mardi 10 septembre 2024

57ème réunion Le Docteur Jivago

  

 

 


Ci-dessous, la remarquable présentation de Bernard.

 

 

Présentation du docteur Jivago

Réunion du Square du 20 juin 2024

 

Les chiffres renvoient à la traduction de Hélène Henry

Les chiffres précédés de « Q » se réfèrent à l’édition QUARTO (qui reprend la traduction initiale, également reprise par FOLIO et La Pléiade).


[20 juin 2024]

1.                   Introduction

La première anecdote

-1937. Congrès des écrivains soviétiques. Période de répression terrible. Les gens tombaient comme des mouches. Les amis de BP se réunissent autour de lui et lui disent :  « si tu parles pendant le Congrès, ils vont t’arrêter, et si tu ne parles pas, ils t’arrêteront tout de même pour insubordination ironique ». Deux mille personnes étaient présentes. Jdanov, le bras droit de Staline pour les questions culturelles, connu pour sa cruauté, était présent sur l’estrade. Le congrès dura 3 jours et tous les discours disaient : « Merci au frère Staline, merci au père Staline ». BP ne dit pas un mot. Au 3ème jour ses amis lui dirent :  « Quoi que tu fasses, ils vont t’arrêter. S’il te plaît, peut-être pourrais-tu dire quelque chose, quelque chose que nous pourrons garder en nous quand tu seras en prison ». BP se lève, se rend au pupitre et dit un seul mot : un numéro : 30.

Sur ce, 2000 personnes se levèrent et récitèrent la traduction en russe du sonnet n° 30 de Shakespeare[1]. BP avait traduit en russe ce sonnet et les Russes disent aujourd’hui encore que c’est, avec ceux de Pouchkine, l’un des grands textes de la langue russe, mais c’est du Shakespeare. Et BP ne fut pas arrêté.

Cela voulait dire : « Vous ne pouvez pas nous toucher, vous ne pouvez pas détruire la langue russe, vous ne pouvez pas détruire le fait que nous sachions par cœur ce que Pasternak nous a donnés ».

Cela montre également l’extraordinaire place de la poésie dans la culture russe et la place de la poésie dans un roman comme le docteur Jivago. 

La deuxième anecdote.

En 1945, Tatiana Gneditch, grande traductrice russe, a été condamnée à 10 ans de camp de redressement par le travail pour « trahison de la patrie ». Pendant sa détention, elle traduit Don Juan le poème de Lord Byron de 17.000 vers, de mémoire alors qu’elle n’a ni le texte original ni dictionnaire ni papier et en respectant les règles de prosodie russes. C’est le sujet d’un livre « La traductrice » de Efim Etkind. On est ici en présence d’une performance surhumaine, voire inhumaine, typiquement russe.

Cette place de la poésie dans la culture russe et cette passion pour la poésie ne se retrouvent pas seulement dans les poèmes qui ferment le livre. Au dernier chapitre (épilogue), Gordon et Doudorov amis d’enfance de Iouri feuillettent le recueil des poèmes de Iouri et le texte nous dit : ils en savaient la moitié par cœur. Jivago dit : « nous relisons sans fin Eugène Onéguine et les longs poèmes » (355).

2.                   INTRODUCTION

(1)                Le docteur Jivago, c’est l’histoire du docteur Iouri Jivago, médecin et poète.

(2)                Cette histoire commence sous la Russie impériale alors que Iouri, fils d’une grande famille bourgeoise libérale est déjà orphelin de son père, et assiste à l’enterrement de sa mère alors qu’il a 11 ans.

(3)                Cette histoire se termine avec sa mort en descendant d’un tram à Moscou en 1929, alors qu’il est tombé dans la misère et dans la folie après avoir abandonné tous ses proches – et après que son amour Lara lui a été dérobée par l’ancien séducteur et protecteur de celle-ci (Komarowski).

(4)                Ce qui frappe avant même de relater l’histoire qui a traversé la première moitié du XXème siècle :

-Iouri est pris dans le chaos de l’histoire de la Russie de 1903 à 1929 avec un épilogue se rapportant à la grande guerre patriotique de 1945 (le roman traverse donc la fin de la Russie impériale, la grande grève de 1905, la Révolution de février 1917, la Guerre civile, première guerre mondiale, Révolution bolchevique, les purges) ;

-Iouri est pris dans une deuxième tourmente qui est celle de sa passion pour Lara qu’il rencontre alors qu’elle est infirmière dans un hôpital militaire alors qu’il est lui-même marié avec la fille d’une famille d’intellectuels qui l’a recueilli à Moscou et qui a été élevée avec lui (Tonia, qui finira par le quitter pour Paris) et alors que Lara est elle-même mariée avec un fils d’ouvrier qui deviendra un personnage important du régime bolchevique et qui se suicidera.

(5)                -Iouri est un homme ordinaire, ce n’est pas un héros, il a des accès de lâcheté. Il se débat avec les circonstances, avec sa conscience.

(6)                -Comme le montrent les 25 poèmes in fine, et l’épilogue du roman où ses amis d’enfance récitent ses poèmes, Iouri est un poète.

-D’abord un poète lyrique : véritablement amoureux de la nature[2]. Alors qu’il traverse la Sibérie dans des conditions terribles, il est capable de s’enthousiasmer pour un paysage de neige, de décrire les arbres ;

[Que] l’on a parfois envie de se

défaire de cette parole humaine,

Pompeuse et médiocre, désespérante,

Pour retrouver la nature

Qui ne se tait qu’en apparence (p. 183).

-Pour Pasternak, seule la nature est préservée et préserve des horreurs du monde, que ce soit les arbres, la neige ou les vaches dans un pré ; BP confronte l’expérience lyrique du monde aux injonctions pressantes de l’histoire ; p. 616 : « Jamais, jamais, même aux minutes du bonheur le plus prodigue, le plus éperdu, ils ne perdaient mémoire de ce qui plus que tout élève et ravit : « Le sentiment bienheureux qu’ils aidaient eux aussi à façonner la beauté du monde, qu’ils avaient un rapport profond avec toute la beauté, avec l’univers entier » (partie 15/15). 

-Ensuite un poète qui célèbre la vie et l’idéal chrétien. Il voit dans le fait de rebondir, de renaître après chaque échec ou chaque faiblesse, une forme de résurrection. La vie est pour lui une forme de résurrection permanente; JIVA est du vieux russe qui veut dire ressuscité, renaissance : Jivago veut dire le vivant. Il est celui qui tombe et qui renaît à chaque fois (voir p. 192 : « Chaque homme est revenu à la vie, une nouvelle naissance tout le monde est transformé, régénéré »);

-Les deux thèmes sont liés : le poète sait que la vie ne peut être défendue que par la création : « il n’est de peine au monde que la neige ne puisse apaiser ». Sa mission est de défendre la vie et la création jusqu’au sacrifice, comme celui du Christ sur la croix ;

-Ce que BP entend par résurrection, c’est la capacité qu’a le monde de renaître en toutes choses et la capacité qu’a le mal de renaître en bien ; il conteste l’interprétation traditionnelle de la résurrection : « où irait-on mettre tous ces vivants ces morts, multitudes rassemblées au cours de millénaires ? » (Q300) ;

-Le docteur Jivago est la trajectoire d’une lente glissade vers le néant : fils d’une grande famille bourgeoise libérale , il est entré dans la révolution comme dans une ascèse. Iouri se meurt dans la déchéance physique et sociale. C’est cette déchéance qui l’assimile au Christ, alors qu’il est réduit à la déchéance et à la mendicité ;

-Le message est : « on n’arrive à rien par la violence et on ne parvient au bien que par le bien » (332) ;

-Le livre est parsemé de références bibliques :

-l’ânesse de Balaam à propos d’un sourd-muet qui se met à parler (Q 378). Voir le livre des Nombres;

-les références à l’apocalypse de Jean qui prophétise qu’un déluge de sang se déchainera et recouvrira tout. Le déluge, c’est la Révolution ;

-« au Royaume de Dieu, il n’y a ni Grec ni esclave ».Voir l’épitre de Paul aux Galates (165).

(7)                -Iouri est l’homme des contrastes : sa vie est faite d’actes extraordinairement courageux et de terribles faiblesses mais il n’y a pas de place pour la vie rétrécie de petit bourgeois ;

(8)                -Le docteur Jivago n’est pas un roman à thèse, parce qu’il n’y a pas de parole définitive : Vedeniapine, oncle de Iouri, est un philosophe idéaliste chrétien, Gordon, l’ami d’enfance, est le juif converti, Pavel Antipov (Strelnikov, le mari de Lara, est le révolutionnaire fanatique surnommé l’ange exterminateur (Strelnikov veut dire le fusilleur), Lara, est la déclassée, Evgraf Jivago, le demi-frère est l’énigme, Komarovski, l’incarnation du mal. En ce sens, c’est un roman polyphonique où il n’y a pas une voix qui l’emporte sur les autres. BP n’a jamais admis que l’art puisse obéir à des impératifs politiques ;

(9)                -Le docteur Jivago est aussi un roman d’amour : c’est la lecture la plus évidente : Iouri a trouvé un second amour dans une maison abandonnée au milieu de l’Oural à Varykino et Lara lui est dérobée par Komarowski, qui avait poussé son père au suicide. Le mari de Lara, le révolutionnaire Strelnikov finit par se suicider à Varykino après une discussion avec Iouri. p. 515 : « la Révolution a tout détruit mais l’amour subsiste ».

(10)             C’est un roman sur la solitude. Les liens entre les hommes se dissolvent et ne renaissent que par une série de coïncidences ;

(11)             Enfin, le destin de Iouri reflète le destin de proches de Pasternak, et notamment de Marina Tsvetaïeva et Olga Ivinskaïa.

3.                   BORIS PASTERNAK

(12)             Né en 1890 sous la Russie impériale, BP est le fils d’un peintre connu portraitiste préféré de Tolstoï, la mère est pianiste. Ils sont amis de Scriabine, Tolstoï, Rilke. Il fera d’abord des études de musique et composera une sonate à l’âge de 13 ans, puis abandonnera au motif qu’il n’a pas l’oreille absolue mais il jouera du piano toute sa vie. Il se tourne ensuite vers des études de philosophie et de langues. Il passe un an en Allemagne. Il sera un très grand traducteur (Shakespeare, Keats, Schiller, Goethe (Faust), Verlaine). Même à l’époque stalinienne, ses traductions seront publiées sans interruption et grâce à ces traductions (les traducteurs russes étaient rémunérés au nombre de mots traduits), il ne sera jamais dans le besoin.

(13)             Enfant, il a assisté à des cruautés commises par les cosaques du tsar et a d’abord approuvé la révolution bolchevique à laquelle il assiste adolescent. Il parle des décrets de la révolution de 1917 comme une « magnifique chirurgie, un eux, trois et on vous excise artistement les vieilles plaies fétides ». Il faisait grand cas de deux conquêtes soviétiques : « la liquidation du profit personnel et celle de l’humiliation de la femme ». Il a été un moment donné le « premier poète ». Il s’éloignera du régime avec l’arrestation de Boukharine en 1935. L’arrestation de Boukharine dissipera ses illusions et il deviendra un opposant silencieux.

(14)             BP est d’abord un poète. Sa passion est la poésie dans un pays où la poésie joue un tout autre rôle qu’en France. Depuis Pouchkine, la poésie est immensément populaire en Russie pour plusieurs raisons : L’une des raisons tient aux règles de poétique - très strictes – rendant les poèmes faciles à retenir. Il publiera un recueil en 1922, Ma Sœur, la vie, qui est encore lu aujourd’hui.

(15)             En 1946, il entreprend de rédiger un grande fresque historique, son unique roman. Il mettra 10 ans à l’écrire.

(16)             On raconte qu’il correspondait avec l’Occident avec des cartes postales car il était persuadé que le KGB ne contrôlait pas les cartes postales dont le contenu était toujours accessibles. En fait le KGB contrôlait.

(17)             L’histoire de la publication du Docteur Jivago est elle-même un roman. En 1956, les deux principales revues littéraires russes refusent de l’éditer. BP remet son manuscrit à un journaliste italien qui le fait publier par Feltrinelli qui était pourtant un éditeur communiste et qui le publie malgré les menaces de Togliatti, le chef du parti communiste italien. Le roman est publié en français l’année suivante grâce à quatre jeunes universitaires slavistes qui traduisent le roman à 8 mains sans signer la traduction par peur de se voir refuse des visas pour aller en Russie. BP, qui était francophone, chantera les louanges de cette traduction[3].

(18)             BP a obtenu le Nobel en 1958 qu’il a d’abord accepté puis refusé sous la pression des autorités russes. Craignant de ne pas pouvoir retourner en Russie s’il va chercher son prix, il écrit à Kroutchev : « je suis à la Russie par ma naissance, par ma vie, par mon travail. Je ne conçois pas d’en être séparé, ou de vivre en dehors d’elle ». Les autorités russes ont en quelque sorte contribué à donner au livre une dimension politique qu’il n’avait pas, et à faire du Docteur Jivago un succès planétaire. La CIA a même fait circuler sous le manteau en Russie des exemplaires du docteur Jivago qu’elle avait fait éditer en petit format.

(19)             Alors qu’il était marié en secondes noces, il a rencontré une femme Olga Invinskaïa, qui aurait servi de modèle à Lara. Le roman fait écho à sa situation d’homme marié vivant avec une autre femme.

(20)             Il meurt en 1960 après avoir été victime d’une terrible campagne de dénigrement (« il a vécu toute sa vie dans notre poésie comme un porc à l’abri d’un chêne »), même par ses meilleurs amis écrivains, et après avoir été exclu de l’Union des écrivains. Il ne sera jamais déporté contrairement à Olga Invinskaïa qui ne sera libérée qu’en 1964. Ses poèmes seront interdits de publication. Le roman ne sera publié en Russie qu’en 1988 avec la perestroika. BP aura navigué toute sa vie entre les menaces et les honneurs.

4.                   RESUME

Le roman est surprenant à trois égards

-D’abord par ce que le docteur n’est au centre de l’action que lors de la seconde partie du livre ;

-Ensuite parce qu’il faut s’acclimater aux différentes formes que peuvent prendre les prénoms : le russe a ici la même flexibilité que l’italien (pensons à Lorenzaccio pour Lorenzo), souplesse que la langue française ne connaît pas ;

-Enfin, le film donne une image trompeuse du film : Varykino est en Oural, non dans la steppe plate et désertique que suggère le film tourné en Finlande. Contrairement au film, le livre n’a rien de romantique. La romance, la séduction joyeuse est absente du livre qui est avant tout le récit d’un effondrement. 

