lundi 1 avril 2024

56ème Réunion - Les coups de cœur

Vous trouverez, ci-dessous, les 34 (!) coups de cœur de notre 56ème réunion au cours de laquelle nous avons échangé, en première "mi-temps", sur "La Sentence", le dernier livre de Louis Erdrich. 

Un certain nombre des livres sont sans référence des personne qui les ont recommandés ; j’avais omis de préciser à Lorraine de les mentionner. Mea cul pa. Pour d’autres, je crois me souvenir de l’association livre et participant.

À tout seigneur, tout honneur : Jean-Bernard qui vient de sortir un nouveau roman "Les nuits de Kaboul sentent la menthe et les ordures" chez Librinova

Comme son titre l'indique, ce roman se déroule en Afghanistan, et ce avant le récent retour au pouvoir des Talibans. En effet, il serait abusif de limiter l'image de ce pays aux multiples conflits auxquels il a été confronté, d'abord avec les Britanniques, puis les Soviétiques et enfin les Américains. Indépendamment de cette histoire pour le moins tumultueuse, qui fait la une des médias, il est fascinant et d'une richesse architecturale remarquable. Et c'est ainsi que deux étrangers y arrivent. Lui, il recherche un archéologue qui y a disparu, alors qu'il était sur la piste d'une monumentale statue de Bouddha, en comparaison de laquelle celle de Bamyan, détruite par las Talibans, ferait pâle figure. Elle, elle est en quête de statues de cet art Gandhara, lequel a su si harmonieusement marier les apports grecs, arrivés en terre asiatique avec Alexandre le Grand, avec les arts de là-bas. L'un et l'autre veulent tourner le dos à des souvenirs douloureux. Ils se croiseront, apprendront à se connaître et feront route ensemble depuis la ville de Kaboul jusqu'aux frontières de l'Afghanistan. Et c'est là où ce récit trouvera son épilogue, frappé au coin de l'incertain.

 

Jean-Paul : "Troubles" de Louise Kennedy  en Folio    Un premier roman

Troubles, c’était le nom pudique que l’on donnait à la guerre civile en Irlande du Nord dans les années 1970. Attentats, assassinats, répression féroce émaillaient alors la vie quotidienne à Belfast. Des «troubles», c’est aussi ce qui traverse le cœur de Cushla Lavery, une jeune institutrice de la communauté catholique de la ville.

À ses heures perdues, elle aide son frère à tenir un pub, jusqu’au jour où elle tombe en arrêt devant un client qui n’a rien de commun avec les autres. Michael Agnew est avocat. Il est protestant. Mais il défend les membres de l’IRA. Dans la ville en feu, ce point n’a rien d’anodin. Naguère, l’écrivain Brendan Behan nous a instruits de la violence entre les communautés irlandaises.

Jean-Paul : "Châtiment" de Percival Everett chez Actes Sud

Le récit propose une réflexion puissante sur le besoin de vengeance et la soif de justice. Percival Everett reprend au goût du jour, (le sien), les vieux stéréotypes, racistes et Afro-Américains, qui furent pendant des décennies le discours des célèbres opposants, présidents et autres.

Jean-Paul : "Différents- Le genre vu par un primatologue" de Franz de Waal chez "Les liens qui libèrent"

Voici un vibrant manifeste pour l'égalité des genres par l'un des plus éminents primatologues de notre temps. Pour établir si les préférences et les comportements humains que nous qualifions parfois de genrés ont une origine biologique, Frans de Waal les compare avec ceux d'autres primates, non affectés par nos biais culturels.

 Catherine : "Pas dormir" de de Marie Darrieussecq chez POL

« J’ai perdu le sommeil. Je me suis retournée sur mes pas et il ne me suivait plus. Il s’était détaché de moi, et j’errais sans lui dans la nuit. »Marie Darrieussecq souffre d’insomnie depuis des années, comme beaucoup d’entre nous. Elle raconte dans ce livre l’aboutissement de vingt ans de voyage et de panique dans lalittérature et dans les nuits. Vingt ans de recours désespérés et curieux, parfois très drôles, à toutes sortes de remèdes – pharmacopée, somnifères, barbituriques, méditation, exercice physique, tests, chamanisme, technologie, recettes et expédients divers… Mais ce livre est surtout hanté par une question magnifique : « Qui est-ce qui ne dort pas quand je ne dors pas ? ».

 Catherine : "Au pays de la mort blanche" de Valerian Albanov chez Guérin

Le 28 juillet 1912, le Santa Anna quittait Alexandrovsk dans le but de rallier Vladivostok en empruntant le passage du Nord-Est. Le chef d’expédition, Broussilov, souhaitait découvrir de nouveaux terrains de chasse et se livrer, le long des côtes de Sibérie, à la capture de phoques, morses, dauphins, baleines et ours blancs. L’auteur du récit, Albanov, avait été engagé par Broussilov comme officier de navigation.
Après un an et demi de dérive sur la banquise de la mer de Kara et de l’océan Arctique, Albanov se prépare à quitter le Santa Anna, conscient que le seul espoir de salut résidera dans la possibilité d’atteindre à pied la terre François-Joseph.
Il est accompagné d’une poignée d’hommes. L’une des plus extraordinaires expériences de survie dans l’Arctique commence… La publication du récit d’Albanov fut un véritable triomphe aux États-Unis.

Monique : "Misericordia" de Lidia Jorge chez "Metailié"

L’écrivaine portugaise a écrit ce livre pour sa mère, après sa mort en maison de retraite. Le journal intime qu’elle y tenait s’y retrouve, mêlé à une fiction inspirée.

Ce récit restitue avec une grande sensibilité un parcours marqué par la césure indélébile que représente la Première Guerre mondiale dans notre histoire collective et individuelle. Stefan Hertmans nous donne à lire une poignante saga familiale et un panorama puissant du siècle dernier.

 Michel O. ? : "Guerre et térébenthine" de Stefan Hertmans chez Folio

Quand Stefan Hertmans entreprend la lecture des centaines de pages de notes laissées par son grand-père, il comprend que cette vie-là vaut la peine d’être racontée. Une enfance très pauvre à Gand, le rêve de devenir peintre, puis l’horreur de la Grande Guerre dans les tranchées de Flandre sont les étapes d’une existence emblématique de tout un siècle. Mais l’histoire de cet homme nommé Urbain Martien ne se réduit pas à ce traumatisme et, grâce à son talent de conteur, Hertmans nous fait ressentir à quel point la peinture mais également un amour trop tôt perdu auront marqué l’existence de son grand-père. Ce récit restitue avec une grande sensibilité un parcours marqué par la césure indélébile que représente la Première Guerre mondiale dans notre histoire collective et individuelle. Stefan Hertmans nous donne à lire une poignante saga familiale et un panorama puissant du siècle dernier.

