dimanche 15 mars 2020

45EME REUNION : POINT DE VUE DE MICHEL B. SUR " J'AI COURU VERS LE NIL " D'ALAA EL ASWANY


 "J’ai beaucoup aimé ce livre ; encore merci à Marie Christine de l’avoir recommandé. J’étais parfaitement passé à côté lors de sa sortie et je vais du coup découvrir aussi l’immeuble Yacoubian .

J’ai été un peu gêné par la composition, assez académique ; par exemple l’échange épistolaire entre Mazen et Asma
Gêné aussi par l’exceptionnelle pureté des personnages positifs.

J’ai beaucoup aimé l’entrée en matière, si je puis dire, où le dévôt général, après avoir prié comme il se doit, honore sa considérable épouse avant d’aller superviser et améliorer les pratiques de torture de ses sbires.

J’ai adoré l’ironie des portraits des tartuffes religieux, des hommes et femmes de pouvoir, avec une mention spéciale à Nourhane, qui ridiculiserait n’importe quelle sainte-n-y- touche.
Al Aswani déploie dans ces descriptions un talent qui m’évoque Voltaire à son meilleur.
De plus, les invocations rituelles de Dieu, à tout propos et sur tous sujets sont ici délicieusement illustratives de l’hypocrisie élevée au rang d’un art majeur.

Quant aux militaires et policiers égyptiens, ils interdisent d’utiliser à leur propos le terme de bestialité ou de sauvagerie ; existe-t-il des bêtes sauvages capable de faire à leurs congénères ce que ces gens-là ont fait aux révoltés ?***

C’est une puissante évocation de ce printemps égyptien que propose Al Aswani, la ferveur et la soif de justice qui ont porté des millions de personnes, et puis l’impitoyable brutalité avec laquelle l’Ordre a été rétabli.
Il propose aussi une interrogation redoutable sur la nostalgie ou le goût de la servitude ; question pondérée par l’hallucinante description du bulldozer médiatique, de cette machine à décérébrer ; j’ai eu peine à croire que cela puisse fonctionner à ce point …
Mais de nombreux exemples ailleurs qu’en Egypte tendraient à le prouver.

J’ai bien aimé aussi, dans ce contexte où rayonnent les « faux culs » la célébration de la chair et de l’amour."

*** : sur ce sujet , je crois que nous avions évoqué un soir « la servante et le catcheur » de Castellanos Moya .

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