Présentation par Marie-Christine
Marie-Christine fait une
présentation de l’auteur du roman « J’ai couru vers le Nil » intitulé
en arabe « La république comme si », Alaa El-Aswany, un écrivain
égyptien de renommée mondiale. Son roman le plus célèbre « l’immeuble
Yacoubian » a été traduit dans 37 langues. Dans ce livre, l’auteur
excelle à décrire un microcosme de la société égyptienne.
Certains ont établi une analogie
entre « L’Immeuble Yacoubian » et « J’ai couru vers le
Nil », notamment dans la manière d’approcher et de décrire la société
égyptienne, à travers une société miniature où se croisent toutes les classes
sociales et toutes les générations.
Dans le premier livre, nous nous
situons au Caire dans les années 1990, dans le second nous sommes toujours au
Caire, mais dans l’espace-temps confiné de la « révolution égyptienne de
2011 ».
Après avoir cité un article récent écrit après la mort de Moubarak, le 25 février dernier, Marie-Christine présente les
principaux personnages du livre ainsi que les thèmes traités par
l’auteur, ce qui permet de lancer la discussion.
-
Un roman ou un livre de témoignages ?
Entre membres du Square, nous ne
sommes pas tous d’accord sur la nature du livre d’El-Aswany.
Quelques-uns d’entre nous considèrent
qu’il s’agit avant tout d’un livre de témoignages sur la Révolution Egyptienne.
L’argument qu’on peut invoquer en faveur de ce point de vue est l’intégration
dans le livre de six témoignages d’acteurs réels de la Révolution. Ceux de Saïda
Ahmed (p.263), Nachaoua Adelaziz (p. 267), de Loubna Assad (p. 269, de Lamia
Hassanein (p.327), de Shenouda Assad (p. 333) et de Mahmoud Essayed (p. 338).
Un
parallèle a pu être fait avec le livre que nous avons choisi pour notre précédente
réunion « Au cœur de l’Angleterre » de Jonathan Coe qui décrit, pendant une période de temps donnée, des tranches de vie de citoyens britanniques impliqués dans un processus qui amènera au vote du Brexit. La dimension
sociologique transparait au fil des pages. Certains de nos lecteurs ont été
surpris, ne s’attendant pas à cela et préférant d’autres livres du même auteur
comme « Chicago » ou « Automobile Club d’Egype ».
En lisant
le livre, dans un ordre chronologique le lecteur suit le déroulement des
événements entre le 25 janvier et la fin mars de l'année 2011 : les prémices, le début de la Révolution, la
démission de Moubarak, les réactions des partisans de Moubarak, la répression
sous ses différentes formes, le désenchantement enfin.
A contrario, plusieurs autres
participants considèrent qu’il s’agit d’un roman avec une structure littéraire
très construite et une narration fictionnelle qui tient le lecteur en haleine
jusqu’au moment de la chute finale. Les différents personnages du livre, même s’ils
s’inspirent de personnages réels, sont le fruit de l’imaginaire de l’auteur.
Leurs destins se croisent au cours des événements et il y a dans le livre
plusieurs intrigues purement fictionnelles notamment dans les relations
homme/femme, qui sont assez nombreuses et dans les
relations familiales, le tout teinté d’un islam très instrumentalisé. L’approche
narrative, qui a pu rebuter certains avec ce système de séquences alternées, d'échanges de lettres, d'argumentaire concernant la vie d'un personnage, l'intégration de témoignages multiples par deux fois, a été
appréciée par d’autres. Elle a pour vertu d’intégrer une tension dans le
récit qui brise une narration de type linéaire qui risquait de susciter
lassitude et ennui chez le lecteur.
D’autres enfin considèrent que cette
question de la nature du récit ne remet nullement en cause la qualité du livre.
Livre qui a permis à beaucoup d’entre nous de découvrir à la fois la société
égyptienne, dans sa richesse, dans sa complexité, dans ses contradictions, dans sa diversité, dans sa culture spécifique et dans ses modes d’organisation
et de fonctionnement.