 Michel O. ? : "Le cœur converti " de Stefan Hertmans chez Gallimard

 "Je voudrais pouvoir la mettre en garde contre ce qui va lui arriver. Passe ton chemin, jeune fille, choisis un autre homme, échappe à ce sort, fuis ce qui t'attire." Par amour pour David, la belle Vigdis renonce à ses privilèges de jeune noble chrétienne et se convertit au judaïsme. Mais en ce début de XI? siècle en France, leur union fait scandale. Pour vivre librement, tous deux s'enfuient et trouvent refuge dans un village du Sud. Alors qu'ils se croient saufs, les croisés, de plus en plus nombreux sur la route de Jérusalem, sèment mort et destruction dans leur sillage... Inspirée de faits réels, cette histoire d'amour tragique est aussi un grand roman contemporain : celui d'une femme en exil guidée par l'espoir.

 ?? : « Eva dort » de Francesca Melandri  chez Gallimard (Folio)

 Mille trois cent quatre-vingt-dix-sept kilomètres. Eva voyage en train depuis son Tyrol du Sud natal jusqu'en Calabre pour rendre visite à Vito, disparu de sa vie trop tôt. Durant ce trajet du nord au sud de l'Italie, de sa région frontalière et germanophone au Sud profond, c'est toute son enfance et l'histoire de sa mère Gerda qui défilent dans sa tête. Celle-ci, fille-mère, était parvenue à mener une prestigieuse carrière de chef cuisinière quand elle rencontra un sous-officier des carabiniers luttant contre le mouvement.

?? : « Plus haut que la mer » de Francesca Melandri  chez Gallimard (Folio) 

1979. Paolo et Luisa ne se connaissent pas. À bord du bateau qui les emmène sur l'Île où sont détenus leurs proches, chacun ressasse la tragédie dont il a été victime. Le fils de Paolo a été condamné pour des actes terroristes. Le mari de Luisa pour avoir tué deux hommes. Le mistral empêche les visiteurs de regagner la côte. Ils passent la nuit sur l'Île, surveillés par un agent, Pierfrancesco, avec qui une étrange complicité va naître. Un roman tout en subtilité sur ces infimes moments de grâce qui font basculer les vies.

?? : « Tous, sauf moi » de Francesca Melandri  chez Gallimard (Folio)   

2010, Rome. Ilaria, la quarantaine, trouve sur le seuil de sa porte un jeune Éthiopien qui dit être à la recherche de son grand-père, Attilio Profeti. Or c'est le père d'Ilaria. À quatre-vingt-quinze ans, le patriarche de la famille Profeti est un homme à qui la chance a toujours souri : deux mariages, quatre enfants, une réussite sociale éclatante. Troublée par sa rencontre avec ce migrant qui déclare être son neveu, Ilaria commence à creuser dans le passé de son père. À travers l'enquête d'Ilaria qui découvre un à un les secrets sur la jeunesse de son père, Francesca Melandri met en lumière tout un pan occulté de l'histoire italienne : la conquête et la colonisation de l'Éthiopie par les chemises noires de Mussolini, de 1936 à 1941 - la violence, les massacres, le sort tragique des populations et, parfois, les liens qu'elles tissent avec certains colons italiens, comme le fut Attilio Profeti. Dans ce roman historique où l'intime se mêle au collectif, Francesca Melandri apporte un éclairage nouveau sur l'Italie actuelle et celle des années Berlusconi, dans ses rapports complexes avec la période fasciste. Naviguant habilement d'une époque à l'autre, l'auteur nous fait partager l'épopée d'une famille sur trois générations et révèle de façon bouleversante les traces laissées par la colonisation dans nos sociétés contemporaines.             

?? : « L’amour » de François Begaudeau, chez Verticales

J'ai voulu raconter l'amour tel qu'il est vécu la plupart du temps par la plupart des gens : sans crise ni événement. Au gré de la vie qui passe, des printemps qui reviennent et repartent. Dans la mélancolie des choses. Il est nulle part et partout, il est dans le temps même. Les Moreau vont vivre cinquante ans côte à côte, en compagnie l'un de l'autre. C'est le bon mot : elle est sa compagne, il est son compagnon. Seule la mort les séparera, et encore ce n'est pas sûr.

?? : « Fabriquer une femme » de Marie Darieussecq, chez POL

Rose et Solange sont meilleures amies. Depuis leur enfance, Solange a peut-être mis du désordre dans leur vie. Mais ce qui s'est passé au village, Solange ne veut plus y penser. Rose, elle croit avoir trouvé l'amour. Mais ce qu'elle croit, Rose, est-ce que ça compte ?

Claude + ?? : « La mémoire délavée » de Nathacha Appanah, au  Mercure de France

Ce poignant récit s'ouvre sur un vol d'étourneaux dont le murmure dans une langue secrète fait écho à toutes les migrations et surtout à celle d'aïeux, partis d'un village d'Inde en 1872 pour rejoindre l'île Maurice. C'est alors le début d'une grande traversée de la mémoire, qui fait apparaître autant l'histoire collective des engagés indiens que l'histoire intime de la famille de Nathacha Appanah. Ces coolies venaient remplacer les esclaves noirs et étaient affublés d'un numéro en arrivant à Port-Louis, premier signe d'une terrible déshumanisation dont l'autrice décrit avec précision chaque détail. Mais le centre du livre est un magnifique hommage à son grand-père, dont la beauté et le courage éclairent ces pages, lui qui travaillait comme son propre père dans les champs de canne, respectant les traditions hindoues mais se sentant avant tout mauricien. La grande délicatesse de Nathacha Appanah réside dans sa manière à la fois directe et pudique de raconter ses ancêtres mais aussi ses parents et sa propre enfance comme si la mémoire se délavait de génération en génération et que la responsabilité de l'écrivain était de la sauver, de la protéger. Elle signe ici l'un de ses plus beaux livres, essentiel.

