- Nuées d’oiseaux blancs (1949/1952)
Par Mishima
« J’ai relu(…), qui m’a fait une impression
complètement différente de celle
ressentie à la première lecture. Il m’a semblé qu’il s’agissait presque d’un
roman satirique sur la cérémonie du thé et le raffinement à la japonaise, ce
qui m’a procuré un plaisir tout nouveau. »
Par Kawabata
Je ne m’attendais pas à une aussi bonne presse- sans doute
est-ce une façon de ménager la littérature japonaise qui passe, aux yeux des
étrangers, pour une curiosité. Mais le risque, c’est qu’une œuvre comme
celle-là soit considérée à tort comme un échantillon représentatif de la
littérature japonaise contemporaine. D’autre part, beaucoup de ces critiques
prennent la traductrice, pour un homme.
« Ce ballet qu’il n’avait jamais vu devenait pour lui
comme un art idéal, un rêve d’un autre monde, le paradis de l’harmonie et de la
perfection suprêmes, le triomphe de la pure esthétique. Bien que ce fût sous le
couvert de travaux de recherches, c’était en réalité son rêve que Shimamura
poursuivait au-delà des images et des livres occidentaux. Pourquoi risquer de
se heurter à des réalisations décevantes, affronter le ballet concrétisé en
spectacle, alors que son imagination lui offrait le spectacle incomparable et
infini de la danse rêvée. Il jouissait inépuisablement de délices
insurpassables à l’instar de l’amant idéal, cet amoureux sublime et platonique
qui n’a jamais rencontré l’objet de sa flamme. Mais là ne s’arrêtaient pas
toutes les satisfactions que Shimamura
tirait de cette disposition particulière, car s’il faut tout dire, l’oisif
qu’il était ne se voyait pas sans déplaisir accéder au monde littéraire, encore
qu’il ne prit vraiment au sérieux ni les travaux qu’il publiait de temps à
autre, ni leur auteur. »
L’inconstance des intimités entre les humains.
« Que peuvent bien donner, une fois traduite en langues
occidentales, des œuvres comme Pays de neige ou Nuée d’oiseaux blancs ? Il
semble que les éditeurs et les revues littéraires aient bien du mal à les
interpréter de façon plausible. »
Réponse de Mishima
Même les Américains sont loin d’être des imbéciles, et je
pense qu’ils comprendront ce qu’il y a à comprendre. Est-ce que ce ne sont pas
plutôt les Européens, avec leur rigidité d’esprit, qui manquent de la souplesse
nécessaire pour apprécier la littérature japonaise ?
- Tristesse et Beauté 61/65) adapté au cinéma
L’avis de Kawabata : « le réalisateur (Shinoda
Masahiro) vient d’en tirer un film qui m’a surpris. Est-ce vraiment ce type de
jeune fille que j’ai dépeint dans mon livre ? »
- Le grondement de la montagne
Les seize chapitres ont été publiés au long de cinq années sous
forme de nouvelles, dans huit revues différentes de1949 à 1954. Ce livre fait
partie d’une trilogie des « tragédies du sentiment humain » commencée
avec « pays de neige », suivi de « Nuée d’oiseaux blancs. Le
livre a reçu deux prix littéraires.
Méditation sur la mort et la solitude
L’histoire d’une famille à Kamakura après la seconde guerre
mondiale. Désarroi du personnage du père devant l’échec de sa famille.
Désemparé devant ses signes de vieillissement et le sens de ses rêves.
P.47 – description de la nuque d’Eiko
P.247 – description du charme juvénile et de la délicatesse
virginale de Kikuko
P.49 - … sentant un froid, une tristesse physique le gagner.
Il aurait souhaité la chaleur d’une autre peau. Il lui semblait approcher le
temps crucial de la vie – il semblait tâtonner à l’approche d’un impondérable à
déterminer.
P.119 – la vie conjugale est un affreux marécage qui finit
par engloutir les mauvaises actions de l’un ou l’autre.
P.218 – amorce des « belles endormies ». Quel
profond réconfort de tenir dans ses bras une jeune fille qui dormait
paisiblement. Le bonheur n’est peut-être que dans l’instant qui fuit.
P.222 – prolonger les souffrances d’une affreuse maladie,
c’est lamentable. S’il se savait condamné, du moins voudrait-il choisir son
heure.
P.243 – un beau couple, ça ne colle pas toujours, mais l’on
prend pitié d’un type moche quand la fille est belle. Laissons donc les beautés
aux vieillards.
P.244 – peut-être qu’une nouvelle guerre nous guette. Et
peut-être que la dernière nous obsède ! Elle est toujours en nous, comme
un spectre.
- Elégie (1932) par Mishima
C’est la première œuvre à construire, en se basant sur la
beauté et l’amour de la nature japonaise, des rêveries en pleine lumière, à
édifier une authentique « Grèce de l’Asie », et à nous éveiller à son
existence. Cette nouvelle nous fait percevoir en profondeur l’union du corps et
de l’âme. Les gens parlent de la « sensibilité de kawabata », de la
poésie de K., et devant ces appréciations je réprime toujours un sourire
railleur. Il ne s’agit pas que de poésie et de sensibilité. Dans votre œuvre la
chair, les sensations, l’esprit, l’instinct, tout ce qui relève du domaine
physique et spirituel se marie dans un subtil accord tacite, comme le ciel bleu
avec les nuages qui le teintent. Et le catalyseur de tout cela, c’est sans
doute le mystère de cette « tristesse » chuchotante, si familière aux
japonais. C’est la littérature d’un homme capable d’entrer vraiment en contact
avec la tristesse du « corps », la beauté du « corps », et
donc avec la chair de la divinité qui l’habite.
xxx
- Journal de ma seizième année
« Mon grand-père est comme un vieux kimono usagé et
défraîchi et plein de gros plis. Son visage a l’air de plus en plus inquiétant.