Introduction

-L’intrigue s’organise autour de trois cercles qui se recoupent :

-Le premier cercle, c’est la famille Jivago/Gromeko

Iouri, orphelin, on l’a vu, est recueilli par son oncle maternel Vedeniapine. Il est pris en charge par la famille Gromeko et va être élevé avec leur fille Tonia, comme si c’était sa sœur. Fin 1911, c’est Tonia qu’il va épouser et dont il aura deux enfants.

Informée de la liaison de Iouri avec Lara et sans nouvelles de lui, Tonia lui envoie une lettre qui met 5 ans à lui parvenir - p. 514) et le quitte pour Paris avec les enfants. C’est l’un des moments forts du livre (partie 13/18). Ils ne se reverront jamais.

Iouri apprend que son père (qui a dilapidé sa fortune) a été acculé au suicide par une affairiste du nom de Komarowski qui est précisément le personnage qui a tenté de séduire et maltraité Lara.

-Le second cercle, c’est le famille GUICHARD

Veuve d’un industriel belge, Amalia Guichard, française, a deux enfants, Rodion et Lara. Leur « bienfaiteur » est Viktor Komarowski qui a conseillé son mari et qui a eu une relation avec Amalia. Komarowski s’intéresse à Lara adolescente qu’il va harceler, flatter et séduire. Lara est finalement dégoutée.

A un bal de Noël chez les Sventiski, Lara a l’intention de tuer Kowarowski mais blesse un procureur . C’est grâce à l’entregent de Komarowski qu’elle échappe à toutes poursuites.

Lara quitte la maison et est éducatrice chez les Vologridov où elle est à l’abri de Komarowski pendant 3 ans.

Elle fait la connaissance de Pacha et rêve d’aller avec lui en Oural où ils travailleraient comme professeurs et créeraient un foyer. Lara reconnaît la grandeur de Pacha et sa pureté morale qui le distingue de Komarowski.

En 1912, elle épouse Pacha Antipov. Appelé sous les drapeaux, Pacha deviendra un révolutionnaire fanatique avant de se suicider après avoir rencontré Iouri à Varykino où il pensait retrouver Lara mais Lara était déjà partie. La confession de Pacha à Iouri avant de mourir est un autre grand moment du livre (partie 14/17) ;

Le troisième cercle, c’est la famille TIVERSINE et le jeune Pacha ANTIPOV qui vit chez les Tiversine. Marfa Tiversina et Pacha assistent à la répression par les dragons.

-Le début du roman comporte les signes avant-coureurs de l’effondrement :

         -les orages au cimetière annoncent un temps d’épreuve (Q 19) ;

-le suicide d’Andreï Jivago, le père de Iouri ;

-un cheminot, le mari de Tiverzina, est brûlé vif à son poste (Q 246) ;

-une jeune fille est séduite par un avocat affairiste libidineux (Komarovski) ;

-le jeune Doudorov est en barque, il tombe à l’eau (Q 250) ;

-la saleté de l’hôtel du Monténégro (Q 253) ;

-la mère de Tonia, la femme de Iouri, meurt prématurément, elle s’empoisonne (Q 293) ;

-les ouvriers du rail Moscou Kazan font grève (Q 257) ;

-le Commissaire Hintz est assassiné par les déserteurs (Q 201) ;

-le vieux cheminot ivrogne Khoudeleïev frappe ses apprentis (261) ;

-le massacre par les dragons. Tout devient rouge (Q 268) ;

-Moscou affamée (HH 226) ;

-Ostromyslenski dépense l’argent destinée à l’entretien de Ioura (Q 272) ;

-les femmes en fuite dans la taïga : « c’étaient de jeunes mères qui n’avaient plus de raison. elles abandonnaient leur enfant sur le chemin, vidaient la farine des sacs et rebroussaient chemin. plutôt une prompte mort qu’une longue agonie affamée » (HH 450 (12-5). Même les vaches devenaient folles.

Le docteur Jivago, c’est le destin désordonné d’un médecin dont la première épouse, Tonia, émigrera sans lui, tandis qu’il reste en régime bolchevique, qu’il connaît un amour bouleversant avec une femme, Lara, dont le mari, Strelnikov se suicidera, chef bolchevique bientôt liquidé par la Révolution qu’il a servi

Plus tard, Lara est arrêtée et Iouri rentré à Moscou dans la misère, se mettra en ménage avec une lingère et mourra, pris d’une attaque dans un tramway.

C’est l’histoire de la décadence apparente d’un homme dont les vers, retrouvés par ses amis après sa mort disent l’angoisse, le remord et l’émerveillement devant le monde. il s’identifie à Hamlet et, à travers Hamlet, au Christ.

Je suis la cible des ténèbres

Cent jumelles sont braquées sur moi,

S’il se peut encore, Abba, mon père,

Cette coupe écarte la de moi.

Le poème Hamlet reprend un vieux diction russe : Vivre, ce n’est pas traverser un champ.

Première partie – L’express de cinq heures (23-43)

Russie impériale 1902. Iouri assiste à l’enterrement de sa mère, Maria Nikoleivna Jivago ; Abandonné par son père, IJ a été recueilli par son oncle maternel Vedeniapine, un philosophe et ancien prêtre orthodoxe. Le père de IJ était autrefois un riche membre de la noblesse marchande moscovite mais il a dilapidé la fortune familiale en Sibérie en se livrant à la débauche et à la fête.

La première scène décrit l’enterrement de la mère de Iouri : le cortège funèbre, les chants rythmés par les pas de la foule, la mise en terre, et la vision finale de l’enfant de dix ans gravissant la tombe comme s’il voulait faire un discours.

Dès cette première scène, le tableau du monde humain s’inscrit dans une image de l’univers (le souffle du vent). Cette présence du cosmos est encore plus sensible dans la scène suivante, qui décrit la tempête de neige réveillant le petit garçon dans le monastère voisin du cimetière où il passe la nuit avec son oncle et tuteur, le philosophe Nicolas Vedeniapine, au lendemain de l’enterrement de sa mère.

Scènes d’un grand lyrisme : notamment quant Iouri enfant entend la voix de sa mère morte dans la voix des oiseaux et des abeilles (Q 242). Le petit garçon qui ordonne aux arbres de s’immobiliser (Q 248).

Une dernière scène nous présente un troisième garçonnet, Nika Doudorov, confié par sa mère à l’intendant, qui se souvient de l’aventure qui lui est arrivée la veille, lorsque, tombé à l’eau en luttant avec l’adolescente Nadia, fille du propriétaire, qu’il croit détester, il éprouve pour la première fois une émotion, qu’il ne sait pas identifier.

L’été suivant, IJ a 11 ans. il se rend avec Vedeniapine à Duplyanka, la propriété de Kologrivov, un riche marchand de soie.

Ils rendent visite à Voskobolnikov qui est un intellectuel qui vit dans la maison de l’intendant ; Kologrivov étant absent. Les filles de Kologrivov vivent également sur le domaine (Nadia et Lipa) ; ainsi que Nika Doudorov qui est le fils d’un terroriste condamné. Vedeniapine et Voskoboinikov s’aperçoivent qu’un train s’est arrêté à un endroit inattendu. Dans le train, un garçon de 11 ans Micha Gordon, fils d’un avocat juif, , voyage avec son père. Un homme qui parlait avec son père dans le train, s’enivre et se suicide en sautant du train. Le père de Micha tire le signal d’urgence. La police arrive. De la victime, nous apprendrons qu’il est le père du petit Iouri.

Deuxième partie – Une petite fille d’un autre monde (44 – 93)

Pendant la guerre russo japonaise, Amélie Guichard arrive à Moscou en provenance de l’Oural avec ses deux enfants Rodion et Lara. Le défunt mari de Mme Guichard était un Belge travaillant comme ingénieur pour les chemins de fer et était ami de Viktor Komarowski. K les installe dans des chambres de l’hôtel miteux Montenegro, inscrit Rodion à l’école des cadets et Lara dans un lycée de filles. L’école de filles est la même que celle où va Nadia Kologrivov. Sur les conseils de K, Amélie investit dans un atelier de couture. malgré la liaison qu’il entretient avec Amélie, K séduit Lara à l’insu de sa mère.

Début octobre, les ouvriers de la ligne de chemin de fer Moscou-Brest se mettent en grève. Le contremaître de la gare est Pavel Feraponvich Antipov. Son ami, Kipriane Savelievich Tiverzine est appelé dans un atelier du chemin de fer et empêche un ouvrier de battre un apprenti (Ossip Galioline). La police arrête Pavel Feraponvich pour son rôle dans la grève. Le fils de Pavel Feraponvich, Pavel Pavlovich (Pacha) Antipov vient vivre avec Tiverzine et sa mère. La mère de Tiverzine et Pavel participent à une manifestation qui est attaquée par les dragons, mais ils survivent et rentrent chez eux. Alors que les manifestants s’enfuient, Vedeniapine se tient dans un appartement de Moscou à la fenêtre et regarde les gens s’enfuir.

En janvier 1906, les Gromeko organisent un récital de musique de chambre chez eux. L’un des interprètes est un ami d’Amélie Guichard et son voisin à l’hôtel Montenegro.

Amélie a pris du poison. Elle est hors de danger. Elle dit: « heureusement toute cela était des bétises ». Les garçons remarquent une fille endormie sur une chaise. C’est Lara. C’est la première fois que IJ la voit. K sort de derrière un rideau et pose une lampe sur la table à côté de la chaise de Lara. La lumière la réveille et celle-ci partage un moment d’intimité avec K, sans savoir que IJ et Micha la regardent. Ils échangent des regards complices, heureux que leur secret n’ait pas été découvert et qu’Amélie ne soit pas morte. Micha murmure à Iouri que l’homme qu’ils observent est le même que celui qui a soûlé son père dans le train peu avant le suicide de ce dernier.

L’intrusion de Komarovski dans la vie de Lara n’avait suscité de la part de Lara que du dégoût (Q 280). Est-ce qu’on humilie quand on aime ? (Q 281).

Troisième partie – L’arbre de Noël des Sventitski (94-127)

En novembre 1911, Anna Ivanovna Gromeko tombe gravement malade d’une pneumonie. Iouri, Micha et Tonia étudient pour devenir respectivement médecin, philologue et avocate. IJ apprend que son père a eu un enfant, Evgraf de la princesse Stolbunova-Enrizzi. Le récit revient au printemps 1906. Lara est de plus en plus tourmentée par l’emprise de K sur elle. Elle trouve un travail de gouvernante dans la famille Kologrivov. Au cours de sa quatrième année chez les Kologrivov, Lara reçoit la visite de son frère Rodion. Il a besoin de 700 roubles pour couvrir une dette il a perdu l’argent collectée pour faire un cadeau (Q 307). Lara indique qu’elle va essayer de trouver l’argent et demande en échange le revolver de cadet de Rodia ainsi que quelques cartouches . Elle obtient l’argent de Kologrivov. Elle ne peut rembourser son emprunt car elle utilise son salaire pour aider Pacha et son père qui vit en exil. Vers Noël 1911, Lara décide de se séparer des Kologrivov et demande à K l’argent pour rembourser Kologrivov. Elle prévoit de tuer K avec le pistolet de Rodion s’il refuse de rembourser. Le 27 décembre elle se rend chez K mais apprend qu’il est à une fête de Noël. Elle rend visite à Pacha et lui dit qu’ils devraient se marier toute de suite. IJ et Tonia se rendent chez les Sventistski. Lara arrive à la fête et ne connaît personne d’autre que K. Lara tire sur Kornakov, un procureur au lieu de K. (Kornakov a poursuivi un groupe de cheminots dont faisait partie Kiprian Tiverzin), le père adoptif de Pacha. IJ la reconnaît. Lara tire sans l’atteindre sur le séducteur dont elle veut se venger, sous les yeux de l’étudiant Iouri, invité à la fête avec sa fiancée Tonia, fille de sa famille adoptive. Celui-ci voit ainsi pour la seconde fois, sans la connaître, celle que la providence lui destine. C’est la DEUXIEME RENCONTRE (Q 317). Tonia lui dit qu’il doit rentrer d’urgence car quelque chose ne va pas avec Anna Ivanovna, qui est retrouvée morte.

* * *

-Les parfums des étendues qui l’entourent (109) ;

-L’art et l’apocalypse de Jean (126)

-Le cimetière où il avait pleuré petit enfant (* 127) ;

Quatrième partie – Vers l’inéluctable (128-172) [les échéances approchent]

K utilise ses relations politiques pour protéger Lara des poursuites judiciaires ;

-Les deux héros suivant chacun sa voie.

-Lara, que les démarches de Komarovski pour éviter le scandale ont mise à l’abri de la justice, épouse un camarade d’enfance, Pavel Antipov, fils d’ouvrier devenu étudiant en lettres, qui l’aime depuis l’adolescence. elle part avec lui en province pour enseigner.

-Lara et Pacha se marient (Q 330), ils obtiennent leur diplôme universitaire et partent pour Iouratine en train ; noter l’évocation des bateaux retournés dans les jardins de Iouratine (Q 341).

-De retour à Iouratine, les Antipov ont également leur premier enfant, Katenka. Bien qu’il aime profondément Lara, Pacha se sent de plus en plus étouffé par son amour. Afin de s’échapper, il se porte volontaire et intègre l’école militaire d’Omsk. Alors que tout leur sourit, il part.

-Lara commence à travailler comme enseignante à Iouratine. Sans nouvelle de Pacha, Lara s’engage comme infirmière et se fait nommer sur le front à la recherche de Pacha dans une ville de Galicie. Cette ville est celle où IJ travaille comme médecin militaire. En fait, Antipov a été fait prisonnier par l’armée austro-hongroise, mais est déclaré à tort disparu au combat.

-Iouri lui achève ses études de médecine et épouse sa camarade de jeux Tonia Gromenko, fille de sa famille adoptive, qui lui donne un fils.

-Mais le hasard va rapprocher Iouri et Lara : envoyé au front comme médecin militaire, Jivago, hospitalisé à la suite d’une blessure, est soigné par Lara, engagée comme infirmière pour retrouver son mari, volontaire disparu au cours d’une opération : Iouri se rapproche enfin de la « petite fille d’un pauvre milieu », cette inconnue qui a déjà frappé son imagination . Il vit à ses côtés dans un village du front les moments exaltants de l’été 1917, « où la révolution était un dieu descendu du ciel sur la terre, le dieu de cet été ». Cette troisième rencontre, fortuite comme les deux premières, marque plus nettement que jamais le rôle que joue le hasard, c’est-à-dire la providence, dans la succession des évènements.

 

-C’est le deuxième automne de la première guerre mondiale. IJ a épousé Tonia et travaille comme médecin dans un hôpital de Moscou. Tonia donne naissance à leur premier enfant, un fils.