?? : « Géohistoire- Une autre histoire des humains sur la terre », de Christian Grataloup chez Eyrolles

 "Quand la géographie éclaire l' histoire. Lumineux et nécessaire !" Erik Orsenna

Et si la meilleure façon de raconter l'histoire du monde, c'était de commencer par sa géographie ?
En mobilisant la géologie, l'anthropologie, la climatologie, la démographie, la génétique ou encore l'économie, Christian Grataloup dessine dans ce livre lumineux et pionnier une autre histoire des sociétés humaines. En confrontant toutes ces disciplines à nos connaissances historiques, il raconte pourquoi et comment les civilisations sont apparues sur la Terre, se sont développées ou ont
parfois disparu. Une histoire qui est aussi humaine qu'environnementale. Une histoire globale. Une géohistoire.

Claude + ?? : « Veiller sur elle » de Jean-Baptiste Andréa à l’Iconoclaste (Prix Goncourt 2023)

Au grand jeu du destin, Mimo a tiré les mauvaises cartes. Né pauvre, il est confié en apprentissage à un sculpteur de pierre sans envergure. Mais il a du génie entre les mains. Toutes les fées ou presque se sont penchées sur Viola Orsini. Héritière d'une famille prestigieuse, elle a passé son enfance à l'ombre d'un palais génois. Mais elle a trop d'ambition pour se résigner à la place qu'on lui assigne.
Ces deux-là n'auraient jamais dû se rencontrer. Au premier regard, ils se reconnaissent et se jurent de ne jamais se quitter. Viola et Mimo ne peuvent ni vivre ensemble, ni rester longtemps loin de l'autre. Liés par une attraction indéfectible, ils traversent des années de fureur quand l'Italie bascule dans le fascisme. Mimo prend sa revanche sur le sort, mais à quoi bon la gloire s'il doit perdre Viola ?
Un roman plein de fougue et d'éclats, habité par la grâce et la beauté.

?? : « Le bizarre incident du chien pendant la nuit » de Mark Haddon chez Pocket

- Il a 15 ans et s'appelle Christopher Boone.
- Il excelle en mathématiques et adore Sherlock Holmes.
- Il ne comprend rien aux relations humaines.
- Il aime les diagrammes, les listes, la vérité.
- Il déteste le jaune et le marron.
- Il ne supporte pas qu'on le touche.
- Pour lui, 4 voitures rouges à la file sont synonymes de "Bonne journée" ; 3 voitures rouges : d'une "Assez bonne journée" ; 5 voitures rouges : d'une "Super bonne journée".
- Il est autiste et porte en lui une part de génie.
Quand, un jour, Christopher apprend que Wellington, le caniche de sa voisine, a été assassiné, il décide de mener l'enquête. Une enquête qui va lui permettre d'arracher au passé l'énigme de sa propre histoire. Et de ne nous la raconter...

?? : « Le danger de ne pas être folle » de Rosa Montero chez Métailié

J’ai toujours su que quelque chose ne fonctionnait pas bien dans ma tête », nous avoue Rosa Montero, et elle poursuit plus loin : « L’une des choses bien que j’ai découvertes avec les
années, c’est qu’être bizarre n’est pas du tout bizarre. » Vulgarisation scientifique, essai, fiction ? Non, plutôt une conversation avec le lecteur avec lequel elle crée une proximité étonnante. Elle nous prend à témoin avec humour et subtilité, nous parle du lien entre la folie et la créativité de l’écrivain ou de l’artiste en passant par les addictions, les maladies, les singularités les plus fréquentes chez les créateurs. Elle tisse des liens avec ses souvenirs, ses expériences et les dernières découvertes des neurosciences pour défendre l’importance d’être différent car « ce qui est véritablement bizarre, c’est d’être normal ».
Dans ce livre passionnant, intelligent et touchant, Rosa Montero nous révèle à quel point notre cerveau est une source d’émerveillement infi ni et comment, à partir du processus créatif et de la puissance de l’art, on peut explorer le sens ultime de la vie.

?? : « Expéditions Râ » de Thor Heyerdahl chez Libretto

 A bord du " Kon-Tiki ", antique radeau de balsa, Thor Heyerdhal avait traversé le Pacifique. Des années après, en 1969, il s'engage cette fois-ci sur les flots de l'Atlantique, juché sur une embarcation traditionnelle égyptienne faite de roseaux tressés. Par cet exploit, Thor Heyerdhal entend expliquer la présence des pyramides en Amérique centrale ainsi que le culte du soleil chez les Mayas, mais également prouver leur origine égyptienne commune. Expéditions Râ est ainsi le récit passionnant de cette double expédition " Râ "(1969) et " Râ II " (1970), de sa préparation en amont, de l'échec de la première – avec la perte en mer de " Râ " – et de l'accomplissement du voyage de Safi (Maroc) à la Barbade à bord de " Râ II ". Le récit fabuleux et intemporel d'une ambitieuse expédition, menée par l'un des plus célèbres aventuriers.

François + ?? : « Hitchcok s’est trompé : Fenêtre sur cour, contre-enquête » de Pierre Bayard aux Editions de Minuit

Fidèle à sa manière, Pierre Bayard décrypte le génial Fenêtre sur cour d’Alfred Hitchcock afin d’en déconstruire brillamment l’intrigue et les conclusions.

 Et puis, les amis, la suite des coups de cœur, sans les commetaires, car je n’en puis plus !

« Paradis » de Abdulrazak Gurnah chez Denoel

« Mehstî , chair des mot »s de Atik Rahimi chez Calmann-Levy

« La Chine en dix mots » et « La ville introuvable » de Yu Hua chez Actes Sud

« Nos mondes perdus »  de Marion Montaigne (roman graphique) chez Dargaud

« La disparition du paysage » de J.Ph. Toussaint aux Editions de Minuit

« La maison de Sugar Beach » de Helen Cooper en Livre de Poche

« Ouragans tropicaux » de Leonardo Padura chez Metailié

« La vie en fuite » de John Boyne chez JC Lattès

Claude : « Un ballet de lépreux » de Léonard Cohen  au Seuil

?? + Claude : « Le murmure » de Christian Bobin chez Gallimard (Poésie)

« Les insolents » de Ann Scott chez Calmann-Levy

Et enfin !!!!!!

