Les coups de cœur sont variés : des plongées
dans des classiques du XXème siècle, « Belle du seigneur », Jack
Kerouac « sur la route » et W Faulkner « le bruit et la
fureur » ; mais aussi des
ouvrages récents :
- Mia Couto, La cartographie des absences (éd Métailié, 2022)
L’ouvrage :
en 2019, un cyclone a entièrement détruit la ville de Beira sur la côte du
Mozambique. Un poète est invité par l’université de la ville quelques jours
avant la catastrophe. Il retrouve son enfance et son adolescence dans ces rues
où il a vécu dans les années 70. Il va faire un voyage “vers le centre de son
âme” et y trouver son père, un grand poète engagé dans la lutte contre la
colonisation portugaise. Il se souvient des voyages sur le lieu de terribles
massacres perpétrés par les troupes coloniales. Il se souvient aussi de
Benedito, le petit serviteur, aujourd’hui dirigeant du FRELIMO au pouvoir, de
l’inspecteur de la police politique, des amoureux qui se sont suicidés parce
que leur différence de couleur de peau était inacceptable, de la puissante
Maniara, sorcière et photographe, et surtout de Sandro, son frère caché.
L’auteur : Mia Couto est né au Mozambique en
1955. Après avoir étudié la médecine et la biologie, il s’engage aux côtés du
frelimo en faveur de l’indépendance du pays, devient journaliste puis écrivain.
Il travaille actuellement comme biologiste, spécialiste des zones côtières, et
enseigne l’écologie à l’université de Maputo. Pour Henning Mankell, « il
est aujourd’hui l’un des auteurs les plus intéressants et les plus importants
d’Afrique ». Ses romans sont traduits dans plus de 30 pays. Il a reçu de
nombreux prix pour son œuvre, dont le Prix de la francophonie en 2012, le prix
Camões en 2013, le prix Neustadt 2014 (Allemagne), il a également été finaliste
de l’Impac Dublin Literary Award et du Man Booker Prize en 2015.
-
Laurent Seksik, Kafka ne veut pas mourir, (Collection Blanche,
Gallimard, 2023)
« Tuez-moi,
sinon vous êtes un assassin. » Telles sont les dernières paroles de Franz
Kafka qui implore une autre dose de morphine à Robert Klopstock, son ami
étudiant en médecine. À son chevet, sa compagne Dora Diamant veille sur lui.
Tandis qu’Ottla, la sœur chérie, attend à Prague des nouvelles.
Robert, Dora, Ottla : ce roman raconte l’histoire de ces trois personnages
clés de la vie de Kafka et entrecroise leurs destins, marqués au-delà de
l’imaginable par sa présence et son œuvre. Robert deviendra, à New York, un
éminent chirurgien spécialiste de la tuberculose. Dora survivra à la
persécution nazie puis stalinienne, en portant jusqu’à nous la mémoire de
Kafka. Ottla, elle, accompagnera dans les chambres à gaz un groupe d’enfants
juifs après avoir célébré, au camp de Theresienstadt, le soixantième
anniversaire de la naissance de son frère.
À travers ce roman dans le siècle,
Laurent Seksik explore de manière inédite l’œuvre et la vie de Franz Kafka.
- Akira
Misubawashi, Un amour de mille ans (Collection blanche, Gallimard, 2017)
L’ouvrage : Sen-nen - prénom japonais dont
la signification ne se révélera que tardivement - est marié à Mathilde, une
Française. Ancien professeur de littérature française dans une université à
Tokyo, Sen-nen vit désormais à Paris avec sa femme, atteinte d'une grave maladie
qui l'oblige à garder la chambre. Tous deux mélomanes, ils se sont connus lors
d'un stage de musique en France.
Bien avant cela, à Paris, Sen-nen avait fait la rencontre capitale d'une
cantatrice, Clémence, qui chantait Suzanne dans Les Noces de Figaro. Ébloui, il
avait assisté à toutes les représentations et s'était lié d'amitié avec elle.
Des années plus tard, alors qu'il l'a perdue de vue, il reçoit un message de
Clémence : Les Noces sont redonnées à l'Opéra, dans la mise en scène originelle
qu'elle est chargée de superviser. Mathilde laisse son mari aller à la
rencontre du passé, pour une longue conversation dans laquelle la musique et
l'amour tiendront une place centrale.
L’auteur :
Akira Mizubayashi, né en 1951, est un écrivain japonais d'expression japonaise
et française et traducteur.
Après des études à l’université nationale des langues et civilisations
étrangères de Tokyo (Unalcet), il part pour la France en 1973 et suit à
l’Université Paul Valéry de Montpellier une formation pédagogique pour devenir
professeur de français Il revient à Tokyo en 1976, fait une maîtrise de lettres
modernes, puis, en 1979 revient en France comme élève de l’École Normale
Supérieure à Paris où il reçoit le titre de Docteur après une thèse sur
Rousseau.
