mardi 10 octobre 2017

35EME REUNION - LES COUPS DE COEUR DE MICHEL BAC


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"Le Sympathisant", de Viet Thanh NGUYEN (Auteur), Clément BAUDE (Traduction)

  • Broché: 504 pages
  • Editeur : Belfond (17 août 2017)





Biographie
Viet Thanh Nguyen est né au Vietnam en 1971. Après la chute de Saigon, il fuit le pays avec toute sa famille et rejoint les États-Unis en cargo, comme des milliers de boat people. D'abord réfugiés dans un camp en Pennsylvanie, les Nguyen s'établissent en Californie.
Étudiant diplômé de Berkeley, Viet Thanh Nguyen devient professeur à l'université South California et entame en parallèle l'écriture de son premier roman, Le Sympathisant, qui s'impose dès sa sortie comme un immense succès critique et commercial. Finaliste des plus grands prix littéraires, dont le PEN/Faulkner, et consacré par le prix Pulitzer en 2016, traduit dans vingt-cinq langues, il lui vaut et qui lui vaut d'être comparé aussi bien à John Le Carré qu'à Saul Bellow.
Viet Thanh Nguyen est également l'auteur d'un essai finaliste du National Book Award, Nothing Ever Dies, sur la guerre du Vietnam dans la mémoire collective, américaine et asiatique, ainsi que d'un recueil de nouvelles, The Refugees. Ces deux livres sont à paraître chez Belfond. Il vit à Los Angeles, avec son épouse et leur fils.



Les impressions de Michel
Pour moi, un des meilleurs livres lus ces dernières années : impitoyablement ironique, profondément humain.
De ceux que l'on déguste lentement, car le contenu est riche, et son écriture, incisive, offre des évocations désintégrantes des mythes américains ....

 C'est l'histoire d'un bâtard, fils d'un prêtre catholique français et d'une très jeune vietnamienne. Un homme devenu agent double, auprès d'un général sud-vietnamien, qu’il suivra de la débâcle de Saigon aux États-Unis où se poursuit sa mission d'espion du Vietnam devenu communiste. Un agent double capable de « voir n’importe quel problème des deux cotés », jusqu’au tragique : « le conflit entre le bien et le bien » .Mais toujours un bâtard,: « ils s’amusaient à me le rappeler, me crachant dessus et me traitant de bâtard, même si parfois, pour changer ,ils me traitaient de bâtard avant de me cracher dessus » .

Plus qu'un thriller, c'est un roman férocement drôle, écrit avec un sens de la description qui rend certains épisodes inoubliables, comme la fuite de Saigon, ou encore le tournage aux Philippines d'un film qui pourrait être Apocalypse now. L’agent double, " consultant en authenticité" apprendra à ses dépens jusqu'où peut aller la vaniteuse ignorance d’une certaine  Amérique. Hollywood mettant en scène les vertueux blancs « sauvant les bon jaunes des mauvais jaunes » offre le spectacle singulier d’ »une guerre dont l’histoire est écrite par les vaincus » et fait de « son cinéma, une arme pour affaiblir le reste du monde ».

L’évocation du tournage et des coulisses de l’œuvre est d’un comique grinçant comme les postures de « l’Auteur » du « Comédien » de « l ‘!dole » ou la mise en scène de la pulvérisation de l’ennemi Viêt-Cong. Les figurants  convoqués au mégaphone: « Les vietnamiens morts, prenez vos places ! » sont éparpillés dans des poses grotesques où même un chien errant vient rogner furieusement les boyaux des cadavres habilement représentés par des saucisses crues. Quant aux scènes de viol et de torture destinées à valoriser l’absolue inhumanité de l’ennemi, leur mise en scène, affreusement hilarante, a pour contrepoint le souvenir de la leçon de « torture scientifique » donnée par un conseiller américain, considérant les méthodes françaises comme relevant de la minable et inefficace punition …

Le roman brasse et creuse des thèmes lourds de sens ; l’identité, l’appartenance, la loyauté,  l’ambivalence, la culpabilité ; mais il le fait avec subtilité, rage, et même allégresse, dans une expression simple, aux formulations souvent percutantes. Ainsi : « son regard était empli d’une pitié qui était toujours servie tiède » ; il « agita sa vodka et l’avala aussi sec, d’une gorgée punitive ». Ou encore les pages cinglantes sur la corrélation entre la destruction des villages et l’afflux en ville des jeunes filles à qui ils ne reste plus de choix que la prostitution  « pour satisfaire sexuellement les mêmes bonhommes qui bombardaient mitraillaient brûlaient ou tout bonnement évacuaient de force les dits villages ».