« Nourrir sans dévaster » de Orsenna et J.Denormandie chez Flammarion 

mercredi 20 mars 2024

56ème réunion : "La Sentence" de Louise Erdrich


Pour "La Sentence", le compte-rendu est riche. Il comprend : l'introduction de Claude qui avait la charge de présenter le livre, le compte-rendu proprement dit de la réunion établi par Lorraine, ainsi qu'un lien vers le blog d'Alain Schmoll (Alain ayant rédigé une recension de "La Sentence").

1) Présentation du roman par Claude

Louis Erdrich est née en 1954 dans le Minnesota, un état des Etats-Unis en contact avec le Canada, bordé dans sa partie Nord-est par le lac Supérieur avec, à l’extrémité est de ce lac, la ville de Duluth (du nom d’un explorateur français, le sieur du Lhut qui débarqua à cet endroit vers 1675).

Elle est la fille de Rita Gourneau Erdrich (une Ojibwa) et de Ralph Erdrich, un germano-américain. Elle est l’ainée d’une famille de sept enfants. Deux autres de ses sœurs sont écrivaines. Ses parents travaillaient au Bureau des affaires indiennes de la réserve de Turtle Mountain dans le Dakota du Nord. Elle baigne dans la culture améridienne depuis son enfance.

L’un des ancêtres de Louis Erdrich, un dénommé Gourneau, était un français originaire de St Malo qui s’est marié avec une fille d’une riche famille Ojibwé ; alliance très favorable pour le commerce. Il était, ce qu’on appelait au 17ème siècle, un « coureur de bois » ; terme qui désignait des trappeurs, mi bandits, mi commerçants, qui vivaient essentiellement de troc et de la traite des peaux avec les populations autochtones).

Son grand-père, Patrick Gourneau, s’est opposé à la politique d’assimilation ; c'est le sujet central du précédent livre de Louis Erdrich, « Celui qui veille », Prix Pulitzer 2021.

Au début de la colonisation de l’Amérique du Nord, les habitants du Minnesota étaient les Sioux et les Anichinabés (qui signifie « peuple originel). Les Ojibwés, dont Louise Erdrich descend, sont inclus dans les Anichinabés.

Les Ojibwé ont été les alliés des français lors de la guerre de 7 ans (1756-1763) que les français perdirent au profit des anglais et des américains.

Les Ojibwés, contrairement aux autres tribus autochtones, n’ont pas été chassées mais contraintes à rester sur certains territoires qui furent progressivement grignotés par l'état fédéral.

La place de l’imaginaire et la prééminence du spirituel sont à souligner dans la culture Ojibwé.

Louise Erdrich rencontre son mari, Michael Dorris, alors qu’il est professeur dans le collège dans laquelle elle est étudiante (ou professeur ?). Ils vont collaborer ensemble sur l’écriture de nouvelles et de romans. Ils se marient et elle adopte les trois enfants de son mari qu’il avait lui-même adoptés. L’un des enfants est atteint du syndrome d’alcoolisation fœtale. Ils ont ensemble trois autres enfants. Michael Dorris qui mène une carrière d’écrivain de son côté, se suicide en 1997 alors que Louise et lui sont en instance de divorce, et qu’il est soupçonné d’abus sexuels sur une ou plusieurs de ses trois filles. Elle a une fille biologique en 2001.

2001 est la date à laquelle elle ouvre à Minneapolis une librairie spécialisée dans la littérature autochtone, la Birchbarks Books, (birchbarks = écorce de bouleau qui servait de support pour les écrits des indiens et à la fabrication des canots). Cette même librairie est l’espace central du roman.

Louis Erdrich commence à écrire très jeune. Elle raconte qu'enfant, son père lui donnait un peu d'argent à chaque fois qu’elle écrivait une histoire ou apprenait un poème par cœur ; poème que son père lui lisait ainsi qu'à ses frères et sœurs. Ses parents possédaient peu de livres, mais ils emmenaient très souvent leurs enfants à la bibliothèque. Ils leur ont également appris le nom des plantes, des champignons, des oiseaux, etc. ; une très grande attention au vivant.

Elle commence par publier des nouvelles. L’une d’entre elles, « Le plus grand pêcheur du monde », qu’elle écrit avec son futur mari, gagne un prix à un concours de nouvelles de fiction. Elle dit que ce prix a changé sa vie.

Une fois marié, le couple décide d’écrire un roman, « Love medicine », publié en 1984 (elle a 30 ans). Il recevra plusieurs prix. Ils écriront d’ailleurs plusieurs autres livres ensemble. Elle publiera ensuite sur plusieurs années (86, 88 et 94) trois autres romans qui forment, avec « Love medicine », une tétralogie parcourant l’histoire de quatre générations d’une famille améridienne dans une réserve du Dakota du Nord.

Parallèlement, en 1984, elle publie un premier recueil de poèmes dont le thème est celui du conflit entre autochtones et non autochtones, ainsi que des légendes du peuple ojibwé.

En 1989, elle publie un second recueil de poésie qui évoque principalement la spiritualité.

En 1998, elle publie « L’épouse antilope » qui sera nommé au National Book Award et salué comme son meilleur roman, à l’époque. L’un des personnages principaux est mi esprit, mi animal et cause la perte des hommes qui en tombent amoureux.

« Dans le silence du vent » parait en 2012 et reçoit le National Book Award.

Avec « Celui qui veille » publié en 2020, livre précédent « La Sentence », elle obtient le Prix Pulitzer. Le livre raconte l’histoire de son grand-père qui s’était insurgé contre une loi fédérale dépossédant les indiens d’un certain nombre de droits. Elle avait décidé, juste avant ce livre, de cesser d’écrire et c’est la découverte de lettres de son grand-père, qui la décide à écrire ce roman.

Et enfin « La Sentence », publié en 2021 aux États-Unis et seulement l’année dernière en France, qui reçoit le Prix Femina 2023.

A côté des romans et de la poésie, Louise Erdrich a également publié des livres pour la jeunesse.

L’œuvre de Louis Erdrich est essentiellement centrée sur l’histoire des peuples autochtones. C’est elle qui a certainement donné le plus de visibilité à cette question de la culture améridienne dans la littérature. Elle est l’une des figures majeures de ce qui a été appelé « La Renaissance améridienne ».

