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« Après toi le déluge », de
- Poche : 322 pages
- Editeur : Gallimard (4 octobre 1988)
- Collection : L'Imaginaire
Les impressions de Gérard
J'ai lu ce livre à l'occasion d'un bref séjour à Tanger, il y a quelques mois.
L'intrigue d"Après toi le déluge" se passe à Tanger. Le choix de cette ville permet de justifier la diversité des différents personnages que rencontre Nelson Dyar, un américain encore jeune, qui n'a jamais rien réussi pendant sa courte vie et qui échoue là, par hasard. Telle une coquille de noix sur un océan tantôt calme, tantôt déchaîné, il se heurte à chacun des personnages qu'il croise. Les uns appartiennent à l'Afrique, les autres sont des occidentaux.
A Tanger, il va virevolter sans cesse entre Daisy, Hadija et Eunice, Jack, Thami, les frères Bedaoui... à la recherche d'une terre ferme. Il ne la trouvera pas. Il n'a pas de projet, pas de ligne conductrice. Il vit au gré de ses rencontres et de ses peurs.
Tanger est une société séduisante, à la marge des conventions, mais sans pitié pour le faible, pour celui qui n'a pas confiance en soi.
Le problème qui se pose à Dyar est d'abord de vivre, et ensuite de survivre. Plusieurs possibilités s'offrent à lui. Il n'en choisira aucune. Il ne sera qu'un jouet entre les mains des autres.
Petit à petit sous l'effet du majoun, un monde imaginaire se substitue au monde réel et ce sera le début d'une spirale de la déchéance.
"Après toi le déluge" est le roman d'un paumé, plongé dans un monde séduisant, facile en apparence, mais en réalité sans pitié. Les rapports entre les gens qui vivent là sont très durs. Tout se sait et chacun sait réellement à qui il a à faire, tous sauf Dyar.
Lui-même ne sait pas qui il est. Ses bribes d'existence lui donnent une conscience très parcellaire de sa personnalité. Croyant assouvir ses désirs, il est en fait confronté à ceux des autres, réels ou imaginaires. En définitive, il découvre qu'il est lui même son propre ennemi. Victime de ses peurs et de sa désespérance, il retournera au néant.
J'ai aimé ce livre, même s'il me laisse une certaine amertume en bouche. Bowles fait preuve d'une grande connaissance des rapports humains et d'une grande lucidité sur le destin de ceux qui passent par Tanger et qui restent pris dans sa toile, à jamais.
Peut-être dresse-t-il là son propre portrait !
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"Taba Taba", de Patrick Deville
- Broché: 432 pages
- Editeur : Le Seuil (17 août 2017)
- Collection : FICTION & CIE
Le roman commence à Mindin, en face de Saint-Nazaire, au début des années 1960, dans un lazaret devenu hôpital psychiatrique : un enfant boiteux, dont le père est administrateur du lieu, se lie d'amitié avec un des internés, un ancien de la marine qui, se balançant d'arrière en avant, répète sans cesse la même formule énigmatique : Taba-Taba. À partir de là, Patrick Deville déroule le long ruban de l'Histoire, en variant le microscope et le macroscope. Car la France, ce n'est pas seulement l'Hexagone : le narrateur se promène autour de la planète, pour rappeler l'épopée coloniale avec ses désastres mais aussi ses entreprises audacieuses (canal de Suez, de Panamá).
Cette grande fresque romanesque va de Napoléon III aux attentats qui ont ensanglanté récemment le pays, en passant par la Grande Guerre et ses tranchées, puis par le Front populaire, la Débâcle, l'Occupation, la Résistance, le Vercors, la Libération.
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« C’est la guerre », de Louis
Calaferte
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Broché : 248 pages
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Editeur : Gallimard (27 avril 2017)
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Collection : L'Imaginaire
Pendant l’Occupation, Louis Calaferte a onze ans. Il raconte la
guerre telle que la voit, telle que la vit un enfant. « Ils parlent. Ils tapent
sur la table. Ils reniflent. Ils se grattent dans les poils. Ils se grattent la
tête. Ils se renversent sur leurs chaises. Ils mettent leurs pouces dans leurs
bretelles. Ils font semblant, mais ils ne sont pas bien. Ils griffent de
l’ongle le bois de la table. Ils parlent. Ils se comprennent. Et pourtant, c’est
quoi 14, c’est quoi l’Armistice, c’est quoi Daladier, c’est quoi les Boches,
c’est quoi Hitler, c’est quoi la politique, c’est quoi le Taureau du Vaucluse,
c’est quoi Chamberlain, c’est quoi le pape, c’est quoi la guerre ? - C’est
quoi, la guerre ? - Occupe-toi de ta soupe. Mange. »
Louis Calaferte est un écrivain qui a un style très alerte, son écriture est magnifique dans "C'est la guerre". Il décrit cette période de la guerre et de l'occupation, vue par un enfant? Ce qui renouvelle complètement la vision de cette période. J'ai beaucoup aimé.
Calaferte a vécu à Lyon, puis en Bourgogne, dans le village de Blaisy-Bas. Il est mort à Dijon en mai 1994.
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"Ceux de 14", de Maurice Genevoix
Un dernier mot sur un admirable livre de 678 pages de Maurice Genevoix :"Ceux de 14" que j'ai lu pour la première fois très récemment lors d'un "pèlerinage" sur les lieux de bataille du 10ème régiment d'infanterie entre 1914 et 1918, dans les Vosges, la Meurthe et Moselle, la Meuse, la Champagne et la Somme. Ce régiment était celui de mon père.
Je me suis rendu notamment sur le site des Eparges où s'est déroulée l'une des pires batailles de la guerre. Celle décrite dans les moindres détails par Genevoix qui fut un des rares rescapés des premières lignes.
Un livre émouvant, très émouvant, qui m'a permis de mieux comprendre ce que mon père n'a jamais pu me raconter, à cause de mon âge, mais surtout parce que, ce qu'il avait vécu, il ne "pouvait" pas en parler, si ce n'est avec ses camarades rescapés de St Mihiel, de Verdun et de la bataille de la Somme.
Certains comprendront mieux pourquoi je n'ai pas beaucoup apprécié le livre d'Echenoz : "14", publié en 2012 aux Editions de Minuit.




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