-Blessé par un tir d’artillerie (« éclat de shrapnel ») (Q 360), IJ est envoyé dans un hôpital de campagne à Meliouzeïev où Lara est son infirmière. Galiouline se remet de ses blessures. Il est maintenant lieutenant dans l’unité de Pacha. Il informe Lara que Pacha est vivant mais elle en doute. Lara apprend à connaître IJ mais n’est pas impressionnée par lui (un inconnu au nez camus qui n’avait rien de remarquable, Q 362). A la fin de cette partie, on annonce à l’hôpital qu’il y a eu une révolution.

* * *

-les lampadaires projetant l’ombre bossue du cocher (131) ;

-Le mariage de Lara avec Pacha ;

-Le traitement des Juifs (161) (165) ;

-Au Royaume de Dieu, il n’y a ni Grec ni esclave (165) ;

-Lara retrouve Iouri à l’hôpital (168) ;

-Un inconnu au nez retroussé qui n’avait rien de particulier (169) (Q 362) ;

-la mort du mutilé Hammazeddine (Q 353) ;

-un cosaque humilie un vieux juif. Brimade que Iouri fait cesser (Q 354) ;

 

Cinquième partie – Adieu aux choses anciennes (173-214)

-Après sa guérison, IJ reste à l’hôpital en tant que médecin. Il est en contact avec Lara.

-Tous deux ainsi que Galiouline essaient d’obtenir la permission de partir et de rentrer chez eux.

-A Meliouzeïev, un commissaire du gvt provisoire récemment arrivé, Hinz, est informé qu’une unité militaire locale a déserté et campe dans une forêt défrichée voisine. Hinz décide d’accompagner une troupe de cosaques qui a été convoquée pour désarmer les déserteurs. Il pense pouvoir faire appel à la fierté des déserteurs en tant que « soldats de la première armée révolutionnaire du monde ». Un train de cosaques à cheval arrive et les cosaques entourent rapidement les déserteurs. Hinz entre dans le cercle des cavaliers et fait un discours aux déserteurs. Son discours se retourne contre lui. Les cosaques rengainent leurs sabres et fraternisent avec les déserteurs. Les officiers cosaques conseillent à Hinz de fuir, ce qu’il fait, mais il est poursuivi par les déserteurs et brutalement assassiné par eux à la gare.

-Peu avant son départ, IJ dit au revoir à Lara. il exprime son enthousiasme à l’idée que « le toit de toute la Russie a été arraché » et que tout le peuple se retrouve en pleine liberté. Il commence à dire à Lara maladroitement qu’il a des sentiments pour elle. Lara l’arrête et ils se séparent. Ils partent par des trains différents, elle pour Iouratine, et lui pour Moscou. Dans le train pour Moscou, IJ réfléchit au fait que le monde est devenu très différent et qu’il a « honnêtement essayé de toutes ses forces de ne pas aimer Lara ».

***

-L’humilité : il reconnaît ses fautes (175) ;

-Iouri énumère les précédentes rencontres à Tania (174) ;

-Tonia : « rejoins cette infirmière dont les destin était semé de tant de coïncidences » (175) :

-L’entremetteuse, Melle Fleury (178) ;

-Dernière entrevue entre Lara, Iouri avant le départ de Lara (192) ;

-L’ensauvagement (209) ;

-Lara : cette façon de ne jamais retrouver quoi que ce soit à personne (209)

 

Sixième partie – Le bivouac moscovite (215-265)

-Le retour de Jivago démobilisé dans sa famille, avec laquelle il se trouve plongé dans les désordres et la violence d’octobre ;

-Tonia a dû céder une partie de la maison à l’Académie agricole ; « nous resterons sans bois, sans eau et sans lumière. On va abolir la monnaie, le ravitaillement ne se fera plus » ( 407).

-Petit banquet improvisé avec le canard acheté en route et l’alci=ool pharmaceutique trouvé par Gordon.

* * *

-Les vieillards vendent à la sauvette des choses dont personne n’a besoin (fleurs artificielles) (Q 402).

-Les rations dans le train : sucre à moitié fondu (216) ;

-Retour chez les Gromeko (217) ;

-Sachenka donne une baffe à Iouri (224) ;

-Moscou affamé (226) ;

-Iouri ne voyait aucun espoir ni pour lui-même ni pour son milieu.

-Il aurait perdu la raison sans les choses du quotidien, les tâches et les soucis. Il trouvait son salut dans sa femme ;

-Il savait qu’il n’était qu’un nain, eu égard du formidable mécanisme de l’avenir ;

-Il embrassait une dernière fois, comme pour un adieu, les nuages et les arbres (236) ;

-Hôpital de l’élévation de la Croix (242) ;

-Il trouve un homme inanimé sur le terroir (241) ;

-Edition spéciale de Pouvoir soviétique sur la dictature du prolétariat (247)

-Une femme est atteinte du typhus (256) ;

-Poème entre la résurrection et la mise au tombeau (264) ;

 

Septième partie – En chemin (266-318)

-Après la Révolution d’Octobre et la guerre civile russe, IJ et sa famille décident de s’enfuir en train pour l’ancienne propriété de la famille de Tonia (Varykino) située près de la ville de Iouratine dans l’Oural.

-Leur fuite, dans un train bondé et constamment intercepté, vers l’Oural, où ils espèrent trouver un refuge à Varykino, dans l’ancienne propriété de la famille de la mère de Tonia (Krüger).

-C’est au cours de ce voyage que, interpellé comme suspect, Iouri est présenté à celui dont il ne sait pas qu’il est le mari de Lara, Pavel Antipov, qui, resté vivant et revenu du front sans se faire connaître de sa femme, s’est engagé dans la guerre civile et est devenu sous le nom de Strelnikov un dirigeant implacable des formations de l’armée rouge dans l’Oural. BP en fait le personnage du révolutionnaire, antipode du poète.

* * *

-Dans leurs bagages, ils ne gardent que ce qui peut faire l’objet d’un troc (sel et tabac) (Q 449). Tonia change un lièvre rôti contre une serviette (Q 458).

-Voyage en train. Neige partout . Certains sont nu-pieds (277). Le train s’arrête sans raison (Q 465). Tout le monde est réquisitionné pour dégager la voie (Q 465) ;

-Avant le départ, Iouri et Tonia allèrent admirer une dernière fois, la beauté de la voie ferrée libérée (293) ;

-« On ne trouve pas la solution en restant fidèle aux formes mais en s’en libérant » (313) ;

-Strelnikov passe en train blindé spécial.

 

II

Huitième partie – L’arrivée (323-349)

-IJ et sa famille s’installent dans la maison abandonnée du domaine. IJ écrit des poèmes et des articles de journal. Le printemps arrive et la famille se prépare à travailler à la ferme.

***

-« Le marxisme, je ne connais pas de courant de pensée qui soit plus éloigné des faits » (329) ;

-La philosophie de Iouri : « On n’arrive à rien par la violence. on ne mène au bien que par le bien » (332) ;

 

Neuvième partie – Varykino (350-384)

-IJ se rend à Iouratine pour utiliser la bibliothèque publique où il aperçoit Lara. Quand il lève les yeux pour lui parler, elle est partie. Il obtenait l’adresse de son domicile grâce à un formulaire qu’elle a remis au bibliothécaire. Lors d’une autre visite en ville, il se rend dans son appartement qu’elle partage avec sa fille. A la suite d’un nouveau hasard, devient son amant. Elle l’informe que Strelnikov est bien Pacha, son mari. Lors des visites suivantes de IJ à Iouratine, ils consomment leur relation. Ils se retrouvent régulièrement pendant plus de deux mois.

-Cette aventure amoureuse est interrompue par la capture du docteur par les partisans, qui ont besoin d’un médecin et le gardent prisonnier. IJ est enlevé par des hommes fidèles à Liveri, commandant de la confrérie de la forêt, une bande de partisans bolcheviks, pour être leur médecin.

-Lorsqu’il parvient à leur échapper sa femme Tonia, son tout jeune fils et son beau-père sont parvenus à quitter Varykino et ont été expulsés de Russie.

-Il est accueilli à Iouratine par Lara avec laquelle, suspect au nouveau pouvoir installé dans la petite ville, il trouve un refuge provisoire, à l’approche de l’hiver, dans la propriété abandonnée de Varykino, assiégée par la neige et le loups.

*  *  *

-Absolument toutes les femmes sont mères de grands hommes et ce n’est pas leur faute si leur fils les trahit ensuite (355) ;

-Conversations infinies sur l’art ;

-Le soir nous parlons de Pouchkine encore et encore (358) ;

-Nous relisons sans fin Eugène Onéguine et les loups (poèmes) (358) ;

-Les note de Iouri à Varykino (355) ;

-Iouri reconnaît Lara Antipova à la bibliothèque (366) ;

-les livres empruntés par Lara sont des précis de marxisme (368) ;

-Strelnikov est Antipov mon mari (377) ;

-Lara sur Strelnikov : « Tout ça, c’est par trop plein d’amour’ ;

-Il croulait sous le faix de la culpabilité (380) ;

-Une fois encore, il recevra des mains du créateur cette merveille blanche qui est l’œuvre de Dieu (383) ;

-L’homme est né pour vivre, pas pour se préparer à vivre (374) ;

 

Dixième partie – Sur la route de Sibérie (385-411)

Liveri est un vieux bolchevik dévoué et un leader très efficace. Liveri est un cocaïnomane et une grande gueule. Il ennuie IJ avec ses longues conférences sur les gloires du socialisme et sa victoire inévitable. IJ passe plus de deux ans avec Livéri et ses partisans, puis parvient finalement à s’échapper. Après un voyage de retour à Iouratine, effectué en grande partie à pied, IJ se rend en ville pour voir Lara en premier plutôt que d’aller à Varykino voir sa famille. En ville, il apprend que sa femme Tonia, ses enfants et son beau-père ont fui le domaine et sont rentrés à Moscou. De Lara, il apprend que Tonia a accouché d’une fille après son départ. Lara a assisté à la naissance. Elle et Tonia sont devenues des amies proches. IJ trouve en emploi et reste avec Lara et sa fille pendant quelques mois.

 

Onzième partie – Les frères de la forêt (412-439)

-Chez les partisans : l’hiver le typhus, l’été la dysenterie (415) ;

-Iouri est avec les partisans mais il est tenté de rallier les blancs qu’il connaît bien. Pour les autorités soviétiques, le symbole de la traîtrise.

 

Douzième partie – Le sorbier engivré (440-467)

-Le mutilé à qui on avait sectionné la jambe droite et le bras gauche que l’on avait attachés dans son dos (459) ;

-Polykha tue ses enfants et sa femme (463) ;

-Evasion de Iouri (466). Evocation de la baie de sorbier (466) ;

 

Treizième partie – En face de la maison aux effigies (468-518)

-Retour de Iouri à Iouratine.

-Discours de Sima sur la Grèce et l’ancien testament (Q 660) ;

-Un jour un habitant de la ville remet à IJ une lettre de Tonia écrite 5 mois plus tôt (Q 566). Tonia l’informe qu’elle va s’exiler avec les enfants. Elle dit « le problème , c’est que je t’aime et que tu ne m’aimes pas » et « Nous ne nous reverrons jamais ». C’est l’un des grands moments du livre : « je ne peux pas continuer, mon cœur éclate ». « Je ne t’accuse de rien, je ne te reproche rien, arrange ta vie comme tu le veux ». Lorsque IJ termine la lecture de la lettre, il s’évanouit.

-La déchéance commence : « l’époque était la confirmation du vieil adage : l’homme est un loup pour l’homme. il y eu des cas d’anthropophagie » (470) ;

* * *

-Iouri demande des ciseaux pour se couper la barbe à des couturières (478) ;

-La coiffeuse / couturière est la fille du garde barrière Mikoulitsyne (482) ;

-« Quelle merveille ta Tonia », dit Lara (493) ;

-Lara : « j’ai été cassée, il y a un faible en moi » (495) ;

-Le rôle de Komarovski dans le suicide du père de Iouri (qui a sauté d’un train) (497) ;

-Lara parle de Strelnikov et montre combien il a changé : « il est l’incarnation de la pureté » (418) ;

-Lara explique le changement  avec la guerre, le meurtre est quotidien (501) ;

-Sur l’ancien et nouveau testament dans la liturgie (510)

-Sur la passion du Christ (512) ;

-La lettre de Tonia (514) (Q 666) ; elle est envoyée à l’adresse de Lara Antipova et mettra 5 ans à arriver. La lettre remercie Lara. Absence totale d’animosité.

 

Quatorzième partie – Varykino de nouveau (519-573)

Komarovski, le mauvais génie de Lara, réapparaît. Il est devenu un personnage important de la République d’Extrême Orient, Etat bourgeois créé en avril 1920 par les bolcheviks pour reprendre en mains la région de Vladivostok occupée par le Japon, et qui sera réintégré à la Russie soviétique en novembre 1922. Rejoignant son poste dans un train spécial, il fait un détour par Varykino et propose à Jivago et Lara de les mettre à l’abri des persécutions qui les menacent en les emmenant avec lui. K déclare, à tort, que Pacha Antipov est mort, ayant perdu les faveurs du parti. Affirmant que cela placerait Lara dans le collimateur de la Tcheka, il persuade IJ qu’il est dans on intérêt de partir à l’est. IJ convainc Lara de partir avec K en lui disant qu’il la rejoindra bientôt.

Jivago refuse mais laisse partir Lara en lui promettant de la rejoindre, tout en sachant, sans être capable de s’y opposer, que leur séparation est définitive. Lara ne retrouvera le poète que sur son lit de mort, dans une pièce où, revenue à Moscou après maintes péripéties, elle est entrée par un de ces hasards qui, selon BP, sont la signature de la providence. Telle est la conclusion tragique de la brève idylle des deux amants.

L’idylle trouve l’épilogue qui lui donne son sens symbolique dans un dernier chapitre, confrontant les deux hommes qui ont aimé Lara : Jivago et Pavel Antipov (Strelnikov) : elle incarne pour eux la destinée féminine et, arbitre sans le vouloir le choix qu’ils ont fait pour elle. Resté seul dans leur refuge de Varykino, Iouri découvre Pavel Antipov, croisé naguère au cours de son voyage en Sibérie sous le masque du commissaire révolutionnaire Strelnikov, « le fusilleur », et qui, devenu suspect aux Bolcheviks, se cache et finira par se suicider. Mais auparavant, il passe de longues heures à évoquer avec Jivago le souvenir de Lara, telle qu’ils l’ont vue l’un et l’autre en 1905, incarnant la misère humaine et l’humiliation de la femme, qu’il faut arracher à son malheur et racheter. C’est pour elle, pour la venger, que Pavel Antipov s’est engagé dans la Révolution, qu’il est devenu « rasstrelnikov », le fusilleur, et qu’à présent, son engagement va le mener au suicide. « Et vous qu’avez-vous fait pour elle ? » demande-t-il à Jivago. Le poète, celui qui a choisi la création, et non l’action, ne répond rien. Sa réponse, en fait c’est le romancier qui l’apporte à sa place : c’est le roman lui-même, l’œuvre dans laquelle d’emblée il s’est mis tout entier et à laquelle il est prêt désormais à sacrifier sa vie.

