Po saisit un homme, un milieu, un pays. Tout se tient. Les funérailles ont eu lieu le 11 avril 2012 à l'église Saint-Sulpice, à Paris. Les ministres, les banquiers, les hauts fonctionnaires, les grands patrons, les professeurs étaient présents. La ronde. Ses amies, ses faux amis, ses ennemis. Ils ont sans doute eu le temps de méditer sur la mort et la vie en s'observant les uns, les autres. Ils se sont peut-être même rappelés que la défaite est contenue dans toute victoire. (Marie-Laure Delorme - Le Journal du Dimanche du 12 avril 2015)
Raphaëlle Bacqué raconte le destin de Richard Descoings, directeur de Sciences po, dont la ligne d'inconduite avait choqué et fasciné le Tout-Paris. Ou quand l'arrogance conduit à la morgue...
Et là le livre passionnant de Raphaëlle Bacqué montre le vrai visage de notre classe dirigeante : condescendante, connivente, indécente... et corruptible. Descoings achetait tout le monde. Les vaniteux en leur donnant des heures de cours, les patrons de presse en leur confiant des séminaires, les mandarins en les couvrant de primes, les enquêteurs de la Cour des comptes en les bombardant au conseil d'administration. Au lieu de tirer la sonnette d'alarme, ils se comportèrent en petits cannibales assoiffés de flatteries qu'une dragée rassasie. Une camarilla sortie des grandes écoles prenait la vie pour un libre-service, se servait à tous les rayons et donnait des leçons de morale à ceux qui sonnent le tocsin. D'où ce livre accablant comme un «Bûcher des vanités» à la française. (Gilles Martin-Chauffier - Paris-Match, mai 2015)
La journaliste raconte, à travers Richard Descoings, un air du temps : la victoire de François Mitterrand en 1981 ; la création d'Aides (association de lutte contre le sida), où il milite jusqu'en 1986 ; la bataille pour une filière d'accès à Sciences-Po pour les élèves issus des ZEP (zones d'éducation prioritaire) en 2001 ; les cours de Dominique Strauss-Kahn à l'IEP, dès la rentrée 2000, dans l'espoir qu'il devienne président. Richie est aussi une radioscopie du pouvoir gay en France...
L'ancienne étudiante de Sciences-Po saisit un homme, un milieu, un pays. Tout se tient. Les funérailles ont eu lieu le 11 avril 2012 à l'église Saint-Sulpice, à Paris. Les ministres, les banquiers, les hauts fonctionnaires, les grands patrons, les professeurs étaient présents. La ronde. Ses amies, ses faux amis, ses ennemis. Ils ont sans doute eu le temps de méditer sur la mort et la vie en s'observant les uns, les autres. Ils se sont peut-être même rappelés que la défaite est contenue dans toute victoire. (Marie-Laure Delorme - Le Journal du Dimanche du 12 avril 2015)
Raphaëlle Bacqué raconte le destin de Richard Descoings, directeur de Sciences po, dont la ligne d'inconduite avait choqué et fasciné le Tout-Paris. Ou quand l'arrogance conduit à la morgue...
Et là le livre passionnant de Raphaëlle Bacqué montre le vrai visage de notre classe dirigeante : condescendante, connivente, indécente... et corruptible. Descoings achetait tout le monde. Les vaniteux en leur donnant des heures de cours, les patrons de presse en leur confiant des séminaires, les mandarins en les couvrant de primes, les enquêteurs de la Cour des comptes en les bombardant au conseil d'administration. Au lieu de tirer la sonnette d'alarme, ils se comportèrent en petits cannibales assoiffés de flatteries qu'une dragée rassasie. Une camarilla sortie des grandes écoles prenait la vie pour un libre-service, se servait à tous les rayons et donnait des leçons de morale à ceux qui sonnent le tocsin. D'où ce livre accablant comme un «Bûcher des vanités» à la française. (Gilles Martin-Chauffier - Paris-Match, mai 2015)
« Le poids des secrets » d’Aki Shimazaki
· Poche:
114 pages
·
Editeur : Actes Sud (28 octobre 2005)
·
Collection : Babel
Dans une lettre
laissée à sa fille après sa mort, Yukiko, une survivante de la bombe atomique,
évoque les épisodes de son enfance et de son adolescence auprès de ses parents,
d'abord à Tokyo puis à Nagasaki. Elle reconstitue le puzzle d'une vie familiale
marquée par les mensonges d'un père qui l'ont poussée à commettre un meurtre.
