mercredi 24 mai 2023

52ème Réunion : Les coups de coeur

 

Les coups de cœur sont variés : des plongées dans des classiques du XXème siècle, « Belle du seigneur », Jack Kerouac « sur la route » et W Faulkner «  le bruit et la fureur » ;  mais aussi des ouvrages récents :

 

- Mia Couto, La cartographie des absences (éd Métailié, 2022)

L’ouvrage : en 2019, un cyclone a entièrement détruit la ville de Beira sur la côte du Mozambique. Un poète est invité par l’université de la ville quelques jours avant la catastrophe. Il retrouve son enfance et son adolescence dans ces rues où il a vécu dans les années 70. Il va faire un voyage “vers le centre de son âme” et y trouver son père, un grand poète engagé dans la lutte contre la colonisation portugaise. Il se souvient des voyages sur le lieu de terribles massacres perpétrés par les troupes coloniales. Il se souvient aussi de Benedito, le petit serviteur, aujourd’hui dirigeant du FRELIMO au pouvoir, de l’inspecteur de la police politique, des amoureux qui se sont suicidés parce que leur différence de couleur de peau était inacceptable, de la puissante Maniara, sorcière et photographe, et surtout de Sandro, son frère caché.

L’auteur : Mia Couto est né au Mozambique en 1955. Après avoir étudié la médecine et la biologie, il s’engage aux côtés du frelimo en faveur de l’indépendance du pays, devient journaliste puis écrivain. Il travaille actuellement comme biologiste, spécialiste des zones côtières, et enseigne l’écologie à l’université de Maputo. Pour Henning Mankell, « il est aujourd’hui l’un des auteurs les plus intéressants et les plus importants d’Afrique ». Ses romans sont traduits dans plus de 30 pays. Il a reçu de nombreux prix pour son œuvre, dont le Prix de la francophonie en 2012, le prix Camões en 2013, le prix Neustadt 2014 (Allemagne), il a également été finaliste de l’Impac Dublin Literary Award et du Man Booker Prize en 2015.

 

- Laurent Seksik, Kafka ne veut pas mourir, (Collection Blanche, Gallimard, 2023)

« Tuez-moi, sinon vous êtes un assassin. » Telles sont les dernières paroles de Franz Kafka qui implore une autre dose de morphine à Robert Klopstock, son ami étudiant en médecine. À son chevet, sa compagne Dora Diamant veille sur lui. Tandis qu’Ottla, la sœur chérie, attend à Prague des nouvelles.
Robert, Dora, Ottla : ce roman raconte l’histoire de ces trois personnages clés de la vie de Kafka et entrecroise leurs destins, marqués au-delà de l’imaginable par sa présence et son œuvre. Robert deviendra, à New York, un éminent chirurgien spécialiste de la tuberculose. Dora survivra à la persécution nazie puis stalinienne, en portant jusqu’à nous la mémoire de Kafka. Ottla, elle, accompagnera dans les chambres à gaz un groupe d’enfants juifs après avoir célébré, au camp de Theresienstadt, le soixantième anniversaire de la naissance de son frère.


À travers ce roman dans le siècle, Laurent Seksik explore de manière inédite l’œuvre et la vie de Franz Kafk
a.

 

- Akira Misubawashi, Un amour de mille ans (Collection blanche, Gallimard, 2017)

L’ouvrage : Sen-nen - prénom japonais dont la signification ne se révélera que tardivement - est marié à Mathilde, une Française. Ancien professeur de littérature française dans une université à Tokyo, Sen-nen vit désormais à Paris avec sa femme, atteinte d'une grave maladie qui l'oblige à garder la chambre. Tous deux mélomanes, ils se sont connus lors d'un stage de musique en France.
Bien avant cela, à Paris, Sen-nen avait fait la rencontre capitale d'une cantatrice, Clémence, qui chantait Suzanne dans Les Noces de Figaro. Ébloui, il avait assisté à toutes les représentations et s'était lié d'amitié avec elle. Des années plus tard, alors qu'il l'a perdue de vue, il reçoit un message de Clémence : Les Noces sont redonnées à l'Opéra, dans la mise en scène originelle qu'elle est chargée de superviser. Mathilde laisse son mari aller à la rencontre du passé, pour une longue conversation dans laquelle la musique et l'amour tiendront une place centrale.

L’auteur : Akira Mizubayashi, né en 1951, est un écrivain japonais d'expression japonaise et française et traducteur.
Après des études à l’université nationale des langues et civilisations étrangères de Tokyo (Unalcet), il part pour la France en 1973 et suit à l’Université Paul Valéry de Montpellier une formation pédagogique pour devenir professeur de français Il revient à Tokyo en 1976, fait une maîtrise de lettres modernes, puis, en 1979 revient en France comme élève de l’École Normale Supérieure à Paris où il reçoit le titre de Docteur après une thèse sur Rousseau.
Depuis 1983, il enseigne le français à Tokyo, successivement à l’Université Meiji, à l’Unalcet et, depuis 2006, à l’Université Sophia.