L’état de mon grand-père était encore plus effroyable que le souvenir que j’en
avais gardé. Ma mémoire n’avait cessé de
purifier son image. »
- Huile
« De la blessure causée par la mort précoce de mes
parents émanait du plus profond de moi un instinct combatif qui me poussait à
me dresser contre mon infortune. »
- Récits de la paume de
la main
Nouvelle de 1925 – Le culte d’O Nobo
« Il regarda la femme. Et sentit, pour la première
fois, la beauté de ce que l’on appelle désir. »
Nouvelle de 1926
Nous sommes bien malheureux d’être nés dans une époque sans
foi, où l’on ne réfléchit plus sur la vie après la mort.
« Joindre les mains » évoque un orphelin vivant à
la montagne, seul avec son grand-père aveugle. Deux choses lui étaient
impossibles par tempérament : dire merci en face et demander pardon en
face.
1928 – Tonnerre d’automne
« Ce que je ressentis en tout premier lieu au contact
de sa peau fut que la femme contenait quelque chose de la mère »
1930
Le maquillage vu au travers d’une fenêtre des toilettes.
L’une des filles pleure : « alors que grâce à cette fille je sentais
balayée l’hostilité à l’égard des femmes …à cet instant même, elle sortit
un petit miroir auquel elle adressa un sourire narquois, un seul, avant de
faire volte-face et de quitter les toilettes.
1932 – Le parapluie
« Ils avaient mûri soudain et s’en retournaient chez
eux comme un couple véritable. Et cela, à cause d’une chose
1964
Le père qui passe le nouvel an dans un hôtel, l’hôtel des
mirages, la chambre de neige.
- L’adolescent
Pour moi, ce menton blanc et doux ondulait dans le vide de
façon suggestive. Nous étions façonnés par l’habitude et hantés par le désir
d’être ensemble, mais ce n’était pas un amour homosexuel. Ai-je pu regarder une
seule fois un jeune et beau garçon ou une belle fille, sans éprouver de désir
charnel ?
- La danseuse d’Izu
(nouvelles)
La lune dans l’eau
La jeune femme utilise sa glace à main pour montrer à son
mari alité au premier étage, le potager. Elle y travaillait se sachant observée
- Lettres à mes parents
« Rares sont les occasions où un homme, se sent
bouleversé au point que l’image de quelqu’un vue de dos se grave profondément
dans sa mémoire. Le terrible vide que laissât en moi sa mort fut infiniment
plus facile à supporter que la tristesse de savoir qu’il allait mourir
(grand-père). »
- Le bras et la beauté
tôt vouée à se défaire
Même thème de l’impossibilité d’une relation pure et belle à
la réalité.
Dans le
premier : « on est si loin. On est toujours à la recherche
d’un soi inaccessible. Il y a quelque chose que je comprends mal chez les
femmes, c’est leur manière de s’abandonner.
- Pays de neige
35 ans d’écriture
Même situation de couple, mais là, c’est une personne
extérieure qui observe la femme en jouant avec l’effet de miroir de la vitre du
couloir.
Description de femme (Komako). Blanchissage « à la
neige » du Chigimi, toile de chanvre tissée. Inconstance des intimités
entre les humains. Fin bouleversante avec la mort de Yoko dans l’incendie.
- Nuées d’oiseaux
blancs
Lutte entre le fils d’un maître de thé avec son ancienne
maîtresse. Il tombe amoureux de sa dernière maîtresse langoureuse et
voluptueuse et hésite entre sa fille et la jeune femme présentée par la
première.
Description de la rondeur du bras au niveau de l’épaule. /
meurtre de Saburo : « cette plaisanterie qui a mal tournée,
n’est-elle pas l’aveu, d’une solitude insondable. Provoquer la mort n’était-ce
pas flirter avec la vie. »
Dans ce livre et la nouvelle Pluviers sur les vagues :
la même jeune fille symbolise la femme idéale car elle conserve sa virginité
- Le maître de go
Transition d’une époque (1938). Shusai, dernier maître à
l’ancienne. Né au début de l’ère Meiji.
Les règles du jeu étaient en harmonie avec le raffinement d’une époque. A
l’époque « souillée » de Kawabata, plus d’esthétisme. La partie dure
six mois dans des conditions violentes, avec des jeux scellés.
- Les belles endormies
Les belles endormies ne seraient-elles pas des sortes de
Bouddhas ? Peut-être apportent-elles aux tristes vieillards de cette
espèce pardon et consolation. Parce qu’il était homme, par moments, il tombait
dans le vide de la solitude, dans le dégoût de l’isolement. Mourir en excitant
la curiosité, en s’attirant les sarcasmes, n’était-ce pas une façon de finir en
beauté.
(Tsubaki)
(lire l’avis de Gabriel Garcia Marquez)
- Kyoto
Histoire de deux jumelles séparées à la naissance. L’une,
recueillie par les marchands de kimono. L’autre, par le propriétaire d’une
forêt de cryptomère. Description des fêtes, du travail des artisans (les
tisserands de ceinture de kimono sur les vieux métiers).
- Tristesse et beauté
Vengeance d’une amante jalouse et perverse.
- Les pissenlits
Histoire d’une jeune fille dont la vision de certaines
choses ou personnes s’efface. Le père trépignait à l’idée d’être privé du
festin de la vie, par un châtiment humain, conséquence de la responsabilité des
hommes dans la guerre.
Zen ; la voix des bambous montre le chemin, les fleurs
de pêcher illuminent l’esprit.



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