L’écrivain Philip Roth, à l’admiration assez parcimonieuse, plaçait Louis Erdrich parmi les plus importants écrivains américains actuels.

Elle est souvent comparée à Toni Morisson. A noter que l’un des livres les plus célèbres de Toni Morisson, « Beloved » est également une histoire de fantôme.

C’est une vingtaine de livres qu’elle a publiés en quarante années d’écriture.

Quelques mots sur le livre "La Sentence" lui-même.

L’un des lieux principaux du livre est donc cette librairie que Louis Erdrich a ouverte en 2001. La Birchbarks Books à Minneapolis. Elle est d’ailleurs toujours très active dans cette librairie.

Peut-on résumer la Sentence ?

Est-ce juste l’histoire de Tookie, cette ancienne droguée, condamnée à soixante années de prison (mais n’en fera que dix) pour une histoire rocambolesque (par laquelle commence le roman) de transport du cadavre du petit ami d’une de ses amies dans un camion frigorifique, lequel cadavre a de la drogue cachée sous les aisselles, et qui découvre la littérature en prison, se fait embaucher à sa sortie de prison par son ancien professeur de lettres, Jackie, dans une librairie dans laquelle le fantôme de Flora, une ancienne cliente « Wanabe » (Want to be, tel que l'on désigne ceux ou celles qui veulent absolument se faire passer pour appartenant à la nation indienne) vient la hanter ?

Est-ce la chronique de la vie quotidienne d’une librairie indépendante spécialisée dans la littérature autochtone à Minneapolis, avec ses figures de clients tels que le Mécontent, Flora ou Laurent  (le père du fils d’Hetta, la fille adoptive de Tookie), traversée par deux évènements majeurs : l’épidémie de Covid et les émeutes urbaines liées à la mort de Georges Flyod et au mouvement Black Matters ?

Est-ce une histoire d’amour entre Tookie et son Pollux, lequel est quand même le flic qui l’avait arrêtée après le piège dans lequel elle était tombée après son transport de cadavre ?

Est-ce un livre centré sur les amérindiens, leur culture, dans laquelle le réel et l’imaginaire, la science et la magie, les religions et la superstition sont omniprésents, et l’histoire de la colonisation des terres indiennes et des exactions commises sur ces populations par les colonisateurs européens ?

Pour moi, c’est un peu tout à la fois.

J’y ai vu beaucoup d’humour, notamment dans la première partie :

-       -  La scène de l’enlèvement du corps de Budgie quand elle lui noue un foulard autour de la tête et qu’elle dit qu’il a, mort, l’air d’un prêtre chamanique alors que vivant il avait plutôt l’air d’un connard...

-      -   La caisse de livres que Jackie lui envoie en prison est composée essentiellement de livres de développement personnel et elle a ce commentaire : « des livres comiques, donc. »

-        - Les femmes ont envoyé au restaurant leurs hommes afin qu’ils dégustent la soupe au pénis de taureau...

-       - Au début du 2ème chapitre quand elle dit : « 5 jours après sa mort, Flora venait encore à la librairie. Je ne suis toujours pas totalement rationnelle : je vends des livres. »

-        - La description de l’arrière-grand-mère que Flora s’est inventée : « la femme de la photo dégageait une certaine dignité, à moins qu’elle ait été de mauvaise humeur. »

C’est un livre qui m’a fait penser à « Cent ans de solitude » (désaccord dans le cercle des participants). Il mêle le quotidien et l’exceptionnel, la petite histoire et la grande, le sacré et le profane, la réalité et l’onirique.

Différentes histoires se télescopent et il y a cette énigme qui constitue le fil rouge du livre : quel était ce livre que Flora lisait quand elle est morte et quel passage du livre a provoqué sa mort ?

A sa lecture, je me suis dit : elle s’est bien amusée à écrire ce livre peuplé d’anecdotes et de petits faits ordinaires. En fait, Louis Erdrich a dit que c’est un livre qu’elle a écrit avec beaucoup de difficultés. C’est la première fois qu’elle traitait à ce point de l’actualité.

J’y ai vu également un livre sur le pouvoir des livres. Comment ils peuvent changer nos vies. Un livre pour faire aimer les livres avec sa liste d’environ 150 livres conseillés, ainsi qu'un livre de défense des librairies indépendantes. (Cf page 215)

Concernant les histoires de fantômes, il y a évidemment une métaphore avec les « fantômes de l’Amérique » : les injustices originelles que sont la dépossession des peuples autochtones, les génocides et ethnocides, et bien sûr, l’esclavage.

Lors de la Grande Librairie où elle était invitée, Augustin Trappenard pose à ses autres invités, Leila Slimani et Alain Mabanckou la question suivante : est-ce que toutes les librairies sont hantées ? Les réponses sont intéressantes :

Leila Slimani répond que "dès qu’il y a des livres, il y a des fantômes, c’est évident !"

Alain Mabanckou raconte qu’il a toujours pensé que, quand on fermait une librairie le soir, tous les personnages sortaient des livres et que, le lendemain matin, ils rentraient tous !

Et c’est vrai que pour moi, il y a une sorte de mystère à regarder les étagères de ma bibliothèque et l’alignement muet des livres et me dire qu’il y a tellement de choses à l’intérieur des deux couvertures : l’angoisse, l’amour, la beauté, les horreurs, l’histoire, etc.

Une chose m’a intrigué, c’est l’aveu que Tookie nous fait dès la 2ème page quand elle nous dit qu’elle est capable de vendre n’importe quoi et qu’elle aime bien mentir : « On trouve dans les livres tout ce qu’il faut savoir, sauf l’essentiel. »

2) Compte-rendu de Lorraine

La sentence de Louise Erdrich a fait l’objet de discussions animées. La plupart d’entre nous ont trouvé le livre ennuyeux et confus.

Thriller, vie quotidienne d’une libraire, journal du confinement, récit des émeutes de Minneapolis après la mort de Georges Floyd, en passant par la découverte d’être grand-mère par alliance font de cette autofiction un récit patchwork difficile à suivre. 

La narration du quotidien de Tookie, l’héroïne, est fastidieuse, la description des recettes qu’elle concocte s’apparente selon Michel Espagnon à des « recettes de Elle sans intérêt ». On ressent un manque de vécu à l’exception du journal du confinement.

Quant aux ouvrages recommandés par la libraire, c’est une longue liste sans appréciation critique sur les romans.  