Depuis 1983, il enseigne le français à Tokyo, successivement à l’Université
Meiji, à l’Unalcet et, depuis 2006, à l’Université Sophia.
-
Hiro Arikawa, Au prochain arrêt (éd
Actes sud 2021).
Au Japon, sur la ligne reliant Takarazuka
à Nishinomiya, au gré des huit gares que dessert le train aux wagons rouges,
plusieurs passagers montent et descendent, chacun avec son histoire, chacun
perdu dans ses pensées et dans les nœuds de son existence. Nous les rencontrons
à l’aller, nous les retrouverons quelques mois plus tard au retour.
Dans ce décor invariable, et pourtant mouvant, des vies vont ainsi
s’entrechoquer et être profondément changées… pour le meilleur. À chaque arrêt,
de nouveaux passagers s’installent, se parlent, se lient. Et, d’un trajet à
l’autre comme d’une saison à l’autre, le lecteur se fait l’observateur des
paysages nouveaux et des multiples trajectoires qu’auront prises ces destins
croisés. Tels les wagons attachés les uns aux autres dans l’alignement parfait
des rails, le livre se construit sur une chaîne d’événements où tous les
personnages finissent par être durablement connectés d’une manière ou d’une
autre.
Plus qu’une ode au voyage, ce roman choral de Hiro Arikawa est une invitation à
l’arrêt sur soi-même, en même temps qu’un éloge de l’imprévisible. Et de ces
rencontres qui, si l’on ne s’en défend pas, font que des êtres de passage
peuvent bouleverser le cours de nos vies.
- Tatsuhiko
shibusawa, Voyage sur les mers du prince Takaoka (éd actes sud 2022)
L’ouvrage :
Fils d’empereur écarté de la succession impériale, le prince Takaoka (un
personnage historique du IXe siècle) se fait bonze et entreprend, vers la fin
de sa vie, un voyage vers la Chine, puis vers l’Inde, où il n’arrivera jamais.
Il serait mort dans la péninsule malaise, dévoré par un tigre. C’est sur cette
trame historique que Tatsuhiko Shibusawa imagine un périple émaillé de
phénomènes fantastiques, d’animaux mythiques et de fleurs monstrueuses, en
forme de questionnement de la réalité : si le monde n’est qu’une illusion,
alors il y a plus de sagesse à conduire sa vie sur les fictions de ses rêves
qu’à les refuser comme vanités. Reste à savoir « voir » ses rêves. C’est tout
le propos de ce roman fascinant à mi-chemin de Calvino et de Tolkien, du Voyage
vers l’Ouest et de Dragon Ball.
L’auteur :
Tatsuhiko Shibusawa, né le 8 mai 1928 à Tokyo et mort le 5 août 1987 à
Kamakura, est le nom de plume de Tatsuo Shibusawa, romancier, critique d'art et
traducteur japonais de littérature française. Il est l'auteur de nombreuses
nouvelles et romans basés sur la littérature française et les classiques
japonais.
- Michel Pastureau, Dernière visite chez le roi Arthus - premier
livre (éd Librairie du XXème siècle, 2023)
L’ouvrage : Certains
ouvrages ont enchanté des générations de lecteurs, transformé nos
connaissances, posé les fondements d'un monde nouveau. D'autres au contraire se
sont révélés odieux ou nocifs. Aux uns et aux autres sont consacrées des thèses
et des études savantes. Il existe en revanche des livres dont on ne parle
jamais, des livres « ordinaires », certes bien plus
nombreux mais qui peu de temps après leur parution tombent dans l'oubli.
C'est sur l'un de ces livres discrets que se penche
aujourd'hui Michel Pastoureau. À dire vrai, s'il est quelque peu oublié, il
n'est pas totalement anodin puisqu'il s'agit de sa première publication, La Vie
quotidienne au temps des chevaliers de la Table Ronde, parue chez Hachette,
dans une collection célèbre, en 1976. Elle était consacrée à la légende
arthurienne et à la société chevaleresque des XIIe et XIIIe siècles. Raconter
aujourd'hui l'histoire de cet ouvrage de jeunesse est pour l'auteur l'occasion
d'évoquer un certain nombre de souvenirs, de rendre une dernière visite au roi
Arthur, et surtout de faire oeuvre historiographique. Que signifiait alors
publier un premier livre ? Comment un jeune historien inconnu pouvait-il
affronter les moeurs étranges de l'édition française ? Quel était alors le
statut de la vulgarisation historique ? Et qu'est-elle devenue aujourd'hui ?
L’auteur: Parisien né en
1947, Michel Pastoureau fait ses études à la Sorbonne, entre à
l'École nationale des chartes, est conservateur au Cabinet des médailles de la
Bibliothèque nationale France avant d'être élu directeur d'études à l'École
pratique des hautes études.
