Claude a lu l'introduction de Jean-Paul, il a ensuite présenté l'écrivain et le roman.
Nous avons ensuite lancé le débat sur "Petit Piment".
L'impression générale est que le livre se lit facilement. Le style est imagé et précis.
S'agissant de la construction du roman, la première partie qui se déroule dans l'orphelinat a été appréciée. En revanche, la suite du livre a semblé décousue et sans grand intérêt.
Donc dans l'ensemble impression mitigée, c'est un roman plaisant à lire, mais sans être un grand livre.
Si l'on entre un peu plus dans les pages du récit, parmi nous, se sont manifestés :
- d'une part ceux qui ont vécu plus ou moins longtemps en Afrique et qui ont trouvé dans ces pages cette atmosphère si particulière de lieux comme les marchés, de croyances entremêlées entre la religion, la magie et ... la Révolution, mais aussi des personnages étonnants, ballotés par la vie. "Ça colle avec la société qu'on connaît !" a dit Jean-Bernard qui connait très bien le Congo-Brazza.
- et d'autre part ceux qui ne connaissent pas l'Afrique et qui ont découvert une Afrique au quotidien, passant d'un orphelinat à un marché Pointe Noire, pour atterrir dans le bordel de Maman Fiat 500 et finalement dans un asile. Ils ont eu recours à des analogies pour appréhender la misère des enfants de l'orphelinat, "Sans famille" d'Hector Malot a été cité...
Pour les premiers, ce livre, écrit par un écrivain franco-congolais, né à Pointe Noire, décrit très bien les réalités du quotidien, tout ce qui est narré est lié au vécu de l'auteur :
- les relations entre les gamins de l'orphelinat entre eux et avec les personnes chargées de les encadrer, la punition des coups de fouet, première distinction entre les bons et les méchants, premier apprentissage de la vie,
- le rôle de la religion symbolisé par le prêtre, (peut-être une allusion à Fulbert Youlou !), mais aussi de la magie et du "mauvais sort"
- la situation des femmes à travers le récit de Sabine Niangui et de son histoire personnelle, mais aussi celle de Maman Fiat 500 qui fait penser aux MaMa Benz de Lomé.
- la misère des populations et le combat quotidien pour la survie, par tous les moyens,
- l'impact des changements politiques et leurs conséquences sur la vie quotidienne, sur fond d'opportunisme, de corruption et de violence,
- la concentration du pouvoir entre les mains de quelques dirigeants, à tous les niveaux, qu'il soit directeur de l'orphelinat, maire de Pointe-Noire, homme d'affaire exilé en Belgique ou président de la République, toujours des hommes ! L'exercice du pouvoir, avec ses travers et ses abus est décrit avec précision, sans jamais entrer dans la diatribe.
Kinshasa vue depuis Brazzaville, le fleuve Congo au 1er plan
Plusieurs d'entre nous ont analysé les personnages du récit. D'aucuns les ont trouvé caricaturaux tandis que d'autres ont pris en compte leurs relations avec le jeune "Moïse". Les personnages auxquels il est le plus attaché affectivement disparaissent les uns après les autres, c'est d'abord Papa Moupelo, le prêtre qui lui a donné son nom, c'est ensuite Sabine Niangui, qui l'a soigné et l'a considéré un peu comme son fils, puis arrive Maman Fiat 500 qui le prend sous sa protection et enfin Bonaventure son meilleur ami, son protégé qui rêve d'être aviateur... Tous disparaissent brutalement en raison de changements de circonstances... Mais finalement, Moïse, qui a sombré dans la folie et qui est interné, fait la connaissance d'un autre détenu, Ndeko, qui a une quarantaine d'années comme lui, Nedko-Bonaventure qui dessine des avions, en attendant que l'un se pose pour le faire sortir de l'asile. Retour au point de départ.
Le destin du jeune Moïse est le destin de beaucoup de jeunes congolais, en tout cas sous un angle ou sous un autre. Un pays tenu par une main de fer qui accueille les grandes firmes mondiales pour qu'elles contribuent au "développement du pays". La question a été posée des dictatures africaines, du rôle de la France et d'autres pays étrangers comme la Russie ou la Chine, ou encore les Etats-Unis qui tous lorgnent sur les richesses du continent africain. Tout cela, c'est la toile de fond du roman, Mabanckou a l'habileté de ne pas tomber dans le roman politique, mais le destin de son personnage montre bien que pour la population, l'espoir de s'en sortir est très très réduit. Qu'ils soient jeunes ou vieux, du Nord ou du Sud, de l'Est ou de l'Ouest, la grande majorité des habitants des pays d'Afrique, sont ballotés entre les vents de l'Histoire au gré de ceux qui exercent le pouvoir un jour et qui seront renversés par d'autres un autre jour. C'est de cela aussi que Mabanckou nous parle à travers le destin tragique du jeune Moïse, qui le mène d'un orphelinat à un asile de fous, avec Bonaventure, prénom symbolique, à ses côtés.
Le marché de Point Noire



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