Les rites de la culture amérindienne sont évoqués mais pas approfondis, laissant le lecteur sur sa faim quant à la richesse de cette civilisation. (voir à ce sujet « Betty » de Tiffany Mac Daniel)

Le style direct et familier donne vie au personnage mais il existe des difficultés de compréhension sans doute liées à la traduction.

La juxtaposition d’histoires représente un témoignage sur la vie des minorités aux Etats-Unis, noirs et amérindiens.  Livre "woke" qui soulève le problème du métissage. 

Livre trop long qui rentre dans la catégorie de la littérature branchée sur l’actualité pour faire des ventes. Sans doute n’est-ce pas le meilleur livre de Louise Erdrich…

Brigitte a défendu avec enthousiasme les talents de conteuse de Louise Erdrich. (Cf "Ce qui a dévoré nos cœurs" de la même auteure)

L’emploi du "je" rend le personnage vivant et familier. L’empathie de Tookie est sensible dans ses rapports avec le bébé de sa belle-fille, la tendresse qui l’unit à Pollux son compagnon, les attentions et l’attachement qu’elle a pour certains de ses clients.

Elle nous ancre dans le présent et scénarise habilement son quotidien.

Lorraine souligne le sentiment de culpabilité commun à tous ces personnages : Tookie se sent coupable de son passé de droguée et d’avoir fait de la prison, Pollux d’avoir été policier dans sa communauté ojibwé, Flora porte le sentiment de culpabilité de la nation américaine vis-à-vis des amérindiens, Hetta, la fille de Pollux, celui d’avoir tourné dans un film porno.

Claude interroge : Et si les livres de la librairie de Tookie étaient les fantômes des minorités qui hantent la nation américaine ?

Note supplémentaire de Claude : Le lecteur aura compris que nous avons été très peu à "défendre" le livre : Brigitte et moi (sur 15 participants). Il est rare qu'un livre présenté au Square subisse un tel rejet accompagné de commentaires aussi négatifs tant dans la forme que dans le fond. Comme le dit si bien Lorraine : "La Sentence "de Louise Erdrich a fait l’objet de discussions animées... (mais toujours respectueuses !).

3) Lien avec le blog d'Alain et sa recension de "La Sentence"

http://cavamieuxenlecrivant.com 

BONNE LECTURE ! (les coups de coeur ... à venir, "work in progress" !)

jeudi 14 décembre 2023

55ème réunion - Les coups de coeur


 Les coups de cœur

Claude :

-        Gros coup de cœur pour le dernier Léonardo Padura : « Ouragans tropicaux ». Détails de son point de vue dans : Everybody Knows: « Ouragans tropicaux » de Leonardo Padura (pergame-shelter.blogspot.com)

-        Immense coup de cœur pour « Proust, roman familial » de Laure Murat. Partagé par Catherine. Voir aussi : Everybody Knows: « Proust, un roman familial » de Laure Murat (pergame-shelter.blogspot.com) Monique : moins enthousiaste. Au passage, elle évoque son « ras-le-bol » de voir qu’une bonne partie des livres mis en avant aujourd’hui son des autobiographies ou semi-autobiographies. À quand, un « vrai » roman ? Y-a-t-il un « phénomène Annie Ernaux » ?

-        La traduction du « Le Joueur d’échecs » de Zweig par Toussaint est remarquable. Avis partagé par Catherine également.

-        « La Foudre » de Pierric Bailly. Bien. Everybody Knows: La Foudre de Pierric Bailly (pergame-shelter.blogspot.com)

Catherine :

-       


« Triste tigre » de Neige Sinno, Prix Fémina et Prix Goncourt des lycéens. Jean-Paul a beaucoup aimé également. Monique et Claude, moins enthousiastes, mais témoignage bouleversant avec une seconde partie qui relève plus de l’essai ou du mémoire. Everybody Knows: « Triste tigre » de Neige Sinno (pergame-shelter.blogspot.com)





Michel B. :

-       


Immense coup de cœur pour « Apeirogon » de Colum McCann. Marie-Odile et Lorraine partagent l’enthousiasme de Michel. Michel signale une tribune dans « Le Monde ». Il est également passé récemment sur le plateau de 28’. ttps://www.arte.tv/fr/videos/113511-073-A/28-minutes/

Voir commentaire complet de Michel en fin de CR.







Lorraine :

-       


« Seuls les enfants changent le monde » de Jean Birnbaum







Michel E. :

-        Revient sur Julien Green en nous recommandant « L’autre sommeil » et « Etranger sur la terre ».

Jean-Bernard :

-        Nous fait part de sa déception du roman « La mémoire délavée » de Natacha Apannah, auteure dont il apprécie beaucoup, d’ordinaire, l’œuvre.

-        ½ coup de cœur pour « Sarah, Suzanne et l’écrivain » d’Éric Reinhardt. Même avis pour Claude qui souligne l’intérêt du thème de la fabrique du roman.

Monique :

-      


  « Gare Saint-Lazare » de Dominique Fabre, un roman pour « boomers » également puisque l’auteur raconte la Gare St Lazare comme il l’a connue enfant.







François :

-        « Le silence » de Denis Lehane, l’auteur de « Shutter Island » et de « Mystic River »

-        « Dans son silence », un polar d’Axel Michaelides

-   Hitchcock s'est trompé - Fenêtre sur cour contre-enquête de pierre Bayard, qui démontre que le vrai sujet du film n'est pas le voyeurisme, mais la paranoïa



-       « L’expertises sans peine » de Sebastian Dieguez et Nicolas Gauvrit, qui démystifie les personnages des fameux « experts » que l’on voit sur les plateaux-télés.







Marie-Odile :

-        Qui nous avoue qu’elle a, enfin, lu « L’insoutenable légèreté de l’être »

-      


  « L’internat » de l’auteur ukrainien Serhiy Jadar

-        « Cher connard » de Virginie Despentes dont elle a trouvé la lecture jubilatoire

-        Un classique « Si par un matin d’hiver un voyageur » d’Italo Calvino ; une belle réflexion sur l’écriture, la littérature, … Un livre « étudié » au Square jadis !






Chantal
 :

-        « Chemin faisant » de Jacques Lacarrière






Jean-Paul :

-       


« La Terre plate - Généalogie d’une idée fausse » de Sylvie Nony et Violaine Giacomotto-Charra. c'est un essai historique bien entendu, facile à lire et en poche. 