- Hiro Arikawa, Au prochain arrêt (éd Actes sud 2021).


Au Japon, sur la ligne reliant Takarazuka à Nishinomiya, au gré des huit gares que dessert le train aux wagons rouges, plusieurs passagers montent et descendent, chacun avec son histoire, chacun perdu dans ses pensées et dans les nœuds de son existence. Nous les rencontrons à l’aller, nous les retrouverons quelques mois plus tard au retour.
Dans ce décor invariable, et pourtant mouvant, des vies vont ainsi s’entrechoquer et être profondément changées… pour le meilleur. À chaque arrêt, de nouveaux passagers s’installent, se parlent, se lient. Et, d’un trajet à l’autre comme d’une saison à l’autre, le lecteur se fait l’observateur des paysages nouveaux et des multiples trajectoires qu’auront prises ces destins croisés. Tels les wagons attachés les uns aux autres dans l’alignement parfait des rails, le livre se construit sur une chaîne d’événements où tous les personnages finissent par être durablement connectés d’une manière ou d’une autre.
Plus qu’une ode au voyage, ce roman choral de Hiro Arikawa est une invitation à l’arrêt sur soi-même, en même temps qu’un éloge de l’imprévisible. Et de ces rencontres qui, si l’on ne s’en défend pas, font que des êtres de passage peuvent bouleverser le cours de nos vies.

- Tatsuhiko shibusawa, Voyage sur les mers du prince Takaoka  (éd actes sud 2022)

L’ouvrage : Fils d’empereur écarté de la succession impériale, le prince Takaoka (un personnage historique du IXe siècle) se fait bonze et entreprend, vers la fin de sa vie, un voyage vers la Chine, puis vers l’Inde, où il n’arrivera jamais. Il serait mort dans la péninsule malaise, dévoré par un tigre. C’est sur cette trame historique que Tatsuhiko Shibusawa imagine un périple émaillé de phénomènes fantastiques, d’animaux mythiques et de fleurs monstrueuses, en forme de questionnement de la réalité : si le monde n’est qu’une illusion, alors il y a plus de sagesse à conduire sa vie sur les fictions de ses rêves qu’à les refuser comme vanités. Reste à savoir « voir » ses rêves. C’est tout le propos de ce roman fascinant à mi-chemin de Calvino et de Tolkien, du Voyage vers l’Ouest et de Dragon Ball.

L’auteur : Tatsuhiko Shibusawa, né le 8 mai 1928 à Tokyo et mort le 5 août 1987 à Kamakura, est le nom de plume de Tatsuo Shibusawa, romancier, critique d'art et traducteur japonais de littérature française. Il est l'auteur de nombreuses nouvelles et romans basés sur la littérature française et les classiques japonais.

 

 - Michel Pastureau,  Dernière visite chez le roi Arthus - premier livre (éd Librairie du XXème siècle, 2023)

L’ouvrage : Certains ouvrages ont enchanté des générations de lecteurs, transformé nos connaissances, posé les fondements d'un monde nouveau. D'autres au contraire se sont révélés odieux ou nocifs. Aux uns et aux autres sont consacrées des thèses et des études savantes. Il existe en revanche des livres dont on ne parle jamais, des livres « ordinaires », certes bien plus nombreux mais qui peu de temps après leur parution tombent dans l'oubli.
C'est sur l'un de ces livres discrets que se penche aujourd'hui Michel Pastoureau. À dire vrai, s'il est quelque peu oublié, il n'est pas totalement anodin puisqu'il s'agit de sa première publication, La Vie quotidienne au temps des chevaliers de la Table Ronde, parue chez Hachette, dans une collection célèbre, en 1976. Elle était consacrée à la légende arthurienne et à la société chevaleresque des XIIe et XIIIe siècles. Raconter aujourd'hui l'histoire de cet ouvrage de jeunesse est pour l'auteur l'occasion d'évoquer un certain nombre de souvenirs, de rendre une dernière visite au roi Arthur, et surtout de faire oeuvre historiographique. Que signifiait alors publier un premier livre ? Comment un jeune historien inconnu pouvait-il affronter les moeurs étranges de l'édition française ? Quel était alors le statut de la vulgarisation historique ? Et qu'est-elle devenue aujourd'hui ?

L’auteur: Parisien né en 1947, Michel Pastoureau fait ses études à la Sorbonne, entre à l'École nationale des chartes, est conservateur au Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale France avant d'être élu directeur d'études à l'École pratique des hautes études.