Après avoir exprimé ses regrets pour la douleur qu’il a causée à son pays et à ses proches, Pacha se suicide. IJ retrouve son corps le lendemain matin.

* * *

-Tu comprends nous ne sommes pas dans la même position. Toi, tu as reçu des ailes pour t’envoler au-dessus des nuages ; moi qui suis femme pour me blottir contre terre et protéger mon enfant » (Q 685) ;

-“Vous êtes un outrage adressé à leur monde . Votre élimination est à l’ordre du jour », Komarovski à Iouri (521) ;

-Discours de Lara sur la responsabilité de l’homme et celle de la femme : « Toi tu as le droit d’hésiter, pas moi » (537) ;

-« Je suis ton esclave qui t’aime aveuglément » (538) ;

-La splendeur de la vie glacée (540) ;

-Iouri à Varykino : « Seigneur et tout cela est pour moi. Pourquoi tant de bienfaits ? Comment m’a-t-on admis auprès de toi ? » (541) ;

-3 heures du matin. Tout le monde est endormi. Il rédige. Il entend un « son triste et lugubre » et voit des loups. Les loups (542) (Q 690) ; les loups symbolisent la force ennemie qui s’était donnée

-Iouri écrit des poèmes - exprimer une émotion (545) ;

-Seuls et sans armes, ils ne peuvent rester. Les loups (547) ;

-« Il devenait lentement fou » (560) (Q 703) ;

-« L’art tragique raconte le bonheur d’exister » ; Tout art est un récit sur le bonheur d’exister (Q 705) ;

-Discussion avec Iouri : elle était celle qui met le siècle en question, qui porte l’accusation. Cette pensée aux aguets (569) ;

-Suicide de Strelnikov (573);

 

Quinzième partie – La fin (574-619)

-Iouri retourne à Moscou. il est à pied. Le typhus fait rage. Il mange les grains de seigle crus sur le bord de la route. (Q 718). Les mulots pénètrent dans les manches lorsqu’il dort au bord de la route (Q717). Il traverse des villages incendiés. Il retrouve Vassia Veretenniki ;

-Après son retour à Moscou au printemps 1922 au début de la NEP, la santé de Iouri décline. Il se laisse aller, il cesse de voir ses amis et tombe progressivement dans la misère;

-Il s’éprend de la fille de Markel Chtapov avec laquelle il a deux enfants ; ils tombent dans une sorte de misère volontaire : ils scient du bois pour le locataire d’un immeuble (Q 731) ;

-Il a de nombreux projets d’écritures qu’il ne terminera jamais ;

-Il quitte sa nouvelle famille et ses amis pour vivre seul à Moscou et travailler à son écriture. On peut voir dans le fin solitaire de Jivago une forme de suicide ;

-Il meurt d’une crise cardiaque en prenant le tramway ;

-Lara retourne en Russie pour apprendre la mort de son mari et assista aux funérailles de IJ ;

-Elle persuade le demi-frère de IJ, Evgraf Jivago, qui est maintenant général du NKVD, de l’aider à retrouver la fille qu’elle a conçue avec IJ et qu’elle a abandonnée dans l’Oural ;

-Lara disparaît. On la croit arrêtée pendant le grande purge de Staline et elle meurt au Goulag , « un numéro sans nom sur une liste qui a ensuite été égarée » ;

-Iouri n’aura jamais connu la fille qu’il a eue avec Lara.

* * *

-tomber toujours plus bas (576)

-les champs à l’abandon, les villages incendiés (576, 578) ;

-Iouri retrouve Vassia Drykine qui avait voyagé avec lui dans le wagon (579) ;

-Vassia imprime les fascicules écrits par Iouri (584) ;

-Iouri rompt avec Vassia et tombe dans la misère (586-587) ;

-Iouri retrouve Markel Chtapov, le concierge des Gromeko devenu intendant sous les Rouges  (586-587) ;

-« Qu’est-ce que j’y peux si tu as eu tout faux. il ne fallait pas filer en Sibérie. Nous, on a tout supporté et on s’en est sorti. Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même » (589) ;

-Marina Chtapova devient la troisième femme de Iouri (590) ;

-Marina a deux filles de Iouri, Kapka (Kapitolina) et Klachka (Klavdia) (591)

-Gordon et Doudorov réapparaissent. Doudorov est revenu de rélégation (592-593);

-« vivre, c’est s’élancer vers la perfection et l’atteindre » (596) (Q 735) ;

-Gordon et Doudorov se lancent à la recherche de Iouri (597) ;

-Iouri décide de s’isoler (ce qui est une nouvelle folie pour Marina) (598) ; Il fait savoir qu’il désire rester seul afin de pouvoir se consacrer entièrement à ses affaires (Q 737). Il abadonne efemme et enfant

-Iouri retrouve son demi-frère Evgraf Jivago : disparaître un instant, c’était l’idée de Evgraf (599) ;

-Retour à Moscou en 1922 (600) ;

-Mort de Iouri à la descente d’un tramway : la dame en mauve, c’est Melle Fleury (605), la première personne à avoir saisi l’existence d’une romance entre Iouri et Lara ;

-« Son œuvre de penseur et de poète avait encore plus d’amis inconnus »  (606) ;

-Discussion entre Lara et Evgraf (610). Lara apprend que Strelnikov (Antipov) s’est suicidé (611) (Q 748) ;

Espérer et agir, c’est une obligation dans le malheur » (613) ;--

-Lara se signe devant le cercueil de Iouri (615) ; Lara reste immobile et enveloppe le cercueil de son corps (Q 752). Là encore moment de grande émotion.

-« Adieu mon fleuve rapide et profond » (617)

-« Il ne restait personne. L’un était mort , l’autre s’était tué. Seul était encore en vie celui qu’il aurait fallu tuer (614) ;-Un jour Lara disparaît : il est probable qu’elle mourut ou disparut (619) ;

 

Seizième partie – Epilogue (620 -638)

-Pendant la seconde guerre mondiale, les vieux amis du docteur, Nika Doudorov et Micha Gordon, se retrouvent. L’une de leurs discussions porte sur une blanchisseuse locale nommée Tania, une orpheline de guerre et sa ressemblance avec Iouri et Lara. Tania raconte aux deux hommes l’enfance difficile qu’elle a eue, car sa mère l’a abandonnée pour épouser Kamarowski. Plus tard, les deux hommes se retrouvent autour de la première édition des poèmes de IJ.

-La mort de Kristina (Q 760).

-Décadence apparente d’un homme dont les vers , retrouvés par ses amis après sa mort, disent l’angoisse, le remords, l’émerveillement devant le monde. il s’identifie à Hamlet  et, à travers Hamlet, au Christ.

Ses amis associent à son recueil poétique posthume  au pressentiment d’une délivrance prochaine que leur apportera la fin de la guerre.

 

Dix-septième partie – Poèmes de Iouri Jivago (639-677)

1 Hamlet

Hamlet est chargé de venger la mort de son père assassiné. La mort d’Hamlet est le triomphe du bien sur le mal. Il a vengé son père et ne souffre plus.

2 Mars

3 Semaine sainte

4 Nuit blanche

5 Eaux printanières

6 Explication

7 Eté en ville

8 Le vent

9 Griserie du houblon

10 L’été des bonnes femmes

11 Les noces

12 L’automne

13 Un conte

14 Août

15 Nuit d’hiver

16 Séparation

17 Apparition

18 L’étoile de Noël

19 L’aube

20Le miracle

21 La terre

22 Jours de malheur

23 La Madeleine (I)

24 La Madeleine (II)

25 Le jardin de Gethsémani

5.                   LA métaphore de la résurrection

-Le thème de la résurrection est présent en ce sens que le monde (et au sein du monde, le mal) a la capacité de renaître en toutes choses et en tout individu ici et maintenant. La résurrection n’est pas un avenir lointain et hypothétique : elle est au milieu de nous ;

-On peut voir dans le docteur Jivago un grand roman christique : Le psaume talisman est le psaume 90 :

Toi qui habites au secret du très haut,

Toi qui loges à l’ombre d’El Chaddaï

Dis à Yahvé : mon abri et ma forteresse

mon Dieu en qui je me confie

(21)             -Le Psaume 90 énonce la bonne garde qu’assure El Chadaï à celui qui se confie en lui :

Il délivre des files de l’oiseleur,

Il guérit de la peste meurtrière

Il libère de la frayeur de la nuit,

Il sauve de la flèche qui vole le jour

(22)             -Commentaire de la phrase de saint Paul (épitres aux Galates, 3-28) selon laquelle au royaume de Dieu, il n’y a plus ni Grecs, ni juif, ni esclave, ni homme libre , car tous vous êtes un en Jésus Christ. Veut-il seulement dire que tous sont égaux devant Dieu ? Non, les philosophes de la Grèce le savaient avant lui. mais il dit : « Dans ce nouveau type de relations humaines qui se nomme royaume de Dieu, il n’y a pas de peuples, il y a des personnes » (HH 165, Q 358) ;

(23)             -« la nuit d’hiver » : poème critiqué par le régime pour être érotique.

6.                   JUDAISME

-Micha Gordon (10 ans) : « Que signifie être juif ? Pourquoi cela existe-t-il ? Qu’est-ce qui récompense ou justifie ce défi désarmé, qui n’apporte que des chagrins ? » (23);

-Youri : « Aussi loin que remontaient ses souvenirs, il n’avait jamais cessé de demander avec étonnement comment, avec les mêmes bras et les mêmes jambes, on pourrait être autre chose que tous les autres et par-dessus le marché quelque chose qui ne plaisait guère et qu’on n’aimait pas » (23).

-Michel Gordon adulte trouvera la solution, la seule qui paraîtra efficace et raisonnable : la conversion. La figure du Christ marque la rupture avec le monde antique et la naissance d’une ère nouvelle : c’est la voie choisie par BP :

« Depuis cet instant, les peuples et les dieux ont cessé d’exister et l’homme a commencé » (62-63).

-Védéniapine : « Jusqu’ici on a considéré que ce qui importait le plus dans l’Evangile, c’étaient les maximes morales et les règles contenues dans les commandements. Pour moi l’essentiel est ce que le Christ a exprimé en paraboles tirées de la vie courante, éclairant la vérité par la lumière du quotidien » (533).

-Iouri fait cesser des brimade infligées par un cosaque à un viellard juif (Q 354) ;

7.                   DIVERS

8.                   Première apparition du mot goulag en littérature (623) ;

Traduction : n’est-ce pas vrai (611) ;

Sur la révolution, le jour de congé décadaire (614) ;

FAMILLES

(24)             IOURI – TONIA GROMEKO (Antonina Alexandrovna): Alexander (Sachenka) automne 1915 et Maria (Macha) printemps 1921

(25)             LARA - PAVEL (PACHA) ANTIPOV (STRELNIKOV) : KATIA (KATENKA)

(26)             IOURI – MARINA CHTCHAPOV (fille de Markel) : Kapitolina (Kapka) et Klavdia (Klachka).

(27)             IOURI – LARA : SACHA

f

CARACTERES

(28)             Lara – Larissa Fiodorovna

-« petite fille d’un autre milieu »

-L’intrusion de Komarovski dans la vie de Lara n’avait suscité de sa part que du dégoût (Q 280) ;

-Est-ce qu’on humilie quand on aime ? (Q 281) ;

-La révolte contre l’offense subie ;

-Cette façon de ne jamais reprocher quoi que ce soit à personne ; de ne se plaindre qu’en se taisant ;

-La femme du révolutionnaire Antipov qui incarne à la fois :

le trouble et la paix ;

(le lien et la rupture ;

-le danger et le refuge ;

-la mort et la vie.

Symbole : les baies rouges du sorbier.

(29)             Jivago

-Il s’identifie à Hamlet, et, à travers Hamlet, au Christ.

-Devant Anna Ivanovna Gromeko, sa belle-mère, il improvise une conférence sur la résurrection : « l’immortalité, c’est votre vie présente dans celle des autres » (Q 301).

-Iouri n’est décrit nulle part « un inconnu au nez retroussé qui n’avait rien de particulier », HH 169), sauf par Lara (première rencontre à l’hôpital (355) ;

 

(30)             Oncle Nicolaï Vedeniapine

Prêtre défroqué qui ignore si Dieu existe et à quoi il sert mais qui a choisi de rester fidèle au Christ. Devenu éditeur.

(31)             Strelnikov (le fusilleur) Pavel Antipov

-Brillant intelectuel qui a quitté l’Oural où il était professeur et vivait avec Lara et leur fille depuis trois ans, pour fuir un chagrin d’amour (l’ombre de la présence de Komarowski et s’engager sur le front -Antipov veut changer l’ordre du monde, transformer la vie et créer par la violence un monde où la femme ne sera plus soumise, avilie et exploitée par le pouvoir de l’argent.

-Victime d’une dénonciation mensongère : je me suis terré, j’ai eu faim (Q 708).

-Il voulait venger Lara de tout ce qu’elle avait souffert. 6 ans seul. je devais d’abord acquérir la liberté (Q 712).

 

CONCLUSION

(32)             Jivago : Pasternak idéalisé : celui qu’il aurait voulu être. Dans son imperfection, celui qu’il aurait voulu être.

(33)             Roman sur la division entre l’évidence de la beauté du monde et le principe de destruction qui l’habite.

-Contre le mal, le révolutionnaire prétend changer la vie et ne fait que perpétuer la violence (Strelnikov est devenu un ange exterminateur) ;

-Le poète sait que la vie ne peut être sauvée que par la création : c’est sa mission qu’il doit remplir jusqu’au sacrifice, semblable à celui du Christ sur la Croix. Les poèmes explicitent l’inspiration chrétienne de l’ouvrage, centré sur le thème de la résurrection et de l’immortalité ;

(34)             Au moulin terrible de l’histoire, s’oppose ainsi le moulin de la poésie et c’est celui-ci qui, en définitive, emporte la victoire et fait des cimetières un champ impérissable.

(35)             C’est le roman de la pulvérisation des liens qui ne sont sauvés que par le hasard et deviennent des croisements de destins. L’amour de Jivago pour Lara : la réponse à ceux qui ont dévasté l’authenticité du monde.

 

*

*        *



[1]              « When to the sessions of sweet silent thought

               I summon up remembrance of things past

I sigh the lack of many a thing I sought

And with old woes new wail my dear time’s waste”

[2]              « Il embrassait une dernière fois, comme pour un adieu, les nuages et les arbres » (236). Voir également p. 251 sur la ferveur féérique de la nuit.