 Nous recommande les romans de deux autrices japonaises : Ito Ogawa et Yoko Ogawatous deux publiés chez Picquier.

1. La République du Bonheur par Ito OGAWA; ce roman se passe à Kamakura.  Je te mets en pièce jointe le très célèbre bouddha de Kamakura (C'est le deuxième plus grand Buddha au Japon; il date du 13ème siècle).  

2. Et vous, comment vivrez-vous? par Genzaburo YOSHINO; ce roman écrit pour la jeunesse dans les années trente, a sans doute vieilli et en plus se sert d'histoires assez "téléphonées" mais c'était un essai courageux pour prévenir les jeunes contre la montée du fascisme japonais.   Le livre est donc à lire avec ceci en mémoire.


Lire : Apeirogon de Colum McCann de Michel BAC

Je viens juste de découvrir ce livre, paru en août 2020.

Il résonne incroyablement avec l’actuelle et interminable tragédie du Moyen-Orient.

On ne peut pas reprocher au titre d’être trop racoleur… mais une composition très originale, éclatée comme sous l’effet d’une déflagration, offre un texte d’une force et d’une clarté exceptionnelles.

Les métaphores, parfois surprenantes, les puissantes associations d’idées et d’images projettent un éclairage stroboscopique sur l’extraordinaire complexité du rapport Israël/Palestine

Le livre se déploie autour de l’histoire, vraie, de l’amitié d’un Palestinien et d’un Israélien, deux pères, dont les filles ont été assassinées par le camp adverse.

Il permet de mieux comprendre, de ressentir, non pas simplement les enjeux politiques et géopolitiques, mais aussi les impacts de ce conflit Israël/Palestine sur les habitants de cette « Terre sainte du chagrin », leurs visions, leurs espoirs et leurs luttes.

Il dit l’enracinement de cette tragédie, et sa profondeur historique ;

Il en restitue la dimension quotidienne, au plus près de la vie, au plus près aussi de la mort. Il dit l’évidence de l’ignorance, même bienveillante, du colonisateur de ce qu’est la vie du colonisé. À cet égard, la première rencontre, la découverte des uns par les autres est saisissante : Palestiniens et Israéliens en viennent à se reconnaître comme êtres humains…

Il montre comment la violence de la colonisation, sourde ou arrogante, quotidienne, implacable, conditionne lourdement le regard et la vie de ceux qui la subissent, et aussi le comportement de ceux qui en sont acteurs ou complices involontaires.

L’auteur, irlandais, donne à voir et à sentir la beauté de ces paysages ensoleillés, la splendeur de Jérusalem, mais aussi la déchirure, la saignée qu’opère le Mur dans les cités, les routes et les oliveraies… L’insupportable banalité de l’attente aux checkpoints écrasés par le soleil, la banalité insupportable des fouilles au corps…

La mort de la jeune israélienne de 14 ans dans l’explosion d’un attentat suicide, celle de la petite palestinienne de 10 ans, d’une balle qui l’abat sur le seuil de son école ; la quête éperdue des parents, la bascule dans la vie d’après … cette horreur est traitée avec une sobriété dénuée de sensiblerie, mais avec une sensibilité exigeante et respectueuse.

Comment la douleur radicale devant l’injustice du meurtre d’un enfant peut-elle être transcendée en lutte contre la haine et pour la paix ?

Comme si la seule vengeance pouvait être la paix ?

Bassam, Rami et leurs amis vont se battre sans relâche contre la haine « fondée sur la peur ». Se demander : « qu’est- ce que tu peux faire, toi, pour tenter d’empêcher que d’autres endurent cette souffrance insupportable ? ».

 Et, pour cela, lutter contre « toutes les ignorances, y compris la leur ».

C’est dire l’abyssale ampleur du défi …

Voici ce qu’écrit Colum McCann dans une tribune au Monde (13/10/23) après la tuerie du 7 octobre .

Quand Rami et Bassam voyagent à travers le monde pour parler de la situation tragique dans laquelle ils se trouvent, ils ont constamment les mêmes mots à la bouche : « Nous n’avons pas besoin de nous aimer. » « Nous n’avons, disent-ils, même pas besoin de nous apprécier, même si nous espérons que nous en serons capables. Mais il y a une chose que nous devons faire pour éviter que l’on se parle six pieds sous terre, c’est de se comprendre. Ça, c’est fondamental. Nous devons nous connaître. Ça ne suffit pas, mais c’est déjà quelque chose. » Ont-ils une solution précise ? Non. Fédération, confédération, un État, huit États, dix États, qui sait ? Supprimer les barrières, peut-être. Ou trouver un moyen de sanctionner la haine. Frapper les gens là où ça fait le plus mal : au portefeuille, qui est parfois placé près du cœur…..

« Ça ne s’arrêtera pas tant que nous ne discuterons pas ensemble » proclame l’autocollant que Rami a affiché sur sa moto …

Le chemin sera long mais ils ont payé tellement cher pour savoir qu’il n’en est pas d’autre .

 


Prochaine réunion du Square : le jeudi 7 mars 2024


Pour le prochain Square (le 56ème !) c'est le roman d'une autrice américaine, Louis ERDRICH, qui a été retenu.

Il s'agit de "La Sentence", Prix Femina étranger 2023.

Débat critique : "La Sentence" de Louise Erdrich, un hommage puissant aux livres à lire absolument (radiofrance.fr)




Présentation de "L'échiquier" de Jean-Philippe TOUSSAINT (55ème séance du Square du 13/12/2024)

 









Livre présenté par Michel Espagnon

Présents :

Michel E. (le « rapporteur)

Catherine

Marie-Odile

Chantal M

Lorraine

Monique

Michel B.

Jean-Paul

Jean-Bernard

François D.

Claude

Claude ouvre la séance en témoignant du plaisir de retrouver François autour de la table. Il rappelle que Jean-Bernard est l’auteur d’un nouveau livre, « Les nuits de Kaboul sentent la menthe et l’ordure », disponible sur internet. La version papier devrait arriver sous peu.

https://www.librinova.com/librairie/jean-bernard-veron/les-nuits-de-kaboul-sentent-la-menthe-et-l-ordure-1

Claude évoque le fait que c’est toujours un peu compliqué (pour lui et pour la réservation) de savoir à l’avance que nous pourrons être au moins une douzaine, bien que la date de la prochaine séance soit annoncée suffisamment tôt. Si les participants connaissent des personnes intéressées, prêtes à venir régulièrement : ne pas hésiter. Michel E. et Jean-Paul semblent en connaître. À suivre.

