Nos échanges ont montré quelques divergences d'appréciation sur le roman de Giono.
Les défenseurs du livre et de l'auteur ont relevé, la richesse et la qualité du style de l'écrivain ainsi qu'une certaine universalité du thème de l'épidémie, du virus qui de propage, tuant sur son passage une multitude d'êtres humains et des réactions que cela engendre dans la population, intolérance, violence, dénonciation, bouc émissaire, chacun pour soi... Le parallèle avec une situation de guerre transparaît. Giono a été marqué à vie parce ce qu'il a vécu en 1914-1918, Verdun, le Chemin des Dames, l'Aisne, la Somme... Sous cet aspect c'est un livre qui marque, qui laisse des traces chez le lecteur.
D'autres ont plutôt perçu l'écrivain régionaliste adepte des descriptions tout en longueur s'alimentant aux sources d'un imaginaire sans limites. Quelques participants ont relevé le charme d'un langage d'autrefois ancré dans le terroir et dans la vie des paysans ce cette époque. Cela rappelle des lectures de jeunesse. Et puis, si les descriptions des paysages des contrées bas-alpines peuvent paraître interminables voire redondantes, elles n'en demeurent pas moins jaillissantes lorsqu'elles transcendent le réel en surnaturel. Les descriptions des personnages et des foules accentuent les peurs, les comportements vils, les envies de lynchage des étrangers qui apportent avec eux tous les maux de la terre mais elles révèlent aussi le courage et la pureté de ceux qui ne subissent pas, de ceux qui aiment et qui s'aiment sans se le dire.
D'autres enfin ont été choqués par des descriptions du choléra qui sont loin de la réalité. Cette liberté prises par Giono par rapport à une certaine vérité scientifique leur pose problème. Notre écrivain par exemple invente certains symptômes du choléra "comme cette matière blanchâtre qui ressemble à du riz au lait" que vomissent les malades, et il insiste. Ceux qui connaissent l'Afrique et qui ont côtoyé cette maladie sont restés dubitatifs.
Nous n'avons pas non plus tous été charmés par le style de Giono. Difficulté à lire, on s'arrête, on reprend, on s'endort, bref on "n'accroche pas". Le regard porté aujourd'hui sur la nature n'est plus le même.
Et pourtant Giono a écrit en 1953 "L'homme qui plantait des arbres". Une nouvelle qui a pour but de"faire aimer à planter des arbres". Plusieurs d'entre nous ont été sensibles à cette approche prémonitoire. Thème : à l’aube du XXe siècle, un marcheur parcourt les paysages d’une Provence déserte. Il nous raconte sa rencontre avec un homme solitaire, Elzéard Bouffier qui chaque jour plante des centaines et des centaines d’arbres. Quelques années plus tard, après la guerre, notre narrateur promeneur revient dans ce pays provençal et découvre une magnifique forêt : des chênes, mais aussi des hêtres et des bouleaux. D’année en année, la forêt s’étend, permettant à toute la région de revivre. Certains parmi nous ont pu mesuré l'intérêt suscité par ce thème à l'occasion d'une mise en théâtre de cette nouvelle totalement actuelle.
Alors que penser au final de cet écrivain et de son roman le Hussard sur le Toit ?
Un jeune homme marqué par l'atrocité de la guerre, un pacifiste à tout crin qui a fait douter de lui et de ses convictions à une autre époque, un écrivain qui aimait au plus haut point les livres (il en possédait 8 000 dit-on), un amoureux passionné des terres arides et des paysages calciné par un soleil torride et flamboyant un écrivain d'une époque maintenant lointaine qui ne nous captive plus, ou bien un lecteur du monde tel qu'il est, qui décrit ls défauts et les passions humaines qui dans certaines circonstances dramatiques conduisent jusqu'à la folie, individuelle et collective ?
Nos débats ont illustré ces différents aspects de Giono, chacun semble être resté sur son avis. La majorité d'entre nous n'a pas été convaincue par "le Hussard..."
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