[3]              C’est la traduction éditée en folio et en Pleïade.

 

 

 

 

 

 

 

Présentation du docteur Jivago

Réunion du Square du 20 juin 2024

 

 

 

Les chiffres renvoient à la traduction de Hélène Henry

Les chiffres précédés de « Q » se réfèrent à l’édition QUARTO (qui reprend la traduction initiale, également reprise par FOLIO et La Pléiade).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[20 juin 2024]

1.                   Introduction

La première anecdote

-1937. Congrès des écrivains soviétiques. Période de répression terrible. Les gens tombaient comme des mouches. Les amis de BP se réunissent autour de lui et lui disent :  « si tu parles pendant le Congrès, ils vont t’arrêter, et si tu ne parles pas, ils t’arrêteront tout de même pour insubordination ironique ». Deux mille personnes étaient présentes. Jdanov, le bras droit de Staline pour les questions culturelles, connu pour sa cruauté, était présent sur l’estrade. Le congrès dura 3 jours et tous les discours disaient : « Merci au frère Staline, merci au père Staline ». BP ne dit pas un mot. Au 3ème jour ses amis lui dirent :  « Quoi que tu fasses, ils vont t’arrêter. S’il te plaît, peut-être pourrais-tu dire quelque chose, quelque chose que nous pourrons garder en nous quand tu seras en prison ». BP se lève, se rend au pupitre et dit un seul mot : un numéro : 30.

Sur ce, 2000 personnes se levèrent et récitèrent la traduction en russe du sonnet n° 30 de Shakespeare[1]. BP avait traduit en russe ce sonnet et les Russes disent aujourd’hui encore que c’est, avec ceux de Pouchkine, l’un des grands textes de la langue russe, mais c’est du Shakespeare. Et BP ne fut pas arrêté.

Cela voulait dire : « Vous ne pouvez pas nous toucher, vous ne pouvez pas détruire la langue russe, vous ne pouvez pas détruire le fait que nous sachions par cœur ce que Pasternak nous a donnés ».

Cela montre également l’extraordinaire place de la poésie dans la culture russe et la place de la poésie dans un roman comme le docteur Jivago.

 

La deuxième anecdote.

En 1945, Tatiana Gneditch, grande traductrice russe, a été condamnée à 10 ans de camp de redressement par le travail pour « trahison de la patrie ». Pendant sa détention, elle traduit Don Juan le poème de Lord Byron de 17.000 vers, de mémoire alors qu’elle n’a ni le texte original ni dictionnaire ni papier et en respectant les règles de prosodie russes. C’est le sujet d’un livre « La traductrice » de Efim Etkind. On est ici en présence d’une performance surhumaine, voire inhumaine, typiquement russe.

Cette place de la poésie dans la culture russe et cette passion pour la poésie ne se retrouvent pas seulement dans les poèmes qui ferment le livre. Au dernier chapitre (épilogue), Gordon et Doudorov amis d’enfance de Iouri feuillettent le recueil des poèmes de Iouri et le texte nous dit : ils en savaient la moitié par cœur. Jivago dit : « nous relisons sans fin Eugène Onéguine et les longs poèmes » (355).

2.                   INTRODUCTION

(1)                Le docteur Jivago, c’est l’histoire du docteur Iouri Jivago, médecin et poète.

(2)                Cette histoire commence sous la Russie impériale alors que Iouri, fils d’une grande famille bourgeoise libérale est déjà orphelin de son père, et assiste à l’enterrement de sa mère alors qu’il a 11 ans.

(3)                Cette histoire se termine avec sa mort en descendant d’un tram à Moscou en 1929, alors qu’il est tombé dans la misère et dans la folie après avoir abandonné tous ses proches – et après que son amour Lara lui a été dérobée par l’ancien séducteur et protecteur de celle-ci (Komarowski).

(4)                Ce qui frappe avant même de relater l’histoire qui a traversé la première moitié du XXème siècle :

-Iouri est pris dans le chaos de l’histoire de la Russie de 1903 à 1929 avec un épilogue se rapportant à la grande guerre patriotique de 1945 (le roman traverse donc la fin de la Russie impériale, la grande grève de 1905, la Révolution de février 1917, la Guerre civile, première guerre mondiale, Révolution bolchevique, les purges) ;

-Iouri est pris dans une deuxième tourmente qui est celle de sa passion pour Lara qu’il rencontre alors qu’elle est infirmière dans un hôpital militaire alors qu’il est lui-même marié avec la fille d’une famille d’intellectuels qui l’a recueilli à Moscou et qui a été élevée avec lui (Tonia, qui finira par le quitter pour Paris) et alors que Lara est elle-même mariée avec un fils d’ouvrier qui deviendra un personnage important du régime bolchevique et qui se suicidera.

(5)                -Iouri est un homme ordinaire, ce n’est pas un héros, il a des accès de lâcheté. Il se débat avec les circonstances, avec sa conscience.

(6)                -Comme le montrent les 25 poèmes in fine, et l’épilogue du roman où ses amis d’enfance récitent ses poèmes, Iouri est un poète.

-D’abord un poète lyrique : véritablement amoureux de la nature[2]. Alors qu’il traverse la Sibérie dans des conditions terribles, il est capable de s’enthousiasmer pour un paysage de neige, de décrire les arbres ;

[Que] l’on a parfois envie de se

défaire de cette parole humaine,

Pompeuse et médiocre, désespérante,

Pour retrouver la nature

Qui ne se tait qu’en apparence (p. 183).

-Pour Pasternak, seule la nature est préservée et préserve des horreurs du monde, que ce soit les arbres, la neige ou les vaches dans un pré ; BP confronte l’expérience lyrique du monde aux injonctions pressantes de l’histoire ; p. 616 : « Jamais, jamais, même aux minutes du bonheur le plus prodigue, le plus éperdu, ils ne perdaient mémoire de ce qui plus que tout élève et ravit : « Le sentiment bienheureux qu’ils aidaient eux aussi à façonner la beauté du monde, qu’ils avaient un rapport profond avec toute la beauté, avec l’univers entier » (partie 15/15).

 

-Ensuite un poète qui célèbre la vie et l’idéal chrétien. Il voit dans le fait de rebondir, de renaître après chaque échec ou chaque faiblesse, une forme de résurrection. La vie est pour lui une forme de résurrection permanente; JIVA est du vieux russe qui veut dire ressuscité, renaissance : Jivago veut dire le vivant. Il est celui qui tombe et qui renaît à chaque fois (voir p. 192 : « Chaque homme est revenu à la vie, une nouvelle naissance tout le monde est transformé, régénéré »);

-Les deux thèmes sont liés : le poète sait que la vie ne peut être défendue que par la création : « il n’est de peine au monde que la neige ne puisse apaiser ». Sa mission est de défendre la vie et la création jusqu’au sacrifice, comme celui du Christ sur la croix ;

-Ce que BP entend par résurrection, c’est la capacité qu’a le monde de renaître en toutes choses et la capacité qu’a le mal de renaître en bien ; il conteste l’interprétation traditionnelle de la résurrection : « où irait-on mettre tous ces vivants ces morts, multitudes rassemblées au cours de millénaires ? » (Q300) ;

-Le docteur Jivago est la trajectoire d’une lente glissade vers le néant : fils d’une grande famille bourgeoise libérale , il est entré dans la révolution comme dans une ascèse. Iouri se meurt dans la déchéance physique et sociale. C’est cette déchéance qui l’assimile au Christ, alors qu’il est réduit à la déchéance et à la mendicité ;

-Le message est : « on n’arrive à rien par la violence et on ne parvient au bien que par le bien » (332) ;

-Le livre est parsemé de références bibliques :

-l’ânesse de Balaam à propos d’un sourd-muet qui se met à parler (Q 378). Voir le livre des Nombres;

-les références à l’apocalypse de Jean qui prophétise qu’un déluge de sang se déchainera et recouvrira tout. Le déluge, c’est la Révolution ;

-« au Royaume de Dieu, il n’y a ni Grec ni esclave ».Voir l’épitre de Paul aux Galates (165).

(7)                -Iouri est l’homme des contrastes : sa vie est faite d’actes extraordinairement courageux et de terribles faiblesses mais il n’y a pas de place pour la vie rétrécie de petit bourgeois ;

(8)                -Le docteur Jivago n’est pas un roman à thèse, parce qu’il n’y a pas de parole définitive : Vedeniapine, oncle de Iouri, est un philosophe idéaliste chrétien, Gordon, l’ami d’enfance, est le juif converti, Pavel Antipov (Strelnikov, le mari de Lara, est le révolutionnaire fanatique surnommé l’ange exterminateur (Strelnikov veut dire le fusilleur), Lara, est la déclassée, Evgraf Jivago, le demi-frère est l’énigme, Komarovski, l’incarnation du mal. En ce sens, c’est un roman polyphonique où il n’y a pas une voix qui l’emporte sur les autres. BP n’a jamais admis que l’art puisse obéir à des impératifs politiques ;

(9)                -Le docteur Jivago est aussi un roman d’amour : c’est la lecture la plus évidente : Iouri a trouvé un second amour dans une maison abandonnée au milieu de l’Oural à Varykino et Lara lui est dérobée par Komarowski, qui avait poussé son père au suicide. Le mari de Lara, le révolutionnaire Strelnikov finit par se suicider à Varykino après une discussion avec Iouri. p. 515 : « la Révolution a tout détruit mais l’amour subsiste ».

(10)             C’est un roman sur la solitude. Les liens entre les hommes se dissolvent et ne renaissent que par une série de coïncidences ;

(11)             Enfin, le destin de Iouri reflète le destin de proches de Pasternak, et notamment de Marina Tsvetaïeva et Olga Ivinskaïa.

3.                   BORIS PASTERNAK

(12)             Né en 1890 sous la Russie impériale, BP est le fils d’un peintre connu portraitiste préféré de Tolstoï, la mère est pianiste. Ils sont amis de Scriabine, Tolstoï, Rilke. Il fera d’abord des études de musique et composera une sonate à l’âge de 13 ans, puis abandonnera au motif qu’il n’a pas l’oreille absolue mais il jouera du piano toute sa vie. Il se tourne ensuite vers des études de philosophie et de langues. Il passe un an en Allemagne. Il sera un très grand traducteur (Shakespeare, Keats, Schiller, Goethe (Faust), Verlaine). Même à l’époque stalinienne, ses traductions seront publiées sans interruption et grâce à ces traductions (les traducteurs russes étaient rémunérés au nombre de mots traduits), il ne sera jamais dans le besoin.

(13)             Enfant, il a assisté à des cruautés commises par les cosaques du tsar et a d’abord approuvé la révolution bolchevique à laquelle il assiste adolescent. Il parle des décrets de la révolution de 1917 comme une « magnifique chirurgie, un eux, trois et on vous excise artistement les vieilles plaies fétides ». Il faisait grand cas de deux conquêtes soviétiques : « la liquidation du profit personnel et celle de l’humiliation de la femme ». Il a été un moment donné le « premier poète ». Il s’éloignera du régime avec l’arrestation de Boukharine en 1935. L’arrestation de Boukharine dissipera ses illusions et il deviendra un opposant silencieux.

(14)             BP est d’abord un poète. Sa passion est la poésie dans un pays où la poésie joue un tout autre rôle qu’en France. Depuis Pouchkine, la poésie est immensément populaire en Russie pour plusieurs raisons : L’une des raisons tient aux règles de poétique - très strictes – rendant les poèmes faciles à retenir. Il publiera un recueil en 1922, Ma Sœur, la vie, qui est encore lu aujourd’hui.

(15)             En 1946, il entreprend de rédiger un grande fresque historique, son unique roman. Il mettra 10 ans à l’écrire.

(16)             On raconte qu’il correspondait avec l’Occident avec des cartes postales car il était persuadé que le KGB ne contrôlait pas les cartes postales dont le contenu était toujours accessibles. En fait le KGB contrôlait.

(17)             L’histoire de la publication du Docteur Jivago est elle-même un roman. En 1956, les deux principales revues littéraires russes refusent de l’éditer. BP remet son manuscrit à un journaliste italien qui le fait publier par Feltrinelli qui était pourtant un éditeur communiste et qui le publie malgré les menaces de Togliatti, le chef du parti communiste italien. Le roman est publié en français l’année suivante grâce à quatre jeunes universitaires slavistes qui traduisent le roman à 8 mains sans signer la traduction par peur de se voir refuse des visas pour aller en Russie. BP, qui était francophone, chantera les louanges de cette traduction[3].

(18)             BP a obtenu le Nobel en 1958 qu’il a d’abord accepté puis refusé sous la pression des autorités russes. Craignant de ne pas pouvoir retourner en Russie s’il va chercher son prix, il écrit à Kroutchev : « je suis à la Russie par ma naissance, par ma vie, par mon travail. Je ne conçois pas d’en être séparé, ou de vivre en dehors d’elle ». Les autorités russes ont en quelque sorte contribué à donner au livre une dimension politique qu’il n’avait pas, et à faire du Docteur Jivago un succès planétaire. La CIA a même fait circuler sous le manteau en Russie des exemplaires du docteur Jivago qu’elle avait fait éditer en petit format.

(19)             Alors qu’il était marié en secondes noces, il a rencontré une femme Olga Invinskaïa, qui aurait servi de modèle à Lara. Le roman fait écho à sa situation d’homme marié vivant avec une autre femme.

(20)             Il meurt en 1960 après avoir été victime d’une terrible campagne de dénigrement (« il a vécu toute sa vie dans notre poésie comme un porc à l’abri d’un chêne »), même par ses meilleurs amis écrivains, et après avoir été exclu de l’Union des écrivains. Il ne sera jamais déporté contrairement à Olga Invinskaïa qui ne sera libérée qu’en 1964. Ses poèmes seront interdits de publication. Le roman ne sera publié en Russie qu’en 1988 avec la perestroika. BP aura navigué toute sa vie entre les menaces et les honneurs.

4.                   RESUME

Le roman est surprenant à trois égards

-D’abord par ce que le docteur n’est au centre de l’action que lors de la seconde partie du livre ;

-Ensuite parce qu’il faut s’acclimater aux différentes formes que peuvent prendre les prénoms : le russe a ici la même flexibilité que l’italien (pensons à Lorenzaccio pour Lorenzo), souplesse que la langue française ne connaît pas ;

-Enfin, le film donne une image trompeuse du film : Varykino est en Oural, non dans la steppe plate et désertique que suggère le film tourné en Finlande. Contrairement au film, le livre n’a rien de romantique. La romance, la séduction joyeuse est absente du livre qui est avant tout le récit d’un effondrement.

 

Introduction

-L’intrigue s’organise autour de trois cercles qui se recoupent :

-Le premier cercle, c’est la famille Jivago/Gromeko

Iouri, orphelin, on l’a vu, est recueilli par son oncle maternel Vedeniapine. Il est pris en charge par la famille Gromeko et va être élevé avec leur fille Tonia, comme si c’était sa sœur. Fin 1911, c’est Tonia qu’il va épouser et dont il aura deux enfants.

