I - L'AUTEUR
Celui dont Sartre disait en 1938 "Je tiens Dos Passos comme le plus grand écrivain de notre temps."
John Dos Passos est né en 1896. Il est mort en 1970.
Un écrivain américain de la première moitié du XXème siècle. Il appartient à la "Génération perdue" selon l'expression de Gertrud Stein qui désigne ces jeunes hommes qui ont participé en Europe aux combats de la Première Guerre Mondiale et en sont revenus, désabusés, blessés et alcoolisés.
Né dans un milieu aisé (père avocat à New York), légitimé en 1910, très tôt il voyage avec sa mère en Europe. En 1911, il est admis à Harvard où il fait des études de littérature et de langues. Auparavant il fait un "grand tour" en Europe. Il s'intéresse à l'architecture, peint et rencontre des artistes (Cummings entre autres).
Après ses études, il retourne en Espagne et commence à s'engager politiquement. En 1917, il est ambulancier volontaire de la Croix Rouge. Il est envoyé à Verdun, puis en Italie. Il fait également de nombreux allers-retours à Paris où il vit et rencontre divers artistes.
Il retourne aux USA et à New York et publie ses premiers ouvrages inspirés de la guerre (anti-bellicistes). Il accomplit un voyage au Moyen-Orient en 1921-22. Il retourne fréquemment à Paris et en France où il fréquente de nombreux artistes parmi lesquels Hemingway, Cendrars, Léger, Scott Fitzgerald - ainsi que des artistes espagnols.
Il termine "Manhattan Transfer" en 1925, qui est publié en 1927.
Il vit aux Etats-Unis et il prend parti pour Sacco et Vanzetti. Il est arrêté dans des manifestations. En 1928, il entreprend un voyage en URSS et rencontre Eisenstein qui l'influencera. Puis il séjourne en France.
1930 : Il vote pour le candidat communiste et publie sa trilogie sur les USA (42 ème parallèle - 1019 - La grosse galette).
1936, la guerre d'Espagne. Il prend du recul avec les communistes, notamment à la suite de l'exécution de son ami José Roblès. Il est en désaccord avec Hemingway avec lequel il participe au film sur l'Espagne ("Terre d'Espagne", documentaire de Joris Ivens) et collabore au scénario de "La femme et le pantin" de Joseph von Sternberg, avec Marlène Dietrich.
Au début des années 50, il prend parti pour Mac Carthy et publie plusieurs ouvrages dont un sur Jefferson. Il reçoit de nombreuses récompenses.
En 1966, il publie ses souvenirs "The Best Times". Il décède le 28 septembre 1970 aux USA, sans avoir cessé de voyager.
II - L'OEUVRE
Une oeuvre importante. Plus de 40 romans, des récits de voyage et des oeuvres historiques ainsi que des oeuvres picturales, tout au long de sa vie.
C'est un artiste reconnu et récompensé, marqué par une évolution politique qui aboutit à un anticommunisme et à la défense des USA et du libéralisme.
Mais ses ouvrages marquants restent ceux des années 1900-1930, sur l'Amérique du début du siècle, des "Roaring Twenties" à la "grande dépression", marqués par un renouvellement formel de la tradition romanesque classique.
Deux oeuvres majeures :
- en 1925 : "Manhattan Transfer", première oeuvre de rupture
- de 1030 à 1936 : sa trilogie USA qui reprend en les amplifiant les expériences et le style narratif dans une oeuvre composée de trois romans.
. Il s'intéresse à la société américaine des années 1900-30 : il montre deux Amériques qui s'opposent : celle du capital et celle des laissés-pour-compte. Marqués par un pessimisme politique, ses romans montrent des individus et une société sans centre de gravité, avec une absence de hiérarchisation.
. Une nouvelle forme de récit, de technique de composition, amorcée dans "Manhattan Transfer", puis développée et systématisée dans la trilogie.
Les oeuvres suivantes auront beaucoup moins de retentissement.
III - MANHATTAN TRANSFER
Publié le 12 novembre 1925 (il y a presque un siècle!), après le krach boursier et pendant la crise.
- En 1925, en France :
. André Gide publie les "Faux Monnayeurs"
. Louis Aragon, "Le paysan de Paris"
. Les écrivains réputés sont Mauris, Mauriac, Julien Green, Jacques de Lacretelle.
. André Breton publie "Nadja", Malraux "Les conquérants" et bien sûr Proust.
- A l'étranger :
.Thomas Mann publie "les Buddenbrooks" et la "Montagne magique"
. et Joyce.
"Manhattan Transfer" est une oeuvre ambitieuse dans son objet et dans sa forme. Elle décrit le foisonnement d'une mégalopole (Ninive, cité de la destruction) dans son ensemble par la juxtaposition des destins individuels (p. 288), sans jugement, ni psychologie...
Une représentation sans point de fuite, déconstruite, sans linéarité du récit, sans affect, impersonnelle, sans hiérarchisation, ni déterminisme. L'existence se confond avec le social. Roman à la fois de l'individu et du social.
Ce qui m'a paru intéressant c'est la technique de composition de l'oeuvre, qui est totalement nouvelle et qui s'inspire :
- du cinéma, alors naissant (Eisenstein, Griffith, Vidor, l'avant garde française, Abel Gance...) par des techniques naissantes :
. le montage : des images qui s'entrechoquent, sans lien linéaire; des chocs d'images choisies arbitrairement par l'auteur ne constituent pas une représentation fidèle de la réalité. Le spectateur doit faire un effort car le texte est lacunaire et allusif. Le simultanéisme, passage d'une scène à l'autre, sans liaison. Introduction d'une scène par des chapitres qui donne une autre optique. Le sens jaillit de l'interaction entre les plans et non d'un enchainement linéaire de séquences.
. la "camera eye" : chambre obscure. L'artiste doit enregistrer le monde en mouvement de la même manière qu'un film l'enregistre. C'est l'oeil de la caméra qui orchestre l'ensemble. Ici celui du lecteur. Le texte doit restituer des images choisies arbitrairement, des sons (ici les chansons de l'époque) et les odeurs (p. 307)
- de la peinture, alors en plein modernisme
. de nombreuses descriptions au sein du récit sont de véritables visions picturales de la ville, décrivant les couleurs, les formes, les perceptions comme le ferait un peintre (p. 285)
. des collages "cut up", titres fragments de journaux,
. une esthétique picturale qui se rapproche des grands courants de l'époque, notamment le futurisme pour les scènes d'ensemble de la ville qui fragmentent l'espace, créent un chaos d'images discontinues
. une esthétique de la rupture (p. 375)
. Edward Hopper, pour les intérieurs et les personnages : qui semblent inhabités, des pantins sans psychologie, vivant dans le présent, traités de façon impersonnelle (Jeune fille en vert pour Ellen)
Les limites du livre
- difficulté de lisibilité dans le récit
- les personnages sont peu intéressants et peu attachants, ils manquent de substance, ce sont des pantins, sans psychologie.
Dos Passos est néanmoins un grand styliste (p. 348)
MERCI A MICHEL POUR SON EXCELLENTE PRESENTATION TEINTÉE D'HUMOUR COMME ON PEUT LE CONSTATER SUR LES VISAGES DE NOS AMI-E-S DU SQUARE.








1 commentaire:
Remarquable séance autour d'un très grand roman, pas forcément facile mais qui traduit parfaitement les ambiances de NY, les errances des personnages, leurs espoirs, leurs résignations.
Merci pour la synthèse, elle aussi remarquable !
Claude
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