Obéissant à une mécanique implacable qui mêle vie et Histoire, ce court premier roman marie le lourd parfum des camélias (tsubaki) à celui du cyanure. Sans céder au cynisme et avec un soupçon de bouddhisme, il rappelle douloureusement que nul n'échappe à son destin.
Obéissant à une mécanique implacable qui mêle vie et Histoire, ce court premier roman marie le lourd parfum des camélias (tsubaki) à celui du cyanure. Sans céder au cynisme et avec un soupçon de bouddhisme, il rappelle douloureusement que nul n'échappe à son destin.
« Cristal de Roche » d’Adalbert
Stifter
· Poche:
185 pages
·
Editeur : Editions Jacqueline Chambon (19 mai 1998)
·
Langue : Français
Conrad et Susanna, les deux enfants d'un couple
d'artisans prospères, vivent depuis toujours dans un petit village de haute
montagne, non loin d'un vaste glacier. À la veille de Noël, ils décident
d'aller rendre visite à leurs grands-parents, au village voisin, distant de
trois heures de marche. Le trajet leur est familier, mais, sur le chemin du
retour, à la fin de l'après-midi, la neige se met à tomber, de plus en plus
dru, faisant tout disparaître derrière un rideau blanc... Publié en 1845,
Cristal de roche est un des contes les plus célèbres d Adalbert Stifter
(1805-1868), fils d'un tisserand des forêts de Bohême devenu figure majeure des
lettres allemandes, admiré de Nietzsche, Hermann Hesse ou Thomas Mann.
Publié en 1845, Cristal de roche est un des contes les
plus célèbres d'Adalbert Stifter (1805-1868), fils d'un tisserand des forêts de
Bohême devenu figure majeure des lettres allemandes, admiré de Nietzsche,
Hermann Hesse ou Thomas Mann.
« Désorientale » de Négar Djavadi
· Poche:
185 pages
·
Editeur : Editions Jacqueline Chambon (19 mai 1998)
·
Langue : Français
La nuit, Kimiâ mixe
du rock alternatif dans des concerts. Le jour, elle suit un protocole
d'insémination artificielle pour avoir un enfant avec son amie Anna. Née à
Téhéran en 1971, exilée en France dix ans plus tard, elle a toujours tenu à
distance sa culture d'origine pour vivre libre. Mais dans la salle d'attente de
l'unité de PMA de l'hôpital Cochin, d'un rendez-vous médical à l'autre, les
djinns échappés du passé la rattrapent. Au fil de souvenirs entremêlés, dans
une longue apostrophe au lecteur, elle déroule toute l'histoire de la famille
Sadr. De ses pétulants ancêtres originaires du nord de la Perse jusqu'à ses
parents, Darius et Sara, éternels opposants au régime en place ; celui du Shah
jusqu'en 1979, puis celui de Khomeiny. Ce dernier épisode va les obliger à
quitter définitivement l'Iran. La France vécue en exilés n'a rien à voir avec
le pays mythifié par la bourgeoisie iranienne… Alors, jouant du flash-back ou
du travelling avant, Kimîa convoque trois générations et une déesse du rock and
roll au chevet de sa " désorientalisation ". On y croise, entre
autres, Siouxie, Woody Allen, Michel Foucault, des punks bruxellois et des
persans aux yeux bleus, six oncles et un harem.




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