C’est un livre politique ont
affirmé certains. Ce qui pose la question de la fonction de la littérature dans
ce type de circonstances. Question que nous avons abordée de nombreuses fois déjà depuis la création du Square. Littérature d’engagement, littérature courageuse. El-Aswany, ne l'oublions pas, risque d'être traduit en justice s'il rentre en Egypte. Sa famille qui vit encore dans le pays n'est pas à l'abri de tracas.
Livre de témoignages, livre à
dimension sociologique, œuvre littéraire aboutie, livre de découverte, livre
politique, « J’ai couru vers le Nil » est tout cela à la fois.
Chacun d’entre nous a été sensible à l’une ou l’autre de ces dimensions.
-
Les personnages
Ils reflètent la diversité
égyptienne, surtout la diversité de la population du Caire, de certains quartiers du Caire même, il
est important de le remarquer.
Sur ce point, plusieurs d’entre nous ont évoqué « L’immeuble
Yacoubian » œuvre majeure de l’auteur, dans laquelle celui-ci décrit avec
talent le microcosme d’un immeuble situé dans un quartier du Caire. Probable d’ailleurs
que le métier de dentiste, exercé par El-Aswany, l’a encouragé à décrire cette
diversité d’un microcosme cairote. Quand on est dentiste ou médecin, on côtoie chaque
jour une multiplicité d’individus très différents, qui généralement vivent dans
le même quartier.
L'immeuble Yacoubian au Caire aujourd'hui
Sur la ville du Caire telle qu’elle
est représentée au cinéma, on a cité comme références le film « L’immeuble
Yacoubian » de Marwan Ahmed, sorti en France en 2006, prototype égyptien
du film « choral », par ailleurs très fidèle au livre d’El Aswany,
mais aussi « Le Caire Confidentiel », un film noir de Tarik Saleh,
sorti en France en 2017, dont l’action se situe en pleine période
pré-révolutionnaire et qui provoque une immersion dans le monde de la corruption,
de la dictature et de l’injustice sociale.
Pour mémoire, sans entrer dans
les détails, rappelons les caractéristiques des principaux personnages :
-
Le général Alouani, 58 ans, chef de l’Organisation,
la police politique du régime. Musulman pratiquant et pilier du régime
Moubarak. Stratège qui négocie avec les riches familles et avec les Frères musulmans
dans le but de contrer la Révolution
o
Hadja Tahani Talima, sa femme âgée de 50 ans,
avec qui il fait l’amour en regardant des films porno.
o
Damia, la fille du couple, étudiante en
médecine, qui succombera au charme de Khaled et qui s’engagera dans la
révolution de la place Tahrir
-
Achraf Ouissa, un homme d’âge mûr,
artiste, écrivain, en marge de la société égyptienne. C’est un copte.
o
Madja, sa femme, une copte également ;
Conservatrice pour laquelle ce qui compte c’est son statut social et l’argent
o
Les deux enfants du couple, sur le même modèle,
Sara et Boutros qui sont sous l’influence de leur mère et de sa famille.
o
Akram, la servante et maîtresse d’Achraf dont
elle est éperdument amoureuse, elle-même mariée à Mansour, le beltagui (sorte
de milicien mercenaire à la solde du pouvoir en place)
-
Asma Zenati, jeune enseignante, au
comportement indépendant, qui refuse de porter le voile. Elle tombe amoureuse de
Mazen, un jeune ingénieur qui travaille à l’usine et qui est révolutionnaire. A
noter qu’Asma et Mazen communiquent par lettres dans le livre. Elle sera
torturée et elle partira à l’étranger. Voici ce qu’en dit l’auteur : « "J’ai un personnage qui s’appelle Asma. Cette
fille incarne la souffrance que la femme égyptienne a vécue. Pendant la
révolution, avant la révolution et après la révolution. Asma est une jeune
révolutionnaire qui a eu beaucoup de problèmes pendant et avant la révolution.
Parce qu’elle a trouvé une corruption incroyable à l’école quand elle
enseignait. Le directeur de l’école a créé un problème avec elle parce qu’elle
n’était pas voilée, et on utilise le fait qu’Asma ne soit pas voilée pour la
punir. » (https://www.franceculture.fr/litterature/alaa-el-aswany-legypte-le-voile-et-la-censure)
o
Son père Mohamed Zenati, qui travaille en Arabie
Saoudite.