Informée de la liaison de Iouri avec Lara et sans nouvelles de lui, Tonia lui envoie une lettre qui met 5 ans à lui parvenir - p. 514) et le quitte pour Paris avec les enfants. C’est l’un des moments forts du livre (partie 13/18). Ils ne se reverront jamais.

Iouri apprend que son père (qui a dilapidé sa fortune) a été acculé au suicide par une affairiste du nom de Komarowski qui est précisément le personnage qui a tenté de séduire et maltraité Lara.

 

-Le second cercle, c’est le famille GUICHARD

Veuve d’un industriel belge, Amalia Guichard, française, a deux enfants, Rodion et Lara. Leur « bienfaiteur » est Viktor Komarowski qui a conseillé son mari et qui a eu une relation avec Amalia. Komarowski s’intéresse à Lara adolescente qu’il va harceler, flatter et séduire. Lara est finalement dégoutée.

A un bal de Noël chez les Sventiski, Lara a l’intention de tuer Kowarowski mais blesse un procureur . C’est grâce à l’entregent de Komarowski qu’elle échappe à toutes poursuites.

Lara quitte la maison et est éducatrice chez les Vologridov où elle est à l’abri de Komarowski pendant 3 ans.

Elle fait la connaissance de Pacha et rêve d’aller avec lui en Oural où ils travailleraient comme professeurs et créeraient un foyer. Lara reconnaît la grandeur de Pacha et sa pureté morale qui le distingue de Komarowski.

En 1912, elle épouse Pacha Antipov. Appelé sous les drapeaux, Pacha deviendra un révolutionnaire fanatique avant de se suicider après avoir rencontré Iouri à Varykino où il pensait retrouver Lara mais Lara était déjà partie. La confession de Pacha à Iouri avant de mourir est un autre grand moment du livre (partie 14/17) ;

 

Le troisième cercle, c’est la famille TIVERSINE et le jeune Pacha ANTIPOV qui vit chez les Tiversine. Marfa Tiversina et Pacha assistent à la répression par les dragons.

 

-Le début du roman comporte les signes avant-coureurs de l’effondrement :

         -les orages au cimetière annoncent un temps d’épreuve (Q 19) ;

-le suicide d’Andreï Jivago, le père de Iouri ;

-un cheminot, le mari de Tiverzina, est brûlé vif à son poste (Q 246) ;

-une jeune fille est séduite par un avocat affairiste libidineux (Komarovski) ;

-le jeune Doudorov est en barque, il tombe à l’eau (Q 250) ;

-la saleté de l’hôtel du Monténégro (Q 253) ;

-la mère de Tonia, la femme de Iouri, meurt prématurément, elle s’empoisonne (Q 293) ;

-les ouvriers du rail Moscou Kazan font grève (Q 257) ;

-le Commissaire Hintz est assassiné par les déserteurs (Q 201) ;

-le vieux cheminot ivrogne Khoudeleïev frappe ses apprentis (261) ;

-le massacre par les dragons. Tout devient rouge (Q 268) ;

-Moscou affamée (HH 226) ;

-Ostromyslenski dépense l’argent destinée à l’entretien de Ioura (Q 272) ;

-les femmes en fuite dans la taïga : « c’étaient de jeunes mères qui n’avaient plus de raison. elles abandonnaient leur enfant sur le chemin, vidaient la farine des sacs et rebroussaient chemin. plutôt une prompte mort qu’une longue agonie affamée » (HH 450 (12-5). Même les vaches devenaient folles.

Le docteur Jivago, c’est le destin désordonné d’un médecin dont la première épouse, Tonia, émigrera sans lui, tandis qu’il reste en régime bolchevique, qu’il connaît un amour bouleversant avec une femme, Lara, dont le mari, Strelnikov se suicidera, chef bolchevique bientôt liquidé par la Révolution qu’il a servi

Plus tard, Lara est arrêtée et Iouri rentré à Moscou dans la misère, se mettra en ménage avec une lingère et mourra, pris d’une attaque dans un tramway.

C’est l’histoire de la décadence apparente d’un homme dont les vers, retrouvés par ses amis après sa mort disent l’angoisse, le remord et l’émerveillement devant le monde. il s’identifie à Hamlet et, à travers Hamlet, au Christ.

Je suis la cible des ténèbres

Cent jumelles sont braquées sur moi,

S’il se peut encore, Abba, mon père,

Cette coupe écarte la de moi.

Le poème Hamlet reprend un vieux diction russe : Vivre, ce n’est pas traverser un champ.

 

Première partie – L’express de cinq heures (23-43)

Russie impériale 1902. Iouri assiste à l’enterrement de sa mère, Maria Nikoleivna Jivago ; Abandonné par son père, IJ a été recueilli par son oncle maternel Vedeniapine, un philosophe et ancien prêtre orthodoxe. Le père de IJ était autrefois un riche membre de la noblesse marchande moscovite mais il a dilapidé la fortune familiale en Sibérie en se livrant à la débauche et à la fête.

La première scène décrit l’enterrement de la mère de Iouri : le cortège funèbre, les chants rythmés par les pas de la foule, la mise en terre, et la vision finale de l’enfant de dix ans gravissant la tombe comme s’il voulait faire un discours.

Dès cette première scène, le tableau du monde humain s’inscrit dans une image de l’univers (le souffle du vent). Cette présence du cosmos est encore plus sensible dans la scène suivante, qui décrit la tempête de neige réveillant le petit garçon dans le monastère voisin du cimetière où il passe la nuit avec son oncle et tuteur, le philosophe Nicolas Vedeniapine, au lendemain de l’enterrement de sa mère.

Scènes d’un grand lyrisme : notamment quant Iouri enfant entend la voix de sa mère morte dans la voix des oiseaux et des abeilles (Q 242). Le petit garçon qui ordonne aux arbres de s’immobiliser (Q 248).

Une dernière scène nous présente un troisième garçonnet, Nika Doudorov, confié par sa mère à l’intendant, qui se souvient de l’aventure qui lui est arrivée la veille, lorsque, tombé à l’eau en luttant avec l’adolescente Nadia, fille du propriétaire, qu’il croit détester, il éprouve pour la première fois une émotion, qu’il ne sait pas identifier.

L’été suivant, IJ a 11 ans. il se rend avec Vedeniapine à Duplyanka, la propriété de Kologrivov, un riche marchand de soie.

Ils rendent visite à Voskobolnikov qui est un intellectuel qui vit dans la maison de l’intendant ; Kologrivov étant absent. Les filles de Kologrivov vivent également sur le domaine (Nadia et Lipa) ; ainsi que Nika Doudorov qui est le fils d’un terroriste condamné. Vedeniapine et Voskoboinikov s’aperçoivent qu’un train s’est arrêté à un endroit inattendu. Dans le train, un garçon de 11 ans Micha Gordon, fils d’un avocat juif, , voyage avec son père. Un homme qui parlait avec son père dans le train, s’enivre et se suicide en sautant du train. Le père de Micha tire le signal d’urgence. La police arrive. De la victime, nous apprendrons qu’il est le père du petit Iouri.

 

Deuxième partie – Une petite fille d’un autre monde (44 – 93)

Pendant la guerre russo japonaise, Amélie Guichard arrive à Moscou en provenance de l’Oural avec ses deux enfants Rodion et Lara. Le défunt mari de Mme Guichard était un Belge travaillant comme ingénieur pour les chemins de fer et était ami de Viktor Komarowski. K les installe dans des chambres de l’hôtel miteux Montenegro, inscrit Rodion à l’école des cadets et Lara dans un lycée de filles. L’école de filles est la même que celle où va Nadia Kologrivov. Sur les conseils de K, Amélie investit dans un atelier de couture. malgré la liaison qu’il entretient avec Amélie, K séduit Lara à l’insu de sa mère.

Début octobre, les ouvriers de la ligne de chemin de fer Moscou-Brest se mettent en grève. Le contremaître de la gare est Pavel Feraponvich Antipov. Son ami, Kipriane Savelievich Tiverzine est appelé dans un atelier du chemin de fer et empêche un ouvrier de battre un apprenti (Ossip Galioline). La police arrête Pavel Feraponvich pour son rôle dans la grève. Le fils de Pavel Feraponvich, Pavel Pavlovich (Pacha) Antipov vient vivre avec Tiverzine et sa mère. La mère de Tiverzine et Pavel participent à une manifestation qui est attaquée par les dragons, mais ils survivent et rentrent chez eux. Alors que les manifestants s’enfuient, Vedeniapine se tient dans un appartement de Moscou à la fenêtre et regarde les gens s’enfuir.

En janvier 1906, les Gromeko organisent un récital de musique de chambre chez eux. L’un des interprètes est un ami d’Amélie Guichard et son voisin à l’hôtel Montenegro.

Amélie a pris du poison. Elle est hors de danger. Elle dit: « heureusement toute cela était des bétises ». Les garçons remarquent une fille endormie sur une chaise. C’est Lara. C’est la première fois que IJ la voit. K sort de derrière un rideau et pose une lampe sur la table à côté de la chaise de Lara. La lumière la réveille et celle-ci partage un moment d’intimité avec K, sans savoir que IJ et Micha la regardent. Ils échangent des regards complices, heureux que leur secret n’ait pas été découvert et qu’Amélie ne soit pas morte. Micha murmure à Iouri que l’homme qu’ils observent est le même que celui qui a soûlé son père dans le train peu avant le suicide de ce dernier.

L’intrusion de Komarovski dans la vie de Lara n’avait suscité de la part de Lara que du dégoût (Q 280). Est-ce qu’on humilie quand on aime ? (Q 281).

 

Troisième partie – L’arbre de Noël des Sventitski (94-127)

En novembre 1911, Anna Ivanovna Gromeko tombe gravement malade d’une pneumonie. Iouri, Micha et Tonia étudient pour devenir respectivement médecin, philologue et avocate. IJ apprend que son père a eu un enfant, Evgraf de la princesse Stolbunova-Enrizzi. Le récit revient au printemps 1906. Lara est de plus en plus tourmentée par l’emprise de K sur elle. Elle trouve un travail de gouvernante dans la famille Kologrivov. Au cours de sa quatrième année chez les Kologrivov, Lara reçoit la visite de son frère Rodion. Il a besoin de 700 roubles pour couvrir une dette il a perdu l’argent collectée pour faire un cadeau (Q 307). Lara indique qu’elle va essayer de trouver l’argent et demande en échange le revolver de cadet de Rodia ainsi que quelques cartouches . Elle obtient l’argent de Kologrivov. Elle ne peut rembourser son emprunt car elle utilise son salaire pour aider Pacha et son père qui vit en exil. Vers Noël 1911, Lara décide de se séparer des Kologrivov et demande à K l’argent pour rembourser Kologrivov. Elle prévoit de tuer K avec le pistolet de Rodion s’il refuse de rembourser. Le 27 décembre elle se rend chez K mais apprend qu’il est à une fête de Noël. Elle rend visite à Pacha et lui dit qu’ils devraient se marier toute de suite. IJ et Tonia se rendent chez les Sventistski. Lara arrive à la fête et ne connaît personne d’autre que K. Lara tire sur Kornakov, un procureur au lieu de K. (Kornakov a poursuivi un groupe de cheminots dont faisait partie Kiprian Tiverzin), le père adoptif de Pacha. IJ la reconnaît. Lara tire sans l’atteindre sur le séducteur dont elle veut se venger, sous les yeux de l’étudiant Iouri, invité à la fête avec sa fiancée Tonia, fille de sa famille adoptive. Celui-ci voit ainsi pour la seconde fois, sans la connaître, celle que la providence lui destine. C’est la DEUXIEME RENCONTRE (Q 317). Tonia lui dit qu’il doit rentrer d’urgence car quelque chose ne va pas avec Anna Ivanovna, qui est retrouvée morte.

* * *

-Les parfums des étendues qui l’entourent (109) ;

-L’art et l’apocalypse de Jean (126)

-Le cimetière où il avait pleuré petit enfant (* 127) ;

 

Quatrième partie – Vers l’inéluctable (128-172) [les échéances approchent]

K utilise ses relations politiques pour protéger Lara des poursuites judiciaires ;

-Les deux héros suivant chacun sa voie.

-Lara, que les démarches de Komarovski pour éviter le scandale ont mise à l’abri de la justice, épouse un camarade d’enfance, Pavel Antipov, fils d’ouvrier devenu étudiant en lettres, qui l’aime depuis l’adolescence. elle part avec lui en province pour enseigner.

-Lara et Pacha se marient (Q 330), ils obtiennent leur diplôme universitaire et partent pour Iouratine en train ; noter l’évocation des bateaux retournés dans les jardins de Iouratine (Q 341).

-De retour à Iouratine, les Antipov ont également leur premier enfant, Katenka. Bien qu’il aime profondément Lara, Pacha se sent de plus en plus étouffé par son amour. Afin de s’échapper, il se porte volontaire et intègre l’école militaire d’Omsk. Alors que tout leur sourit, il part.

-Lara commence à travailler comme enseignante à Iouratine. Sans nouvelle de Pacha, Lara s’engage comme infirmière et se fait nommer sur le front à la recherche de Pacha dans une ville de Galicie. Cette ville est celle où IJ travaille comme médecin militaire. En fait, Antipov a été fait prisonnier par l’armée austro-hongroise, mais est déclaré à tort disparu au combat.

-Iouri lui achève ses études de médecine et épouse sa camarade de jeux Tonia Gromenko, fille de sa famille adoptive, qui lui donne un fils.

-Mais le hasard va rapprocher Iouri et Lara : envoyé au front comme médecin militaire, Jivago, hospitalisé à la suite d’une blessure, est soigné par Lara, engagée comme infirmière pour retrouver son mari, volontaire disparu au cours d’une opération : Iouri se rapproche enfin de la « petite fille d’un pauvre milieu », cette inconnue qui a déjà frappé son imagination . Il vit à ses côtés dans un village du front les moments exaltants de l’été 1917, « où la révolution était un dieu descendu du ciel sur la terre, le dieu de cet été ». Cette troisième rencontre, fortuite comme les deux premières, marque plus nettement que jamais le rôle que joue le hasard, c’est-à-dire la providence, dans la succession des évènements.

 

-C’est le deuxième automne de la première guerre mondiale. IJ a épousé Tonia et travaille comme médecin dans un hôpital de Moscou. Tonia donne naissance à leur premier enfant, un fils.

