mercredi 11 octobre 2017

35EME REUNION - PHOTO, SYNTHESE DES DEBATS ET GENESE DU "RHINOCEROS"




Que chacun soit indulgent à la lecture de cet essai de synthèse. Dans le cours des échanges beaucoup de choses se perdent, notamment lorsqu’on participe soi-même aux débats !
N’hésitez pas à apporter des corrections ou des ajouts.

Nous nous sommes réunis à La Bastide Odéon le vendredi 6 Octobre 2017.
Ambiance chaleureuse comme d'habitude, même si les absents excusés nous ont manqué.
Merci à Monique et Claude pour leur sms.

Un livre difficile d’accès
Nous en sommes tous convenus : le livre de Calvino « Si une nuit d’hiver un voyageur » n’est pas d’un abord facile. Dès les premières pages, le lecteur se trouve surpris et désorienté.
D’une part, l’auteur s’adresse directement à lui en le tutoyant, établissant ainsi une étroite proximité entre le lecteur et l’auteur et d’autre part, il présuppose son comportement de lecteur se préparant à lire et commençant à lire, ce qui a rendu certains d’entre nous mal à l’aise. Puis les premières pages passées, le lecteur entre de plain-pied dans un roman dont la première scène se passe dans une gare. Mais le roman s’interrompt quelques pages plus loin et à nouveau l’auteur s’adresse au lecteur etc.
Certains d’entre nous ont assez vite renoncé, n’arrivant pas véritablement à entrer dans le livre, refusant de se perdre dans le labyrinthe créé par Calvino. L’un d’entre nous a d’ailleurs pris l’auteur au mot (p.40) en jetant le livre par terre.
D’autres ont éprouvé des difficultés, mais ils ont poursuivi coûte que coûte et finalement leur persévérance a payé.
Enfin, d’autres encore sont allés jusqu’au bout, soit parce qu’ils connaissaient déjà Italo Calvino et qu’ils avaient une certaine familiarité avec cet auteur inclassable, soit parce qu’ils ont découvert les clés qui permettent de mieux comprendre l’architecture et la finalité du récit.
L’une des caractéristiques principales du livre est qu’il tente d'intégrer le lecteur réel à la fiction en forçant son passage d'un univers extérieur à l'univers fictif. Ceci explique cette alternance entre scènes centrées sur le lecteur et la lecture et les incipits des dix romans commencés et interrompus.
Par conséquent, nous avons fait le constat que Calvino, comme Proust, Joyce, Virginia Woolf, Kafka, Gracq, Lobo Antunes et bien d’autres, est un écrivain qui écrit autrement, ce qui oblige le lecteur à lire autrement, comme l’a dit l’une d’entre nous. Pour accéder à l’œuvre littéraire, nous devons sortir de notre confort de lecture et aller chercher l’œuvre pour saisir son originalité. Mais pour ce faire, il faut que certaines conditions soient remplies : une disponibilité à la fois physique et mentale, un environnement favorable et un temps approprié.
Une participante a fait remarquer que ce type de livre pouvait être lu plusieurs fois et qu’à chaque nouvelle lecture, le lecteur fait des découvertes. « Si une nuit d’hiver un voyageur » est une œuvre extrêmement riche.

Le thème du livre
La question posée par Calvino est : Qu’est-ce que la lecture ? Quel est le rapport entre le livre et le lecteur, entre l’écriture et la lecture ?
C’est un thème très vaste. Calvino le traite en profondeur et de manière encyclopédique.
Mais le questionnement n’est pas philosophique, il a pour origine la situation dans laquelle le lecteur se trouve lorsqu’il se prépare à lire et lorsqu’il lit un roman.
Le sujet du livre, c’est nous en train de lire. C’est nous en quête du livre, nous en train de savourer le plaisir de lire.

Mais qu’est-ce qu’un livre ? Ou plus exactement qu’est-ce qu’un roman ?
Sur ce questionnement concernant l’œuvre créée, l’un d’entre nous a établi un parallèle avec le tableau de Magritte « ceci n’est pas une pipe » qui pose la question du rapport entre l’objet et sa représentation.
Finalement n’est-ce pas le lecteur qui crée le livre ?
Calvino semble avoir une réponse : l’auteur doit s’effacer devant le Lecteur. Mais encore faut-il que le lecteur se transforme.

La structure du livre
Dès le premier chapitre, on comprend que l’auteur juxtapose l’univers du lecteur et celui d’un roman.
Comme Agnès l’a indiqué le livre est divisé en douze chapitres.
Chaque chapitre jusqu’au chapitre X répétera la juxtaposition entre des pages consacrées au Lecteur, à son univers, à sa quête des romans à lire et à partager avec la Lectrice et l’incipit d’un roman.

A la fin du livre, le chapitre onze évoque différents processus de lecture tandis que le dernier chapitre (douze) clôt le livre par le mariage du Lecteur et de la Lectrice et par un retour au Lecteur en situation.