-
Mazen-El-Saqa, jeune ingénieur et
syndicaliste, a une relation avec Asma
- Issam Chaalane, ingénieur directeur de l’usine
italienne. Ancien révolutionnaire et syndicaliste qui est entré complètement
dans le système, tout en gardant certains réflexes.
- Cheikh Chamel, religieux très écouté par
la classe possédante du Caire, ses interprétations du Coran, pour lesquelles il
est souvent sollicité vont toujours dans le sens de ceux qui exercent le
pouvoir. Il pratique l’interprétation coranique.
- Nourhane, présentatrice de télévision et
surtout une intrigante de haute volée qui développe une stratégie arriviste
très au point, en appliquant les conseils toujours bienveillants de l’autorité
religieuse incarnée par le Cheikh Chamel.
Trois hommes importants dans sa vie :
o
Le docteur Hani el-Aassar
o
Issam Chaalane, l’ingénieur, directeur de l’usine
avec lequel elle se marie en secret
o
Hadj Chanouani enfin le propriétaire d’un chaîne
de télévision qui sera la voix des partisans de Moubarak pendant et après la
Révolution et qui est milliardaire.
-
Madani. C’est le chauffeur de l’usine. Il
devient ensuite l’ami d’Issam.
o
Khaled son fils, étudiant révolutionnaire qui sera
tué d’une balle dans la tête par un officier sur la place Tahrir. Son père le
vengera par ses propres moyens puisqu’il n’y a rien à attendre de la Justice
aux mains du pouvoir. Damia, la fille du général tombe amoureuse de Khaled.
Elle tentera par tous les moyens d’aider sa famille et de faire en sorte que
justice soit faite. Elle n’y arrivera pas.
o
Hund, sa fille, est également étudiante et
participe à la Révolution
Dans notre débat, nous avons
évoqué la vie de ces personnages pendant l’espace/temps de la Révolution
égyptienne de 2011. Certains restent campés sur leur position et font tout pour
garder le pouvoir, d’autres au contraire, sont en mouvement et adhèrent, souvent
spontanément au « rêve » révolutionnaire. C’est le cas d’Achraf, d’Asma,
de Damia… Le mot rêve est important. El-Aswany oppose en effet la classe dominante
aux révolutionnaires en ces termes : « ils ont tout, nous rien »
… sauf le rêve et ce rêve est indestructible. Même si la Révolution a échoué et
si le livre d’El Aswany est interdit en Egypte et dans la plupart des pays
arabes, aujourd’hui il reste toujours une lueur d’espoir… qui se réveillera
dans dix, vingt ou quatre-vingts ans, dit-il.
Nous nous sommes posés la question
de la nature et des caractéristiques de tous ces personnages.
Plusieurs remarques ont été
exprimées :
-
« Les gentils sont tous du même côté, les
méchants, de l’autre ! »
-
« Les personnages incarnent chacun une
posture politique… »
-
« Les personnages vivent des situations un
peu artificielles et parfois peu réalistes (la relation entre Achraf et Akram
par exemple). Un côté romance à l'eau de rose en quelque sorte!
D’autres en revanche sont plus
vrais que nature comme le général Alouani, le Cheikh Chalem ou Nourhane l’intrigante.
La question de l’hypocrisie de
plusieurs personnages a été soulevée. Il s’en est suivi un débat sur leur
comportement.
Ainsi Alouani : est-il hypocrite ou bien est-il
authentiquement dual, voire complexe ? Il regarde des films pornos pour s’exciter
dans ses relations avec sa femme, il fait pratiquer la torture sur ceux de la
place Tahrir, il est plein d’amour protecteur pour sa fille, il négocie avec
les frères musulmans avant de les museler… La question a été posée, elle n’a
pas été tranchée.
Et Nouhrane, croit-elle vraiment en l’Islam ou ne fait-elle
que s’en servir pour développer ses ambitions sans limites ?