Michel E. présente « L’échiquier ». Il indique qu’il a eu la chance d’assister à une rencontre en présence de Jean-Paul Toussaint dans la librairie près de chez lui. Cette rencontre lui a permis de « nourrir » son propos. D’entrée, il souligne la très grande différence, voire l’opposition sur le plan littéraire, entre « Vie et destin » - le livre précédent du Square - et « L’échiquier ». Une épopée historique foisonnante de personnages dans le 1er cas et un livre intimiste, minimaliste, « présentant des états d’âme » pour le second.

Michel E. rappelle que Toussaint est né en 1957 à Bruxelles d’un père rédacteur en chef du quotidien « Le Soir » et d’une mère qui tient une belle librairie à Bruxelles. Il fait des études à Science Po Paris puis part 2 années en tant qu’enseignant de français en Algérie.

Il commence à écrire dans les années 80. Il est découvert par l’éditeur Jérôme Lindon (Éditions de Minuit) et le succès arrive avec son premier livre publié : « La salle de bains ». Le succès ne se départira pas pour la suite de sa production littéraire. Celle-ci est couronnée par de très nombreux prix.

Toussaint est très introduit dans les cercles culturels. Il est reçu à l’Académie Belge de la littérature française.

Parallèlement à son activité très intense d’écriture, il réalise des films et des documentaires, fait de la photographie et participe à des expositions (celle du Louvre autour du célèbre tableau de Fantin-Latour représentant les grands créateurs de son temps, par ex.).

Il attache beaucoup d’importance à la question du travail d’écriture. Comme il l’écrit dans « L’échiquier », il retravaille énormément ces textes. Il développe une très grande exigence dans l’élaboration de ses livres. C’est un « styliste ». Elle correspond à la très haute idée qu’il a de la littérature. Un échange se fait autour de la table sur la question de l’opinion qu’il se fait de lui-même, écrivain : assez haute également, pour certains. Mais n’est-ce pas une attitude courante chez les créateurs ?

Toussaint revendique de ne pas faire de « récit » à proprement parlé. Ces romans ne présentent pas non plus une dimension psychologique au sens traditionnel.

Pour Michel E., ses romans fourmillent d’images et sont très cinématographiques. « Il écrit comme un peintre ». Il développe également un certain art de l’ellipse. Michel E. parle d’une vision « caléidoscopique » de son écriture.

Ses écrivains de référence sont, entre autres, Nabokov, Borges et Kafka.

Les thèmes abordés dans son œuvre sont : 1) l’éloignement, la solitude, une certaine distanciation vis-à-vis des gens et du monde 2) l’effacement de la mémoire et son corollaire : la mélancolie (Les souvenirs engendrent la mélancolie » écrit-il) 3) le travail de l’écrivain (« Le livre, pendant que je l’écris, est un sanctuaire »).

« L’échiquier » présente 2 chronologies : celle de la Covid et celle de la mémoire enfouie. Dans celle-ci, son père, associé à la figure de Stefan Zweig, et ses amis morts jeunes (3) occupent une place importante. Une question légitime est de se demander s’il s’agit d’une autobiographie. Toussaint semble s’en défendre, bien que … Michel E. suggère que ce roman pourrait représenter une introduction à une autobiographie qui viendrait plus tard.

Ce que Michel E. apprécie en particulier dans les romans de Toussaint, ce sont ces personnages qui perdent leurs marques et leurs repères. Des observateurs-spectateurs d’évènements qui semblent leur échapper.

Lors de la présentation du livre, il a posé la question suivante à Toussaint : « Est-ce que vous avez été inspiré par Julien Green ? » La réponse de Toussaint : « C’est drôle car un ami, ce matin, m’a dit que je devrais livre Julien Green ; que je n’ai jamais lu. »

 

Résumé des échanges :

Lorraine s’est demandé si l’échiquier avec ses 64 cases et le jeu lui-même n’étaient pas une métaphore de la vie. Elle a vu une dimension très psychanalytique dans ce livre et une certaine noirceur. La question de la mort (notamment avec la Covid) est très présente en filigrane. Ne serait-ce pas un testament plutôt qu’une autobiographie ? Et la vie est-elle un jeu ?

Marie-Odile a détesté le livre. Elle évoque un autre roman de Toussaint « Fuir », dans lequel les textes, dit-elle, sont très beaux. Chantal M. n’est pas loin de partager l’avis de Marie-Odile. Elle s’interroge sur l’accueil dithyrambique et quasi unanime du livre par la critique.

François partage le point de vue de Marie-Odile sur « Fuir ». Il a juste parcouru « L’échiquier », mais n’a pas souhaité aller plus loin. Un livre qui ne l’intéressait pas a priori.

Catherine évoque « Les mots » de Sartre qu’elle est en train de relire et le parallèle entre les 2 auteurs pour ce qui est d’écrire et de lire. Elle attire notre attention sur un petit livre de Toussaint », « La disparition du paysage », qu’elle a trouvé remarquable et dont la lecture est très complémentaire de « L’échiquier ».

Monique n’a pas été emballée par le livre. Les questions existentielles que Toussaint se posent sont des questions de « boomers » : le retour vers le passé, la peur de la mort et de la pandémie, etc.

Jean-Bernard a, semble-t-il, été davantage séduit par le style de Toussaint que par le fond du livre. C’est un peu l’avis de Michel B. également.

Claude a bien aimé « L’échiquier » mais beaucoup moins que « Tout sur Marie » qu’il a relu à cette occasion. Il a trouvé au livre des accents « proustiens », notamment dans cette trace de damier repéré sur le sol du hall de l’école et qui contribue à déclencher l’exercice de mémoire auquel il se livre dans le roman. Il a noté quelques très beaux passages comme la conquête de sa compagne, Madeleine, et sa description de sa méthode d’écriture (le parallèle avec une plongée « abyssale »). Pour plus de commentaires sur le point de vue de Claude : Everybody Knows: « L’échiquier » de Jean-Philippe Toussaint (pergame-shelter.blogspot.com)