Pendant trente-sept ans, il y
tient la chaire d'histoire de la symbolique occidentale. Invité dans plusieurs
universités européennes, auteur généreux d'une cinquantaine d'ouvrages, presque
tous traduits, qui vont de charmants souvenirs personnels (Les Couleurs de nos souvenirs, Seuil, 2010) à une étude
complète sur Les Emblèmes de la France (Édition Bonneton, 1998), il est l'un
des rares Français à faire partie de l'Académie internationale d'héraldique,
composée de soixante-quinze académiciens.
-
Bernard Schlinck, La petite fille (éd Gallimard
2023),
L’ouvrage : À la mort de son épouse
Birgit, Kaspar découvre un pan de sa vie qu’il avait toujours ignoré : avant de
quitter la RDA pour passer à l’Ouest en 1965, Birgit avait abandonné un bébé à
la naissance.
Intrigué, Kaspar ferme sa librairie à Berlin et
part à la recherche de cette belle-fille inconnue. Son enquête le conduit
jusqu’à Svenja, qui mène une tout autre vie que lui : restée en Allemagne de
l’Est, elle a épousé un néo-nazi et élevé dans cette doctrine une fille nommée
Sigrun.
Kaspar serait prêt à voir en elles les membres
d’une nouvelle famille. Mais leurs différences idéologiques font obstacle :
comment comprendre qu’une adolescente, par ailleurs intelligente, puisse
soutenir des théories « complotistes » et racistes ? Comment l’amour
peut-il naître dans ce climat de méfiance?
Cette rencontre contrariée entre un grand-père
et sa petite-fille nous entraîne dans un passionnant voyage politique à travers
l’histoire et les territoires allemands. Plus de vingt-cinq ans après Le
liseur, Bernhard Schlink offre de nouveau un grand roman sur l’Allemagne qui
sonde puissamment la place du passé dans le présent, et nous interroge sur ce
qui peut unir ou séparer les êtres.
L’auteur : Bernhard Schlink est un écrivain
allemand.
Il étudie le droit à l'Université de Heidelberg,
puis à l'Université libre de Berlin, et exerce comme professeur à Bonn et à
Francfort. Depuis 1992, il est professeur de droit public et de philosophie du
droit à l'Université Humboldt de Berlin.
De 1987 à 2006, il est également devenu juge au
tribunal constitutionnel du Land de Wesphalie. Il a débuté sa carrière comme
écrivain par plusieurs romans policiers, dont le premier, "Brouillard sur
Mannheim" ("Selbs Justiz", 1987), est écrit en collaboration
avec son ami Walter Popp. On retrouve dans les romans policiers suivants son
personnage principal, Gerhard Selb (Selb vient de "selbst" qui veut
dire "soi-même", l’auteur s'étant imaginé plus âgé).
Après "Le Nœud Gordien" ("Die
gordische Schleife", 1988), en 1995, il publie "Le liseur"
("Der Vorleser"), un roman partiellement autobiographique. Ce livre
devient rapidement un best-seller et est traduit dans 37 langues. Il a été le
premier livre allemand à arriver en première position sur la liste de best-sellers
publiée par le New-York Times. Pour "Le Liseur", Bernhard Schlink
reçoit de nombreux prix notamment le prix Laure Bataillon 1997, prix décerné à
des œuvres traduites en français.
-
Mathieu Belezi, Attaques sur la terre et le soleil
(éd le tripode 2022)
Salué par la critique depuis vingt ans mais
encore méconnu du grand public, Mathieu Belezi livre avec Attaquer la terre et
le soleil un roman magistral, qui incarne la folie et l'enfer de la
colonisation de l'Algérie au 19e siècle.
Attaquer la terre et le soleil narre le destin
d'une poignée de colons et de soldats pris dans l'enfer oublié de la
colonisation algérienne, au dix-neuvième siècle. Et en un bref roman, c'est
toute l'expérience d'un écrivain qui subitement se cristallise et bouleverse,
une voix hantée par Faulkner qui se donne.
Depuis plus de vingt ans, Mathieu Belezi
construit une œuvre romanesque d'une cohérence étonnante, à la phrase ciselée.
La musicalité qui frappe dès les premières lignes d'Attaquer la terre et le
soleil fait écho à Le Petit Roi, son premier roman publié en 1998 aux éditions
Phébus. Quant à son thème, il renvoie évidemment à sa grande trilogie
algérienne, publiée successivement aux éditions Albin Michel (C'était notre
terre, 2008) et Flammarion (Les vieux Fous, 2011 ; Un faux pas dans la vie
d'Emma Picard, 2015). Est-ce la constance de ce parcours qui explique la
fulgurance de ce nouveau roman ? Écrit en quelques mois, « Attaquer la
terre et le soleil" dit en tout cas avec une beauté tragique, à travers les
voix d'une femme et d'un soldat, la folie, l'enfer, que fut cette colonisation.
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