Pour El-Aswany, la ligne de
démarcation n’est-elle pas à un autre niveau ? Ceux qui sont pour et ceux
qui sont contre les printemps arabes ? La question de du caractère hypocrite ou non des
personnages n’est-elle pas secondaire dans ce type de situation ? Il est vrai que dans un article sur le livre, El Aswany soi-même évoque Tartuffe à propos du Cheikh Chalem.
- Les thèmes du livre
Comme pour les personnages, les
thèmes du livre ne seront qu’évoqués. C’est ce qui a été le cas dans nos échanges.
-
Le pouvoir
Comment, dans les dictatures du
bassin méditerranéen, s’articule l’alliance entre « le sabre et le goupillon ».
En quoi l’armée et les religieux font-ils cause commune lorsque la situation
révolutionnaire peut dégénérer ?
En quoi ensuite l’armée n’a de
cesse de se débarrasser du pouvoir des religieux, notamment en emprisonnant les
chefs musulmans élus ?
Quel est le rôle joué par les
puissances étrangères dans cet étouffement des révolutions arabes ?
Nous n’avons pas pu répondre à
ces questions. Mais au moins les avons-nous posées.
-
Les relations homme/femme et la place des
femmes en Egypte
Parfois, dans le livre elles nous
ont semblé caricaturales. Elles semblent présentées avec une certaine
maladresse, tout au moins un manque de discernement. Le constat est cependant
clair, dans la société égyptienne, celle de Moubarak, en s’appuyant sur l’Islam,
les hommes exercent leur pouvoir sur les femmes dans presque tous les domaines.
La Révolution a permis de mettre en avant d’autres types de rapports entre
hommes et femmes, c’est un fait. Sur la place Tahrir, les femmes ont pu se sentir
plus libres… Mais après, qu’en est-il réellement ? A cet égard la question
du port du voile est éminemment symbolique. Les choses ont-elles changé pour
autant au quotidien dans l’Egypte actuelle ? Pour certaines femmes ne
vaut-il pas mieux suivre le chemin de Nouhrane ? Auprès des hommes, la
ruse et la flatterie permettent d’arriver à ses fins ! La solution est
individuelle et risquée.
La question est là-encore posée ?
-
La violence
Il y a plusieurs types de
violence. La violence cachée, celle qui se traduit au quotidien par des
situations de soumission à plus fort que soi. On la trouve dans toutes les
pages du livre. Il y a la violence de la solitude et de l’isolement. Beaucoup
de personnages se trouvent dans cette situation, nous en avons parlé. Il y a
enfin la violence physique et morale qui s’exerce sur les corps et sur les
consciences.
La violence de la dia, le rachat
de la vie d’un jeune homme assassiné en appelant l’Islam à la rescousse, la violence
physique qui se traduit par l’assassinat de sang froid du jeune Khaled, la violence
morale et physique auprès des jeunes femmes dont on vérifie la virginité ou
auprès de l’ingénieur qui se croyait à l’abri.
-
La puissance des médias et de la
communication
Plusieurs d’entre nous ont
remarqué l’importance que prend la communication et les médias aujourd’hui
lorsque se déroulent des phénomènes révolutionnaires. D’un côté les réseaux
sociaux permettent une mobilisation immédiate, de l’autre les chaînes de
télévision et les médias fabriquent une vérité qui est celle des dominants. Le
livre est limpide à cet égard. Nourhane incarne cette toute puissance de l’information
télévisée dans un pays où les réseaux sociaux sont l’apanage d’une jeune
génération et où la censure peut s’exercer sur Internet et sur les médias d’opposition.
La manipulation de l’information a été un moyen de bataille très puissant pour
tuer dans l’œuf la Révolution.