La dernière partie –un retour au Vietnam et à ses camps de « rééducation » semble davantage convenue, portée par une volonté didactique même si la dérision et l’humour éclairent encore des questions  « intemporelles, universelles et qui ne s’épuisent jamais » comme : « Que font ceux qui luttent contre le pouvoir une fois qu’ils ont pris le pouvoir ? Que fait le révolutionnaire une fois que la révolution a triomphé ? »

Ce livre magistral se clôt avec les « boat people, une appellation qui sent son mépris anthropologique, fait penser à une branche oubliée de l’espèce humaine, à quelque famille  perdue  d’amphibiens émergeant de la brume océanique la tête couronnée d’algues » . Mais ces êtres humains  sont porteurs « d’une seule certitude, une seule promesse : nous vivrons ».

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 Marx et la Poupée, de Maryam Madjidi
  • Broché: 202 pages
  • Editeur : Le nouvel Attila (12 janvier 2017)






Biographie
Maryam Madjidi est née en 1980 à Téhéran, et quitte l'Iran à l'âge de 6 ans pour vivre à Paris puis à Drancy. Aujourd'hui, elle enseigne le français à des mineurs étrangers isolés, après l'avoir enseigné à des collégiens et lycéens de banlieue puis des beaux quartiers, des handicapés moteur et psychiques, des étudiants chinois et turcs, et des détenus. Elle a vécu quatre ans à Pékin et deux ans à Istanbul.



Présentation de l'éditeur
Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elles rejoignent le père en exil à Paris.
À travers ses souvenirs d'enfance, Maryam dit l'abandon du pays, l'éloignement de sa famille, l'effacement progressif du persan au profit du français.
Maryam Madjidi raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, comme rempart, comme moyen de socialisation, et même comme arme de séduction massive.

Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne.
Six ans plus tard, sa mère et elle rejoignent le père en exil à Paris.

À travers les souvenirs de ses premières années, Maryam raconte l'abandon du pays, l'éloignement de sa famille, la perte de ses jouets - donnés aux enfants pauvres de Téhéran sous l'injonction de ses parents communistes -, l'effacement progressif du persan sans cesse en opposition avec le français, qu'elle va tour à tour rejeter, puis adopter frénétiquement, au point de laisser enterrée de longues années sa langue natale.

Maryam Madjidi raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, comme rempart, comme moyen de socialisation, et même comme arme de séduction massive.


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Ce livre fut un coup de coeur de Marie-Christine.
Michel l'a lu également, il partage l'avis de Jérôme Garcin (Obs) ci-dessous, entre autres.


A la manière du juge, à qui l’article 353 du Code de Procédure pénale permet d’en appeler moins aux preuves qu’à sa conscience, j’ai l’intime conviction que Tanguy Viel est coupable. Non seulement d’avoir beaucoup de talent, mais aussi d’appliquer à son œuvre la rigueur diabolique des grands criminels.
Passons sur le meurtre, il est décrit ici en trois pages liminaires. Son auteur raconte comment il a jeté Antoine Lazenec à la mer alors que ce dernier venait de remonter le casier à homard. Lazenec appartenait lui-même à la famille des crustacés. Ce promoteur immobilier véreux avait réussi, dans les années 1990, à escroquer les habitants d’une presqu’île du Finistère et à mettre en faillite la mairie socialiste du bourg côtier. Il avait promis d’y inventer un «Saint-Tropez breton» et avait vendu à crédit les appartements fantômes de cinq immeubles baptisés les Grands Sables, qui ne furent jamais construits.
Tandis que les arnaqués noyaient leur détresse dans l’alcool, voire se suicidaient, l’arnaqueur se pavanait en chaussures italiennes et berline allemande sur les ruines de son forfait et sortait, dans la rade de Brest, son Merry Fisher de 9 mètres flambant neuf acheté avec les économies de ses victimes. Parmi lesquelles, Martial Kermeur, la cinquantaine, licencié de l’arsenal, séparé de sa femme, père d’un garçon et gardien du parc d’un ­château où l’avantageux bonimenteur prétendait édifier son complexe balnéaire.

Polar chabrolien
Alors, au juge qui l’interroge et découvre en même temps l’étendue du désastre, Martial Kermeur raconte tout, sans se presser, sans rien cacher, comme s’il flottait. L’arrivée de l’investisseur qui allait sauver la presqu’île et, maquette à la main, fut accueilli en héros; les années qui passèrent et où rien ne se passa; la chape de plomb qui s’abattit sur des habitants saisis par la honte d’avoir été si crédules; la manière (géniale) dont Erwan, le fils de Martial, tenta de venger son père, qui avait été délesté de toutes ses indemnités de licenciement (400.000 francs); enfin, prologue autant qu’épilogue, la chute du grand bandit dans l’eau glacée.
Ce roman noir sous couverture blanche est un polar social où le désabusement tient lieu de suspense, une tragédie humaine déguisée en thriller maritime, la confession chabrolienne d’un meurtrier qui a tout perdu, sauf sa dignité et même son honnêteté. Tout cela écrit dans une langue aussi savante que spontanée et construit – contrairement aux Grands Sables – avec la science d’un architecte spécialisé dans les trompe-l’œil, les balcons filants et les lignes de fuite. On frémit. On s’émeut. Et on entend même souffler le vent, force 10. Un grand livre. Ce jugement est sans appel.
Jérôme Garcin

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