Le tableau suivant permet de mieux visualiser la structure du livre de Calvino :

TITRE DU ROMAN
AUTEUR
NATURE DU ROMAN
Si une nuit d’hiver un voyageur
Italo Calvino
Roman du brouillard
Loin de l’habitat de Malbork
Tazio Bazakbal
Roman des corps
Au bord de la côte à pic
Uro Ahti
Roman symbolique interprétatif
Sans craindre le vent et le vertige
Vorts Viljandi
Roman politico existentiel
Regarde en bas où l’ombre est plus noire
Bertrand Vandervelde
Roman cynico brutal
Dans un réseau de lignes entrelacées
Flannery
Roman de l’angoisse
Dans un réseau de lignes entrecroisées
Flannery
Roman logico géométrique
Sur le tapis de feuilles illuminées par la lune
Takakumi Ikoka
Roman de la perversion
Autour d’une fosse vide
Calixto Bandera
Roman tellurique primordial
Quelle histoire là-bas attend sa fin
Anatoly Anatolin
Roman apocalyptique

On remarque que chaque incipit est attribué à un auteur différent. En fait, il y a même des incertitudes sur le nom des auteurs. Le Lecteur s’y perd parfois, il ne sait plus qui a écrit quoi. Cela montre que le livre que lit le Lecteur est plus important que le nom de l’auteur.
Une autre idée avancée par Calvino, que nous avons évoquée, est que tous les livres lus par une personne pendant sa vie constituent un seul livre. C’est en quelque sorte le livre du Lecteur.
D’ailleurs nous avons observé que tous ces titres de romans qui s’interrompent après un chapitre forment ensemble une phrase et là bien sûr on retrouve les principes de l’Oulipo (Cf présentation par Agnès) : « Si une nuit d’hiver un voyageur loin de l’habitat de Malbork au bord de la côte à pic sans craindre le vent et le vertige regarde en bas où l’ombre est plus noire dans un réseau de lignes entrelacées dans un réseau de lignes entrecroisées sur le tapis de feuilles illuminées par la lune autour d’une fosse vide quelle histoire là-bas attend sa fin. »
En réalité, chaque roman se suffit à lui-même. C’est au Lecteur d’imaginer la suite. Certains d’entre nous se sont d’ailleurs pris au jeu.
Calvino classe les romans en dix catégories (colonne de droite du tableau) et certains commentateurs se sont amusé à rattacher à telle ou telle catégorie des romanciers du XIXème ou du XXème siècle. Mais il s"agit là d'un petit jeu dérisoire dont ne pouvait que se moquer Calvino, car l’important pour lui c’est le Lecteur.

Les personnages
Ils sont multiples puisqu’il y a dix incipits dans le livre. Ils se situent chacun dans des contextes ethniques et géographiques très différents. A noter toutefois que le patronyme de Kauderer apparaît dans trois incipits différents, mais les personnages n’ont rien de commun à l’exception de leur nom).
Dans ce livre, le personnage principal est sans nul doute le Lecteur, nous l’avons tous bien perçu. Tout le livre est centré sur lui et sur l’acte de lire et même sur le plaisir de lire (les passages sur le découpage des feuillets d’un livre assemblé à l’ancienne, sont un vrai régal). Au fur et à mesure des pages, un autre personnage prend de l’importance : la Lectrice.
Un dernier personnage représente l’archétype de la lectrice idéale Lotharia, qui est aussi la sœur de la Lectrice.

Le style de Calvino
-       L’humour
Autour de la table, nous avons tous été sensibles à l’humour d’Italo Calvino. Cet humour donne du recul à la lecture et ouvre le champ de la relativisation. Parfois cet humour va jusqu’au pastiche et à la caricature.
-       Une incroyable variété de styles littéraires
La maîtrise de l’écriture de l’écrivain apparaît dans chaque incipit où l’on trouve un vocabulaire, un style, une forme en relation avec la catégorie de roman visée.
Exemple pour le roman du brouillard : le Lecteur relève dans le texte toute une série d’indices de cette catégorie de roman :
-       « Un nuage de fumée cache une partie du premier alinéa »
-       « Une bouffée d’odeur de buffet de gare »
-       « Quelqu’un qui regarde à travers des vitres embuées »
-       « Tout est brumeux, même à l’intérieur… » etc.
Il en va de même pour les autres catégories du tableau ci-dessus.

Une matière très riche
Le livre de Calvino comme cela a été dit dans la présentation d’Agnès, fourmille de réflexions sur toutes les composantes de la création, de la traduction et de la fabrication et de la distribution d’un livre. Le champ de réflexion et d’analyse sur la lecture et le Lecteur est à la fois très vaste et très profond. C’est un livre qu’on est loin d’épuiser, même si on le relit trois ou quatre fois.

N’est-ce pas là le signe d’un grand écrivain et d’un grand livre ?



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LE RHINOCEROS DE DURER





Jean-Bernard eu la gentillesse, à notre demande, de nous dire quelques mots sur la genèse de son dernier roman paru chez Actes Sud.
Tout a commencé lors d'un séjour sur l'île de Sao Tomé où il était en mission et sur le fait d'être tombé par hasard sur un vieux livre qui décrivait les faits relatifs à l'histoire de ce fameux rhinocéros.
Jean-Bernard nous a expliqué ensuite comment, à partir de ces faits, il avait construit son roman en faisant appel à son imagination et en inventant des personnages.



Thomas Chauvineau, France INTER, Le 6-9

« Un petit bijou, érudit, bien écrit, savoureux.  »


Jean-Claude Perrier, Livres Hebdo

« Un petit bijou de littérature. Une histoire follement romanesque, racontée avec brio et humour par un écrivain aussi facétieux qu'éclectique, qui a placé sa vie et son œuvre sous le signe de l'ailleurs, du dialogue entre les peuples et les cultures.  »


A quand le prochain livre écrit par un des honorables membres du Square ?

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