-
La corruption et la puissance de l’argent
Certes et quoi qu’on en dise,
elle règne partout dans le monde. Dans les dictatures elle constitue une sorte
de ciment social. Nul ne peut y échapper, lorsqu’on se trouve confronté à une
situation inhabituelle dans laquelle d’autres peuvent vous venir en aide à condition
de…
-
L’engagement
Toute situation révolutionnaire
amène les hommes et les femmes en présence à se poser la question : dans quel
camp suis-je ? Dans quel camp je vais combattre ? Certains comme le
général n’ont pas à se poser la question. Mais Damia sa fille se la pose, Asma
également et Achraf de même. L’engagement a des conséquences. Il faut les
assumer. C’est ce que montre le livre : la mort, la torture, l’exil et… la
poursuite du combat. C’est aussi le propre destin d’El- Aswany, qui est
maintenant en exil avec impossibilité de rentrer en Egypte sous peine de
comparaître devant un tribunal militaire.
-
Les coptes et leur religion
Les coptes sont des chrétiens d’Egypte.
C’est une minorité en Egypte. Les tensions avec les musulmans sont fréquentes.
Ainsi de nombreux coptes choisissent-ils l’exil. Ils pratiquent l’endogamie et
ont une nourriture à base de végétaux.
Achraf applique les principes de
sa communauté. « Je suis copte, Akram, et le divorce n’existe pas chez
nous. »
-
La critique de la société égyptienne
La société égyptienne est une
société figée, plusieurs d’entre nous ont évoqué ce thème récurrent dans l’œuvre
de notre auteur.
L’une des phrases du livre, prononcée
par Achraf qui s’adresse à Akram, permet de synthétiser ce que nous avons dit :
« En Egypte, lorsqu’un
homme naît, son destin est déjà presque fixé. Les alternatives qui s’offrent à
lui sont très peu nombreuses. Toi, si tu étais née dans une famille riche, tu
aurais terminé tes études, tu aurais épousé un homme riche et tu aurais une vie
meilleure. Moi, si j’étais né pauvre comme toi, peut-être que je serais devenu
un voleur ou un voyou. Les gens en Egypte héritent de leurs conditions et il
est très difficile d’en changer. Même la religion, personne d’entre nous ne l’a
choisie. Tu es née musulmane et je suis né copte, et si c’était le contraire tu
t’appellerais Thérèse et moi Mohamed. » ( p. 133)
- La chute du roman
La fin du livre est plutôt pessimiste. Que faut-il penser de
ce que dit à Asma le directeur de la prison après lui avoir fait subir un test
de virginité : « L’officier s’approcha d’elle qui était allongée par
terre puis il dit d’une voix calme : — Tu vois, Asma, à quel point tu ne
vaux rien. Tu n’es rien, Asma, rien du tout. Tu le sais maintenant. N’essaie
pas de t’attaquer à tes maîtres, compris ? »
Quant à la
chute, elle se traduit par l’exécution de l’officier qui a tué Khaled à bout
portant sur la place Tahrir. Comment l’interpréter ?
Madani s’adresse
à l’homme qui a tué son fils :
« Tu as
tué mon fils d’un coup de feu, un coup de feu qui est parti de cette main-là. J’ai
ramassé des morceaux de sa cervelle avec ma main, pendant que je le lavais. C’est
avec cette main que j’ai enlevé sa cervelle. »
L’interprétation
que l’on peut donner de cette chute du roman est que toute révolution se
traduit par des drames personnels et que cette dimension douloureuse, tragique,
est rarement prise en compte. Ici, c’est Madani lui-même, le citoyen exemplaire
et soumis, qui règle son problème avec ses propres moyens, puisque la justice
officielle fait partie du système. Plusieurs fois dans le livre, El-Aswany s’étend
sur les conséquences de la mort d’un être cher. C’est une vie qui disparait, un
enfant chéri avec des milliers de souvenirs qui s'en va à jamais, c’est le destin d’une famille qui
bascule. Et cette réalité du drame personnel, l’auteur arrive à la transcrire
avec délicatesse, justesse et authenticité.
Heureusement
lorsqu’on interroge El-Aswany sur la suite des événements, ses propos sont plus rassurants : « Il ne faut pas oublier que 60 % des Égyptiens ont moins de 40 ans. Dans dix
ans, la plupart des contre-révolutionnaires auront disparu. Le principal, le
plus important, c’est que tout a changé en Égypte : la vision de la femme,
des islamistes, du patriarcat… »






1 commentaire:
Remarquable … comme d'hab !
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