Pendant trente-sept ans, il y tient la chaire d'histoire de la symbolique occidentale. Invité dans plusieurs universités européennes, auteur généreux d'une cinquantaine d'ouvrages, presque tous traduits, qui vont de charmants souvenirs personnels (Les Couleurs de nos souvenirs, Seuil, 2010) à une étude complète sur Les Emblèmes de la France (Édition Bonneton, 1998), il est l'un des rares Français à faire partie de l'Académie internationale d'héraldique, composée de soixante-quinze académiciens.

 

 

- Bernard Schlinck, La petite fille (éd Gallimard 2023),

L’ouvrage : À la mort de son épouse Birgit, Kaspar découvre un pan de sa vie qu’il avait toujours ignoré : avant de quitter la RDA pour passer à l’Ouest en 1965, Birgit avait abandonné un bébé à la naissance.
Intrigué, Kaspar ferme sa librairie à Berlin et part à la recherche de cette belle-fille inconnue. Son enquête le conduit jusqu’à Svenja, qui mène une tout autre vie que lui : restée en Allemagne de l’Est, elle a épousé un néo-nazi et élevé dans cette doctrine une fille nommée Sigrun.
Kaspar serait prêt à voir en elles les membres d’une nouvelle famille. Mais leurs différences idéologiques font obstacle : comment comprendre qu’une adolescente, par ailleurs intelligente, puisse soutenir des théories « complotistes » et racistes ? Comment l’amour peut-il naître dans ce climat de méfiance?
Cette rencontre contrariée entre un grand-père et sa petite-fille nous entraîne dans un passionnant voyage politique à travers l’histoire et les territoires allemands. Plus de vingt-cinq ans après Le liseur, Bernhard Schlink offre de nouveau un grand roman sur l’Allemagne qui sonde puissamment la place du passé dans le présent, et nous interroge sur ce qui peut unir ou séparer les êtres.

L’auteur : Bernhard Schlink est un écrivain allemand.
Il étudie le droit à l'Université de Heidelberg, puis à l'Université libre de Berlin, et exerce comme professeur à Bonn et à Francfort. Depuis 1992, il est professeur de droit public et de philosophie du droit à l'Université Humboldt de Berlin.

De 1987 à 2006, il est également devenu juge au tribunal constitutionnel du Land de Wesphalie. Il a débuté sa carrière comme écrivain par plusieurs romans policiers, dont le premier, "Brouillard sur Mannheim" ("Selbs Justiz", 1987), est écrit en collaboration avec son ami Walter Popp. On retrouve dans les romans policiers suivants son personnage principal, Gerhard Selb (Selb vient de "selbst" qui veut dire "soi-même", l’auteur s'étant imaginé plus âgé).
Après "Le Nœud Gordien" ("Die gordische Schleife", 1988), en 1995, il publie "Le liseur" ("Der Vorleser"), un roman partiellement autobiographique. Ce livre devient rapidement un best-seller et est traduit dans 37 langues. Il a été le premier livre allemand à arriver en première position sur la liste de best-sellers publiée par le New-York Times. Pour "Le Liseur", Bernhard Schlink reçoit de nombreux prix notamment le prix Laure Bataillon 1997, prix décerné à des œuvres traduites en français.

 

- Mathieu Belezi, Attaques sur la terre et le soleil (éd le tripode  2022)

Salué par la critique depuis vingt ans mais encore méconnu du grand public, Mathieu Belezi livre avec Attaquer la terre et le soleil un roman magistral, qui incarne la folie et l'enfer de la colonisation de l'Algérie au 19e siècle.
Attaquer la terre et le soleil narre le destin d'une poignée de colons et de soldats pris dans l'enfer oublié de la colonisation algérienne, au dix-neuvième siècle. Et en un bref roman, c'est toute l'expérience d'un écrivain qui subitement se cristallise et bouleverse, une voix hantée par Faulkner qui se donne.
Depuis plus de vingt ans, Mathieu Belezi construit une œuvre romanesque d'une cohérence étonnante, à la phrase ciselée. La musicalité qui frappe dès les premières lignes d'Attaquer la terre et le soleil fait écho à Le Petit Roi, son premier roman publié en 1998 aux éditions Phébus. Quant à son thème, il renvoie évidemment à sa grande trilogie algérienne, publiée successivement aux éditions Albin Michel (C'était notre terre, 2008) et Flammarion (Les vieux Fous, 2011 ; Un faux pas dans la vie d'Emma Picard, 2015). Est-ce la constance de ce parcours qui explique la fulgurance de ce nouveau roman ? Écrit en quelques mois, « Attaquer la terre et le soleil" dit en tout cas avec une beauté tragique, à travers les voix d'une femme et d'un soldat, la folie, l'enfer, que fut cette colonisation.

 

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