-Blessé par un tir d’artillerie (« éclat de shrapnel ») (Q 360), IJ est envoyé dans un hôpital de campagne à Meliouzeïev où Lara est son infirmière. Galiouline se remet de ses blessures. Il est maintenant lieutenant dans l’unité de Pacha. Il informe Lara que Pacha est vivant mais elle en doute. Lara apprend à connaître IJ mais n’est pas impressionnée par lui (un inconnu au nez camus qui n’avait rien de remarquable, Q 362). A la fin de cette partie, on annonce à l’hôpital qu’il y a eu une révolution.

* * *

-les lampadaires projetant l’ombre bossue du cocher (131) ;

-Le mariage de Lara avec Pacha ;

-Le traitement des Juifs (161) (165) ;

-Au Royaume de Dieu, il n’y a ni Grec ni esclave (165) ;

-Lara retrouve Iouri à l’hôpital (168) ;

-Un inconnu au nez retroussé qui n’avait rien de particulier (169) (Q 362) ;

-la mort du mutilé Hammazeddine (Q 353) ;

-un cosaque humilie un vieux juif. Brimade que Iouri fait cesser (Q 354) ;

 

Cinquième partie – Adieu aux choses anciennes (173-214)

-Après sa guérison, IJ reste à l’hôpital en tant que médecin. Il est en contact avec Lara.

-Tous deux ainsi que Galiouline essaient d’obtenir la permission de partir et de rentrer chez eux.

-A Meliouzeïev, un commissaire du gvt provisoire récemment arrivé, Hinz, est informé qu’une unité militaire locale a déserté et campe dans une forêt défrichée voisine. Hinz décide d’accompagner une troupe de cosaques qui a été convoquée pour désarmer les déserteurs. Il pense pouvoir faire appel à la fierté des déserteurs en tant que « soldats de la première armée révolutionnaire du monde ». Un train de cosaques à cheval arrive et les cosaques entourent rapidement les déserteurs. Hinz entre dans le cercle des cavaliers et fait un discours aux déserteurs. Son discours se retourne contre lui. Les cosaques rengainent leurs sabres et fraternisent avec les déserteurs. Les officiers cosaques conseillent à Hinz de fuir, ce qu’il fait, mais il est poursuivi par les déserteurs et brutalement assassiné par eux à la gare.

-Peu avant son départ, IJ dit au revoir à Lara. il exprime son enthousiasme à l’idée que « le toit de toute la Russie a été arraché » et que tout le peuple se retrouve en pleine liberté. Il commence à dire à Lara maladroitement qu’il a des sentiments pour elle. Lara l’arrête et ils se séparent. Ils partent par des trains différents, elle pour Iouratine, et lui pour Moscou. Dans le train pour Moscou, IJ réfléchit au fait que le monde est devenu très différent et qu’il a « honnêtement essayé de toutes ses forces de ne pas aimer Lara ».

***

-L’humilité : il reconnaît ses fautes (175) ;

-Iouri énumère les précédentes rencontres à Tania (174) ;

-Tonia : « rejoins cette infirmière dont les destin était semé de tant de coïncidences » (175) :

-L’entremetteuse, Melle Fleury (178) ;

-Dernière entrevue entre Lara, Iouri avant le départ de Lara (192) ;

-L’ensauvagement (209) ;

-Lara : cette façon de ne jamais retrouver quoi que ce soit à personne (209)

 

Sixième partie – Le bivouac moscovite (215-265)

-Le retour de Jivago démobilisé dans sa famille, avec laquelle il se trouve plongé dans les désordres et la violence d’octobre ;

-Tonia a dû céder une partie de la maison à l’Académie agricole ; « nous resterons sans bois, sans eau et sans lumière. On va abolir la monnaie, le ravitaillement ne se fera plus » ( 407).

-Petit banquet improvisé avec le canard acheté en route et l’alci=ool pharmaceutique trouvé par Gordon.

* * *

-Les vieillards vendent à la sauvette des choses dont personne n’a besoin (fleurs artificielles) (Q 402).

-Les rations dans le train : sucre à moitié fondu (216) ;

-Retour chez les Gromeko (217) ;

-Sachenka donne une baffe à Iouri (224) ;

-Moscou affamé (226) ;

-Iouri ne voyait aucun espoir ni pour lui-même ni pour son milieu.

-Il aurait perdu la raison sans les choses du quotidien, les tâches et les soucis. Il trouvait son salut dans sa femme ;

-Il savait qu’il n’était qu’un nain, eu égard du formidable mécanisme de l’avenir ;

-Il embrassait une dernière fois, comme pour un adieu, les nuages et les arbres (236) ;

-Hôpital de l’élévation de la Croix (242) ;

-Il trouve un homme inanimé sur le terroir (241) ;

-Edition spéciale de Pouvoir soviétique sur la dictature du prolétariat (247)

-Une femme est atteinte du typhus (256) ;

-Poème entre la résurrection et la mise au tombeau (264) ;

 

Septième partie – En chemin (266-318)

-Après la Révolution d’Octobre et la guerre civile russe, IJ et sa famille décident de s’enfuir en train pour l’ancienne propriété de la famille de Tonia (Varykino) située près de la ville de Iouratine dans l’Oural.

-Leur fuite, dans un train bondé et constamment intercepté, vers l’Oural, où ils espèrent trouver un refuge à Varykino, dans l’ancienne propriété de la famille de la mère de Tonia (Krüger).

-C’est au cours de ce voyage que, interpellé comme suspect, Iouri est présenté à celui dont il ne sait pas qu’il est le mari de Lara, Pavel Antipov, qui, resté vivant et revenu du front sans se faire connaître de sa femme, s’est engagé dans la guerre civile et est devenu sous le nom de Strelnikov un dirigeant implacable des formations de l’armée rouge dans l’Oural. BP en fait le personnage du révolutionnaire, antipode du poète.

* * *

-Dans leurs bagages, ils ne gardent que ce qui peut faire l’objet d’un troc (sel et tabac) (Q 449). Tonia change un lièvre rôti contre une serviette (Q 458).

-Voyage en train. Neige partout . Certains sont nu-pieds (277). Le train s’arrête sans raison (Q 465). Tout le monde est réquisitionné pour dégager la voie (Q 465) ;

-Avant le départ, Iouri et Tonia allèrent admirer une dernière fois, la beauté de la voie ferrée libérée (293) ;

-« On ne trouve pas la solution en restant fidèle aux formes mais en s’en libérant » (313) ;

-Strelnikov passe en train blindé spécial.

 

II

Huitième partie – L’arrivée (323-349)

-IJ et sa famille s’installent dans la maison abandonnée du domaine. IJ écrit des poèmes et des articles de journal. Le printemps arrive et la famille se prépare à travailler à la ferme.

***

-« Le marxisme, je ne connais pas de courant de pensée qui soit plus éloigné des faits » (329) ;

-La philosophie de Iouri : « On n’arrive à rien par la violence. on ne mène au bien que par le bien » (332) ;

 

Neuvième partie – Varykino (350-384)

-IJ se rend à Iouratine pour utiliser la bibliothèque publique où il aperçoit Lara. Quand il lève les yeux pour lui parler, elle est partie. Il obtenait l’adresse de son domicile grâce à un formulaire qu’elle a remis au bibliothécaire. Lors d’une autre visite en ville, il se rend dans son appartement qu’elle partage avec sa fille. A la suite d’un nouveau hasard, devient son amant. Elle l’informe que Strelnikov est bien Pacha, son mari. Lors des visites suivantes de IJ à Iouratine, ils consomment leur relation. Ils se retrouvent régulièrement pendant plus de deux mois.

-Cette aventure amoureuse est interrompue par la capture du docteur par les partisans, qui ont besoin d’un médecin et le gardent prisonnier. IJ est enlevé par des hommes fidèles à Liveri, commandant de la confrérie de la forêt, une bande de partisans bolcheviks, pour être leur médecin.

-Lorsqu’il parvient à leur échapper sa femme Tonia, son tout jeune fils et son beau-père sont parvenus à quitter Varykino et ont été expulsés de Russie.

-Il est accueilli à Iouratine par Lara avec laquelle, suspect au nouveau pouvoir installé dans la petite ville, il trouve un refuge provisoire, à l’approche de l’hiver, dans la propriété abandonnée de Varykino, assiégée par la neige et le loups.

*  *  *

-Absolument toutes les femmes sont mères de grands hommes et ce n’est pas leur faute si leur fils les trahit ensuite (355) ;

-Conversations infinies sur l’art ;

-Le soir nous parlons de Pouchkine encore et encore (358) ;

-Nous relisons sans fin Eugène Onéguine et les loups (poèmes) (358) ;

-Les note de Iouri à Varykino (355) ;

-Iouri reconnaît Lara Antipova à la bibliothèque (366) ;

-les livres empruntés par Lara sont des précis de marxisme (368) ;

-Strelnikov est Antipov mon mari (377) ;

-Lara sur Strelnikov : « Tout ça, c’est par trop plein d’amour’ ;

-Il croulait sous le faix de la culpabilité (380) ;

-Une fois encore, il recevra des mains du créateur cette merveille blanche qui est l’œuvre de Dieu (383) ;

-L’homme est né pour vivre, pas pour se préparer à vivre (374) ;

 

Dixième partie – Sur la route de Sibérie (385-411)

Liveri est un vieux bolchevik dévoué et un leader très efficace. Liveri est un cocaïnomane et une grande gueule. Il ennuie IJ avec ses longues conférences sur les gloires du socialisme et sa victoire inévitable. IJ passe plus de deux ans avec Livéri et ses partisans, puis parvient finalement à s’échapper. Après un voyage de retour à Iouratine, effectué en grande partie à pied, IJ se rend en ville pour voir Lara en premier plutôt que d’aller à Varykino voir sa famille. En ville, il apprend que sa femme Tonia, ses enfants et son beau-père ont fui le domaine et sont rentrés à Moscou. De Lara, il apprend que Tonia a accouché d’une fille après son départ. Lara a assisté à la naissance. Elle et Tonia sont devenues des amies proches. IJ trouve en emploi et reste avec Lara et sa fille pendant quelques mois.

 

Onzième partie – Les frères de la forêt (412-439)

-Chez les partisans : l’hiver le typhus, l’été la dysenterie (415) ;

-Iouri est avec les partisans mais il est tenté de rallier les blancs qu’il connaît bien. Pour les autorités soviétiques, le symbole de la traîtrise.

 

Douzième partie – Le sorbier engivré (440-467)

-Le mutilé à qui on avait sectionné la jambe droite et le bras gauche que l’on avait attachés dans son dos (459) ;

-Polykha tue ses enfants et sa femme (463) ;

-Evasion de Iouri (466). Evocation de la baie de sorbier (466) ;

 

Treizième partie – En face de la maison aux effigies (468-518)

-Retour de Iouri à Iouratine.

-Discours de Sima sur la Grèce et l’ancien testament (Q 660) ;

-Un jour un habitant de la ville remet à IJ une lettre de Tonia écrite 5 mois plus tôt (Q 566). Tonia l’informe qu’elle va s’exiler avec les enfants. Elle dit « le problème , c’est que je t’aime et que tu ne m’aimes pas » et « Nous ne nous reverrons jamais ». C’est l’un des grands moments du livre : « je ne peux pas continuer, mon cœur éclate ». « Je ne t’accuse de rien, je ne te reproche rien, arrange ta vie comme tu le veux ». Lorsque IJ termine la lecture de la lettre, il s’évanouit.

-La déchéance commence : « l’époque était la confirmation du vieil adage : l’homme est un loup pour l’homme. il y eu des cas d’anthropophagie » (470) ;

* * *

-Iouri demande des ciseaux pour se couper la barbe à des couturières (478) ;

-La coiffeuse / couturière est la fille du garde barrière Mikoulitsyne (482) ;

-« Quelle merveille ta Tonia », dit Lara (493) ;

-Lara : « j’ai été cassée, il y a un faible en moi » (495) ;

-Le rôle de Komarovski dans le suicide du père de Iouri (qui a sauté d’un train) (497) ;

-Lara parle de Strelnikov et montre combien il a changé : « il est l’incarnation de la pureté » (418) ;

-Lara explique le changement  avec la guerre, le meurtre est quotidien (501) ;

-Sur l’ancien et nouveau testament dans la liturgie (510)

-Sur la passion du Christ (512) ;

-La lettre de Tonia (514) (Q 666) ; elle est envoyée à l’adresse de Lara Antipova et mettra 5 ans à arriver. La lettre remercie Lara. Absence totale d’animosité.

 

Quatorzième partie – Varykino de nouveau (519-573)

Komarovski, le mauvais génie de Lara, réapparaît. Il est devenu un personnage important de la République d’Extrême Orient, Etat bourgeois créé en avril 1920 par les bolcheviks pour reprendre en mains la région de Vladivostok occupée par le Japon, et qui sera réintégré à la Russie soviétique en novembre 1922. Rejoignant son poste dans un train spécial, il fait un détour par Varykino et propose à Jivago et Lara de les mettre à l’abri des persécutions qui les menacent en les emmenant avec lui. K déclare, à tort, que Pacha Antipov est mort, ayant perdu les faveurs du parti. Affirmant que cela placerait Lara dans le collimateur de la Tcheka, il persuade IJ qu’il est dans on intérêt de partir à l’est. IJ convainc Lara de partir avec K en lui disant qu’il la rejoindra bientôt.

Jivago refuse mais laisse partir Lara en lui promettant de la rejoindre, tout en sachant, sans être capable de s’y opposer, que leur séparation est définitive. Lara ne retrouvera le poète que sur son lit de mort, dans une pièce où, revenue à Moscou après maintes péripéties, elle est entrée par un de ces hasards qui, selon BP, sont la signature de la providence. Telle est la conclusion tragique de la brève idylle des deux amants.

L’idylle trouve l’épilogue qui lui donne son sens symbolique dans un dernier chapitre, confrontant les deux hommes qui ont aimé Lara : Jivago et Pavel Antipov (Strelnikov) : elle incarne pour eux la destinée féminine et, arbitre sans le vouloir le choix qu’ils ont fait pour elle. Resté seul dans leur refuge de Varykino, Iouri découvre Pavel Antipov, croisé naguère au cours de son voyage en Sibérie sous le masque du commissaire révolutionnaire Strelnikov, « le fusilleur », et qui, devenu suspect aux Bolcheviks, se cache et finira par se suicider. Mais auparavant, il passe de longues heures à évoquer avec Jivago le souvenir de Lara, telle qu’ils l’ont vue l’un et l’autre en 1905, incarnant la misère humaine et l’humiliation de la femme, qu’il faut arracher à son malheur et racheter. C’est pour elle, pour la venger, que Pavel Antipov s’est engagé dans la Révolution, qu’il est devenu « rasstrelnikov », le fusilleur, et qu’à présent, son engagement va le mener au suicide. « Et vous qu’avez-vous fait pour elle ? » demande-t-il à Jivago. Le poète, celui qui a choisi la création, et non l’action, ne répond rien. Sa réponse, en fait c’est le romancier qui l’apporte à sa place : c’est le roman lui-même, l’œuvre dans laquelle d’emblée il s’est mis tout entier et à laquelle il est prêt désormais à sacrifier sa vie.

Après avoir exprimé ses regrets pour la douleur qu’il a causée à son pays et à ses proches, Pacha se suicide. IJ retrouve son corps le lendemain matin.

* * *

-Tu comprends nous ne sommes pas dans la même position. Toi, tu as reçu des ailes pour t’envoler au-dessus des nuages ; moi qui suis femme pour me blottir contre terre et protéger mon enfant » (Q 685) ;

-“Vous êtes un outrage adressé à leur monde . Votre élimination est à l’ordre du jour », Komarovski à Iouri (521) ;

-Discours de Lara sur la responsabilité de l’homme et celle de la femme : « Toi tu as le droit d’hésiter, pas moi » (537) ;

-« Je suis ton esclave qui t’aime aveuglément » (538) ;

-La splendeur de la vie glacée (540) ;

-Iouri à Varykino : « Seigneur et tout cela est pour moi. Pourquoi tant de bienfaits ? Comment m’a-t-on admis auprès de toi ? » (541) ;

-3 heures du matin. Tout le monde est endormi. Il rédige. Il entend un « son triste et lugubre » et voit des loups. Les loups (542) (Q 690) ; les loups symbolisent la force ennemie qui s’était donnée

-Iouri écrit des poèmes - exprimer une émotion (545) ;

-Seuls et sans armes, ils ne peuvent rester. Les loups (547) ;

-« Il devenait lentement fou » (560) (Q 703) ;

-« L’art tragique raconte le bonheur d’exister » ; Tout art est un récit sur le bonheur d’exister (Q 705) ;

-Discussion avec Iouri : elle était celle qui met le siècle en question, qui porte l’accusation. Cette pensée aux aguets (569) ;

-Suicide de Strelnikov (573);

 

Quinzième partie – La fin (574-619)

-Iouri retourne à Moscou. il est à pied. Le typhus fait rage. Il mange les grains de seigle crus sur le bord de la route. (Q 718). Les mulots pénètrent dans les manches lorsqu’il dort au bord de la route (Q717). Il traverse des villages incendiés. Il retrouve Vassia Veretenniki ;

-Après son retour à Moscou au printemps 1922 au début de la NEP, la santé de Iouri décline. Il se laisse aller, il cesse de voir ses amis et tombe progressivement dans la misère;

-Il s’éprend de la fille de Markel Chtapov avec laquelle il a deux enfants ; ils tombent dans une sorte de misère volontaire : ils scient du bois pour le locataire d’un immeuble (Q 731) ;

-Il a de nombreux projets d’écritures qu’il ne terminera jamais ;

-Il quitte sa nouvelle famille et ses amis pour vivre seul à Moscou et travailler à son écriture. On peut voir dans le fin solitaire de Jivago une forme de suicide ;

-Il meurt d’une crise cardiaque en prenant le tramway ;

-Lara retourne en Russie pour apprendre la mort de son mari et assista aux funérailles de IJ ;

-Elle persuade le demi-frère de IJ, Evgraf Jivago, qui est maintenant général du NKVD, de l’aider à retrouver la fille qu’elle a conçue avec IJ et qu’elle a abandonnée dans l’Oural ;

-Lara disparaît. On la croit arrêtée pendant le grande purge de Staline et elle meurt au Goulag , « un numéro sans nom sur une liste qui a ensuite été égarée » ;

-Iouri n’aura jamais connu la fille qu’il a eue avec Lara.

* * *

-tomber toujours plus bas (576)

-les champs à l’abandon, les villages incendiés (576, 578) ;

-Iouri retrouve Vassia Drykine qui avait voyagé avec lui dans le wagon (579) ;

-Vassia imprime les fascicules écrits par Iouri (584) ;

-Iouri rompt avec Vassia et tombe dans la misère (586-587) ;

-Iouri retrouve Markel Chtapov, le concierge des Gromeko devenu intendant sous les Rouges  (586-587) ;

-« Qu’est-ce que j’y peux si tu as eu tout faux. il ne fallait pas filer en Sibérie. Nous, on a tout supporté et on s’en est sorti. Tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même » (589) ;

-Marina Chtapova devient la troisième femme de Iouri (590) ;

-Marina a deux filles de Iouri, Kapka (Kapitolina) et Klachka (Klavdia) (591)

-Gordon et Doudorov réapparaissent. Doudorov est revenu de rélégation (592-593);

-« vivre, c’est s’élancer vers la perfection et l’atteindre » (596) (Q 735) ;

-Gordon et Doudorov se lancent à la recherche de Iouri (597) ;

-Iouri décide de s’isoler (ce qui est une nouvelle folie pour Marina) (598) ; Il fait savoir qu’il désire rester seul afin de pouvoir se consacrer entièrement à ses affaires (Q 737). Il abadonne efemme et enfant

-Iouri retrouve son demi-frère Evgraf Jivago : disparaître un instant, c’était l’idée de Evgraf (599) ;

-Retour à Moscou en 1922 (600) ;

-Mort de Iouri à la descente d’un tramway : la dame en mauve, c’est Melle Fleury (605), la première personne à avoir saisi l’existence d’une romance entre Iouri et Lara ;

-« Son œuvre de penseur et de poète avait encore plus d’amis inconnus »  (606) ;

-Discussion entre Lara et Evgraf (610). Lara apprend que Strelnikov (Antipov) s’est suicidé (611) (Q 748) ;

Espérer et agir, c’est une obligation dans le malheur » (613) ;--

-Lara se signe devant le cercueil de Iouri (615) ; Lara reste immobile et enveloppe le cercueil de son corps (Q 752). Là encore moment de grande émotion.

-« Adieu mon fleuve rapide et profond » (617)

-« Il ne restait personne. L’un était mort , l’autre s’était tué. Seul était encore en vie celui qu’il aurait fallu tuer (614) ;-Un jour Lara disparaît : il est probable qu’elle mourut ou disparut (619) ;

 

Seizième partie – Epilogue (620 -638)

-Pendant la seconde guerre mondiale, les vieux amis du docteur, Nika Doudorov et Micha Gordon, se retrouvent. L’une de leurs discussions porte sur une blanchisseuse locale nommée Tania, une orpheline de guerre et sa ressemblance avec Iouri et Lara. Tania raconte aux deux hommes l’enfance difficile qu’elle a eue, car sa mère l’a abandonnée pour épouser Kamarowski. Plus tard, les deux hommes se retrouvent autour de la première édition des poèmes de IJ.

-La mort de Kristina (Q 760).

-Décadence apparente d’un homme dont les vers , retrouvés par ses amis après sa mort, disent l’angoisse, le remords, l’émerveillement devant le monde. il s’identifie à Hamlet  et, à travers Hamlet, au Christ.

Ses amis associent à son recueil poétique posthume  au pressentiment d’une délivrance prochaine que leur apportera la fin de la guerre.

 

Dix-septième partie – Poèmes de Iouri Jivago (639-677)

1 Hamlet

Hamlet est chargé de venger la mort de son père assassiné. La mort d’Hamlet est le triomphe du bien sur le mal. Il a vengé son père et ne souffre plus.

2 Mars

3 Semaine sainte

4 Nuit blanche

5 Eaux printanières

6 Explication

7 Eté en ville

8 Le vent

9 Griserie du houblon

10 L’été des bonnes femmes

11 Les noces

12 L’automne

13 Un conte

14 Août

15 Nuit d’hiver

16 Séparation

17 Apparition

18 L’étoile de Noël

19 L’aube

20Le miracle

21 La terre

22 Jours de malheur

23 La Madeleine (I)

24 La Madeleine (II)

25 Le jardin de Gethsémani

5.                   LA métaphore de la résurrection

-Le thème de la résurrection est présent en ce sens que le monde (et au sein du monde, le mal) a la capacité de renaître en toutes choses et en tout individu ici et maintenant. La résurrection n’est pas un avenir lointain et hypothétique : elle est au milieu de nous ;

-On peut voir dans le docteur Jivago un grand roman christique : Le psaume talisman est le psaume 90 :

Toi qui habites au secret du très haut,

Toi qui loges à l’ombre d’El Chaddaï

Dis à Yahvé : mon abri et ma forteresse

mon Dieu en qui je me confie

(21)             -Le Psaume 90 énonce la bonne garde qu’assure El Chadaï à celui qui se confie en lui :

Il délivre des files de l’oiseleur,

Il guérit de la peste meurtrière

Il libère de la frayeur de la nuit,

Il sauve de la flèche qui vole le jour

(22)             -Commentaire de la phrase de saint Paul (épitres aux Galates, 3-28) selon laquelle au royaume de Dieu, il n’y a plus ni Grecs, ni juif, ni esclave, ni homme libre , car tous vous êtes un en Jésus Christ. Veut-il seulement dire que tous sont égaux devant Dieu ? Non, les philosophes de la Grèce le savaient avant lui. mais il dit : « Dans ce nouveau type de relations humaines qui se nomme royaume de Dieu, il n’y a pas de peuples, il y a des personnes » (HH 165, Q 358) ;

(23)             -« la nuit d’hiver » : poème critiqué par le régime pour être érotique.

6.                   JUDAISME

-Micha Gordon (10 ans) : « Que signifie être juif ? Pourquoi cela existe-t-il ? Qu’est-ce qui récompense ou justifie ce défi désarmé, qui n’apporte que des chagrins ? » (23);

-Youri : « Aussi loin que remontaient ses souvenirs, il n’avait jamais cessé de demander avec étonnement comment, avec les mêmes bras et les mêmes jambes, on pourrait être autre chose que tous les autres et par-dessus le marché quelque chose qui ne plaisait guère et qu’on n’aimait pas » (23).

-Michel Gordon adulte trouvera la solution, la seule qui paraîtra efficace et raisonnable : la conversion. La figure du Christ marque la rupture avec le monde antique et la naissance d’une ère nouvelle : c’est la voie choisie par BP :

« Depuis cet instant, les peuples et les dieux ont cessé d’exister et l’homme a commencé » (62-63).

-Védéniapine : « Jusqu’ici on a considéré que ce qui importait le plus dans l’Evangile, c’étaient les maximes morales et les règles contenues dans les commandements. Pour moi l’essentiel est ce que le Christ a exprimé en paraboles tirées de la vie courante, éclairant la vérité par la lumière du quotidien » (533).

-Iouri fait cesser des brimade infligées par un cosaque à un viellard juif (Q 354) ;

7.                   DIVERS

8.                   Première apparition du mot goulag en littérature (623) ;

Traduction : n’est-ce pas vrai (611) ;

Sur la révolution, le jour de congé décadaire (614) ;

FAMILLES

(24)             IOURI – TONIA GROMEKO (Antonina Alexandrovna): Alexander (Sachenka) automne 1915 et Maria (Macha) printemps 1921

(25)             LARA - PAVEL (PACHA) ANTIPOV (STRELNIKOV) : KATIA (KATENKA)

(26)             IOURI – MARINA CHTCHAPOV (fille de Markel) : Kapitolina (Kapka) et Klavdia (Klachka).

(27)             IOURI – LARA : SACHA

f

CARACTERES

(28)             Lara – Larissa Fiodorovna

-« petite fille d’un autre milieu »

-L’intrusion de Komarovski dans la vie de Lara n’avait suscité de sa part que du dégoût (Q 280) ;

-Est-ce qu’on humilie quand on aime ? (Q 281) ;

-La révolte contre l’offense subie ;

-Cette façon de ne jamais reprocher quoi que ce soit à personne ; de ne se plaindre qu’en se taisant ;

-La femme du révolutionnaire Antipov qui incarne à la fois :

le trouble et la paix ;

(le lien et la rupture ;

-le danger et le refuge ;

-la mort et la vie.

Symbole : les baies rouges du sorbier.

(29)             Jivago

-Il s’identifie à Hamlet, et, à travers Hamlet, au Christ.

-Devant Anna Ivanovna Gromeko, sa belle-mère, il improvise une conférence sur la résurrection : « l’immortalité, c’est votre vie présente dans celle des autres » (Q 301).

-Iouri n’est décrit nulle part « un inconnu au nez retroussé qui n’avait rien de particulier », HH 169), sauf par Lara (première rencontre à l’hôpital (355) ;

 

(30)             Oncle Nicolaï Vedeniapine

Prêtre défroqué qui ignore si Dieu existe et à quoi il sert mais qui a choisi de rester fidèle au Christ. Devenu éditeur.

(31)             Strelnikov (le fusilleur) Pavel Antipov

-Brillant intelectuel qui a quitté l’Oural où il était professeur et vivait avec Lara et leur fille depuis trois ans, pour fuir un chagrin d’amour (l’ombre de la présence de Komarowski et s’engager sur le front -Antipov veut changer l’ordre du monde, transformer la vie et créer par la violence un monde où la femme ne sera plus soumise, avilie et exploitée par le pouvoir de l’argent.

-Victime d’une dénonciation mensongère : je me suis terré, j’ai eu faim (Q 708).

-Il voulait venger Lara de tout ce qu’elle avait souffert. 6 ans seul. je devais d’abord acquérir la liberté (Q 712).

 

CONCLUSION

(32)             Jivago : Pasternak idéalisé : celui qu’il aurait voulu être. Dans son imperfection, celui qu’il aurait voulu être.

(33)             Roman sur la division entre l’évidence de la beauté du monde et le principe de destruction qui l’habite.

-Contre le mal, le révolutionnaire prétend changer la vie et ne fait que perpétuer la violence (Strelnikov est devenu un ange exterminateur) ;

-Le poète sait que la vie ne peut être sauvée que par la création : c’est sa mission qu’il doit remplir jusqu’au sacrifice, semblable à celui du Christ sur la Croix. Les poèmes explicitent l’inspiration chrétienne de l’ouvrage, centré sur le thème de la résurrection et de l’immortalité ;

(34)             Au moulin terrible de l’histoire, s’oppose ainsi le moulin de la poésie et c’est celui-ci qui, en définitive, emporte la victoire et fait des cimetières un champ impérissable.

(35)             C’est le roman de la pulvérisation des liens qui ne sont sauvés que par le hasard et deviennent des croisements de destins. L’amour de Jivago pour Lara : la réponse à ceux qui ont dévasté l’authenticité du monde.

 

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[1]              « When to the sessions of sweet silent thought

               I summon up remembrance of things past

I sigh the lack of many a thing I sought

And with old woes new wail my dear time’s waste”

[2]              « Il embrassait une dernière fois, comme pour un adieu, les nuages et les arbres » (236). Voir également p. 251 sur la ferveur féérique de la nuit.

[3]              C’est la traduction éditée en folio et en Pleïade.

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